Euthanasie. Maître Triomphe, dénonce la logique mortifère de la Loi Leonetti

Le 24 novembre dernier à la salle Bretagne se tenait devant une maigre assistance – à peine 80 personnes dont plusieurs ecclésiastiques – une conférence animée par Maître Triomphe, l’avocat de Vincent Lambert, sur l’état du droit actuel au sujet de la fin de vie et de la question de l’euthanasie.

Si l’assistance n’était guère au rendez-vous – pas plus que nos confrères – l’enjeu était de taille puisque, comme l’a expliqué Me Triomphe, quelles que soient les dispositions prises au préalable par l’individu ou la famille, si le médecin veut vous débrancher, rien ne l’empêche de le faire. Et peu de gens connaissent la réalité de l’état du droit.

«  La loi Leonetti [adoptée en 2005] n’est pas une belle loi qui a été dévoyée  », commence l’avocat, qui rappelle l’affaire Vincent Humbert, «  ce tétraplégique qui communiquait en reconnaissant des lettres son pouce. Il dicte une lettre à Chirac en lui demandant le droit de mourir. Chirac, évidemment, ne peut pas le lui accorder, et c’est finalement le docteur Chaussoy, à Berck, qui l’achève au chlorure de potassium  ». Des poursuites pénales sont engagées qui s’achèvent en 2006 par une ordonnance de non-lieu, « à cause des pressions médiatiques  ».

Arrive après cette affaire la loi Leonetti, que maître Triomphe qualifie d’ «  euthanasique dans l’intention  », même si elle ne prescrit pas d’injection létale, qu’il chiffre à «  20.000 par an, à raison de 55 par jour  ». Elle introduit la notion juridiquement «  floue  » de « l’obstination déraisonnable » à maintenir la vie. Et est renforcée en 2016 par la loi Leonetti-Clayes qui indique que «  la nutrition et l’hydratation donnés par voie artificielle sont des traitements que l’on peut supprimer  ». Bernard de Valois, chef des soins palliatifs à l’hôpital de Pontoise, apporte sa caution scientifique à la loi en affirmant que « l’alimentation et l’hydratation par voie artificielle sont des techniques de réanimation médicale  ».

Ainsi, «  on veut provoquer la mort des gens par abstinence active  », résume l’avocat.Et « se débarrasser de tous ceux qui encombrent et qui dérangent » dans les hôpitaux. «  Il y a une logique économique, celle de ne pas encombrer les services de soins palliatifs. On va vous pousser à le faire, à accepter l’euthanasie, c’est moins cher pour l’hôpital et la sécu  », dénonce-t-il en fin de conférence.

Me Triomphe se lance dans une série d’exemples, évoquant d’abord l’affaire Hervé Pierra, un jeune homme dont le cerveau a été détruit suite à un suicide par pendaison arrêtée. Il est hospitalisé à Saumur et ses « parents vont finalement craquer. Ils vont aller trouver le Pr. Régis Aubry, directeur des soins palliatifs à Besançon, qui leur explique qu’on peut supprimer l’hydratation. Les parents le demandent, l’hôpital de Saumur commence par la refuser, le professeur Aubry s’impose et en 6 jours Hervé Pierra meurt, en sautant sur son lit de douleur, car chaque cellule hurle son besoin d’eau ».

Vincent Lambert, victime expiatoire de la loi Leonetti

Il évoque ensuite l’affaire Vincent Lambert, « tétraplégique cérébrolésé suite à un accident de circulation mais dont le néo-cortex, siège de la conscience, est préservé ». Pour Me Triomphe il est dans « un état de conscience minimale. Il interagit simplement, doit être stimulé constamment pour développer sa capacité de relation  ». Le problème, c’est que ce n’est plus le cas : « depuis 2012 il est allongé sur son lit sans même un massage kiné quotidien. Vincent est traité comme un mort en sursis, c’est inhumain ». Cependant, la mère de Vincent Lambert fait état de sa capacité à manger de la compote et à déglutir.

«  Il peut être rééduqué à manger par la bouche, donc il ne peut plus être euthanasié, or les médecins n’en veulent pas », conclut Me Triomphe, qui dénonce «  les deux postulats des bien-pensants selon lesquels il ne peut être guéri et donc sa vie ne vaut pas la peine d’être vécue ». Quant à la volonté répétée des médecins de mettre fin à la vie de Vincent Lambert – une quatrième procédure de fin de vie a été déclenchée cet automne – il la brocarde avec force : «  c’est l’échec des médecins démiurges qui ne peuvent ramener à la vie et veulent décider de la mort, car ils refusent d’avoir de l’humilité face à la nature ».

Pour lui, «  Vincent Lambert est la victime expiatoire de la loi Leonetti ». Pourtant, si la procédure de fin de vie est abandonnée et que sa famille obtient son transfert, «  il y a 5 établissements spécialisés qui souhaitent le prendre en charge  ». Une nouvelle procédure collégiale a été lancée le 22 septembre pour décider de sa fin de vie, c’est la quatrième. «  Le référé en suspension a été rejeté, les expertises sont en cours, soit le nouveau médecin jette l’éponge, soit il continue donc il y aura un nouveau référé liberté puis un recours en conseil d’Etat », explique l’avocat, qui fait aussi état d’une procédure devant le juge des tutelles pour dénoncer l’octroi de la tutelle à Rachel Lambert, l’épouse et tutrice de Vincent Lambert qui n’a cessé de demander l’arrêt des soins, et dénonce au passage la réduction des droits de visite des parents de 17 à 20 heures alors qu’ils venaient tous les jours de 10 à 20 heures et avaient déposé une demande pour des horaires élargis !

Quoiqu’on décide, on se fait débrancher si le médecin le veut

 

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