Fillon, Sens Commun et la théorie du genre

Sur sa page Facebook, l’une des animatrices de Sens Commun, Madeleine de Jessey, s’exprime sur la question des rapports entre François Fillon et la théorie du genre. En effet, il est reproché à l’ancien Premier ministre d’avoir nommé Luc Chatel, lequel aurait introduit la théorie du genre dans les manuels de SVT. Elle apporte quelques précisions que nous jugeons utile de reporter. L’auteur entend lutter contre certaines approximations et erreurs.

Hier soir, à Angers, une personne de l’assemblée me demandait pourquoi François Fillon avait nommé Luc Chatel ministre de l’Education, qui a par la suite introduit la théorie du genre dans les manuels de SVT.

Cette interrogation est tout à fait légitime, elle revient souvent, aussi me semble-t-il important de rappeler un certain nombre de faits. Libre à vous, ensuite, d’en penser ce que vous voulez :

1. Ce n’est généralement pas le premier ministre qui choisit les ministres de son gouvernement, mais le Président de la République. Luc Chatel appartient par ailleurs à la garde rapprochée de NS : lorsqu’il était ministre, il faisait partie du groupe de ministres (appelé « G7 ») que le président Sarkozy consultait directement, sans passer par François Fillon. C’est Nicolas Sarkozy qui a souhaité que Luc Chatel passe du ministère de la Consommation au ministère de l’Éducation nationale, et non François Fillon. Reprocher à François Fillon la nomination de Luc Chatel est donc profondément malhonnête, surtout lorsqu’on sait la conception que « l’hyperprésident » Nicolas Sarkozy avait de la fonction de premier ministre (« un collaborateur », « je décide, il exécute »).

2. J’ai vérifié dans le Bulletin officiel de septembre 2010 sur les programmes de SVT fixés par le ministère : Luc Chatel a effectivement introduit un chapitre intitulé « Devenir homme ou femme ». Au premier abord, le verdict semble sans appel : ce titre fait clairement allusion à la théorie du genre. Et pourtant, lorsqu’on lit le descriptif du chapitre dans le programme, on s’aperçoit qu’il s’agit d’étudier dans ce chapitre la mise en place des organes génitaux masculins et féminins : « Les phénotypes masculin et féminin se distinguent par des différences anatomiques, physiologiques, et chromosomiques. » Le chapitre se situe donc bien sur le plan physiologique, et non sur le terrain de la théorie du genre. Le titre « Devenir homme ou femme » signifiait en réalité « Comment passe-t-on de l’état de petit garçon à l’état d’homme/ Comment passe-t-on de l’état de petite fille à l’état de femme », en d’autres termes, comment se mettent en place les organes génitaux des deux sexes entre le stade embryonnaire et la puberté.

3. Le problème, c’est que le titre prêtait à confusion (et c’est là, effectivement, que Luc Chatel n’a sans doute pas vu le loup) et que certains éditeurs idéologues en ont profité pour introduire la théorie du genre dans leurs manuels, notamment Hatier.

Un autre élément est important : c’est la faible marge de manœuvre des politiques sur les programmes scolaires. On tend à oublier que depuis 1945 l’Etat s’est désengagé sur cette question tout simplement à cause du régime de Vichy qui s’était fortement impliqué sur le contenu des manuels :

4. Pourquoi le gouvernement n’a rien fait pour empêcher ces éditeurs ? Tout simplement parce que depuis 1945, après des années de contrôle des manuels par vichy, l’État n’a plus le droit d’intervenir sur les maisons d’éditions et les manuels. Il fixe les programmes, mais les éditeurs sont ensuite libres d’en faire l’interprétation qu’ils veulent.

5. Propos de François Fillon dernièrement au sujet de la théorie du genre, en réponse aux déclarations de Najat Vallaud-Belkacem sur le Pape : “Il y a un grand nombre de familles françaises, et très au-delà des catholiques, qui pensent que l’école devrait se concentrer sur les fondamentaux, a-t-il également affirmé. Les familles françaises demandent au ministre de l’Education nationale de ne pas se livrer à ses expérimentations fumeuses”.

Conclusion : je n’ai strictement aucune sympathie pour les idées de Luc Chatel, et ai déjà eu l’occasion de m’y opposer publiquement dans une tribune du Figarovox (http://premium.lefigaro.fr/…/31001-20160216ARTFIG00154-ogm-…). Bref, on ne peut pas me reprocher mon indulgence à son égard, ou à l’égard de son bilan à l’Education nationale. J’ai longtemps été la première à lui reprocher d’avoir introduit la théorie du genre en SVT. Mais après examen attentif du texte en question, je reconnais que nous nous sommes livrés à des accusations un peu rapides sur ce sujet. Que Luc Chatel ait manqué de vigilance en ne voyant pas ce que son titre pouvait prêter à confusion et créer une brèche que les idéologues du genre seraient trop heureux d’enfoncer, je vous l’accorde. Mais je pense qu’à cette époque les gens étaient moins vigilants sur le sujet qu’ils ne le sont aujourd’hui, notamment grâce au formidable travail de sensibilisation de La Manif pour Tous, de Vigigender et de l’UNI. Et je pense surtout qu’il est extrêmement difficile de ne pas se faire rouler par les redoutables pédagogues de l’Education nationale lorsqu’on est ministre de cette institution. Gilles de Robien avait d’ailleurs lui-même confirmé cette difficulté à Sens Commun, lors d’un meeting sur l’Education.

Bref, le réel est toujours plus complexe et moins manichéen qu’on ne le croit : tâchons d’examiner les faits, et rien que les faits avant de nous prononcer catégoriquement sur la responsabilité d’un homme.

Il ne faut donc pas tout faire retomber sur François Fillon :

PS : Ce qu’on peut en revanche franchement imputer à Luc Chatel, c’est d’avoir conclu un partenariat avec ligne azur, qui avançait alors masquée sous couvert de lutte contre l’homophobie. En l’occurrence, Luc Chatel n’a pas été idéologue, mais simplement trop couard pour refuser sa signature. A moins, plus vraisemblable encore, qu’il n’ait pas vu l’intérêt de s’opposer à ce genre de demandes. Quoi qu’il en soit, il me semble légèrement abusif d’en faire retomber la responsabilité sur François Fillon : il paraît difficile qu’un premier ministre contrôle absolument tous les agréments de l’ensemble de ses ministres, a fortiori lorsque le ministre en question préfère en référer au Président de la République plutôt qu’à son premier ministre. Et, encore une fois, le niveau de sensibilisation et de vigilance vis-à-vis de la théorie du genre et de ses chevaux de Troie était à l’époque nettement moins élevé qu’il ne l’est aujourd’hui.

Source : page Facebook de Madeleine de Jessey.

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