Carêméditation #1 – Homélie du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine pour le mercredi des cendres (13 février 2013)

Mercredi 13 Février 2013 – Mercredi des Cendres

Mes frères bien-aimés,

Surtout, je vous en supplie, ne soyez pas tristes à la pensée que le carême commence. Il n’y a rien de pire que de faire les choses à contre cœur, surtout quand celles-ci nous sont demandées par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le carême n’est pas une purge. Et qui, pendant ce temps, garde la mine défaite et le cœur amer n’a rien compris à ces jours magnifiques qui nous attendent.

Dans 40 jours, Notre-Seigneur Jésus-Christ revivra sa Passion, s’accrochera sur sa croix, et, après être devenu cadavre, comme tous les cadavres, nous le verrons sortir vivant d’un tombeau. Ces évènements vécus par le Christ, évènements nécessaires à notre salut, ont également reçu la mission de nous rappeler que nous aussi un jour, mais nous ne savons pas quand, nous prendrons le tunnel de la souffrance pour déboucher sur la lumière de gloire. Evidemment, c’est un lieu commun, mais laissez-moi vous le rappeler : personne ne peut échapper à cette réalité, à ce passage souvent douloureux que représente le dernier grand voyage de la vie, qui n’est pas un saut dans l’inconnu, mais une entrée radicale dans le cœur du Christ. Il est bon qu’au moins une fois par an – et 40 jours ne seront pas de trop – nous reprenions conscience du réalisme du parcours humain. Ici, vous allez me pardonner de me servir de notre grand ami, saint Maximilien-Marie Kolbe, pour nous redire ce qu’est la vie et ce qu’elle nous promet. Ce grand saint, qui comme vous le savez, est mort en plein enfer terrestre dans le camp de concentration d’Auschwitz a dit ceci : « La vie comporte trois étapes : la préparation au travail, le travail et la souffrance. » C’est un peu sec, je l’avoue, mais en même temps il n’est pas besoin d’y réfléchir à deux fois pour reconnaître que c’est la vérité : la vie se promène par là. Mais ce n’est pas là une raison pour être triste et inquiet car cette vie présente où inlassablement se côtoient les joies et les peines, quelques exaltations et pas mal de déceptions, est un véritable don de Dieu.

Quel bonheur pour nous que d’être déjà sorti du néant, d’avoir reçu la vie et de savoir que celle-ci va se prolonger pour des éternités d’éternités !

Mes frères bien-aimés, aimons notre vie telle qu’elle se présente, telle que Dieu la dessine pour chacun d’entre nous. Quel mystère que nos destinées individuelles ! Et cette vie présente, honorons-la du mieux que nous pouvons, en ne perdant pas une seconde et en gardant, bien sûr, les yeux rivés sur le Ciel qui nous attends. « Le voyageur n’appartient pas au chemin sur lequel il marche mais au but vers lequel il va. » Cependant, ce n’est pas une raison pour dévaloriser le chemin sur lequel nous marchons. Il faut même d’une certaine manière le surestimer si nous voulons ne pas gâcher notre parcours terrestre, car ici-bas, il faut bien le reconnaître, bien souvent par notre seule faute, nous prenons des chemins qui contribuent à assombrir notre propre vie. Et c’est cela le problème. Et Dieu, qui le sait, a voulu que son fils balise notre route en nous révélant sa sagesse et s’il nous a montré les chemins sur lesquels nous devons marcher, ce n’est pas pour limiter notre liberté ou pour nous imposer une route unique. Mais c’est parce que Dieu notre Père ne veut pas que nous soyons malheureux ici-bas. Cette vérité, beaucoup d’hommes ne veulent pas l’entendre, croyant que le Christ et l’église sont là pour gêner leurs initiatives et les obliger à passer par ici et non par là. Oh quelle erreur de jugement ! Je le redis volontiers ce soir, au seuil de ce carême, le bonheur ici-bas dépend de notre fidélité à la sagesse de Dieu consignée dans l’Evangile et transmise par les saints de saint Pierre à Benoît XVI. Et comme l’homme a la tête dure et qu’il décide un jour sur deux de suivre le guilledou en perdant les pédales, faisant ce qui lui semble bon mais bien souvent pleurant amèrement sur les choix qui l’ont perdu, le Christ dit une fois par an, le Mercredi des cendres : « Ca suffit. Il faut à l’homme un bon carême pour le remettre en face de Dieu et en face de lui-même et lui remettre les idées au clair. » Un jour, je me souviens, j’étais en Roumanie. Une grande mission paroissiale avait été organisée. Trois conférences par jour étaient données par un prêtre venant de Bucarest. Tout le village était convoqué. Imaginez une église comble, deux à trois mille personne présentes, un silence à couper au couteau et pendant une heure un prédicateur qui racontait des histoires de saints et de mystiques pour tenir son auditoire. Et devant moi, je revois très bien la scène, il y avait un jeune adolescent de 12 ans qui tenait la tête de son petit frère de 6 ans  en direction du prédicateur. Pendant une heure, par les joues, il lui tenait le visage pour qu’il ne se distraie pas. L’enfant parvenait alors à écouter de toutes ses oreilles les belles histoires de ce prêtre, d’ailleurs talentueux. Eh bien, le carême, c’est cela, c’est le Christ qui nous tient la tête une peu élevée au-dessus de la terre en direction du Ciel disant à chacun de nous dans l’oreille : « Mon chéri, n’oublie pas que tu as un père dans le ciel et qu’avec la Vierge Marie, ta mère, nous t’aimons si profondément que nous ne voulons pas que tu te perdes en ne vivant que pour toi-même. Nous n’acceptons pas que tu vives uniquement pour construire ton petit bonheur personnel, « ta réussite » comme on dit sur la terre. Quand nous te voyons imbus de ta personne, orgueilleux jusqu’à la moelle, ta mère, la Vierge Marie, et moi, nous souffrons. Aussi, pendant ces 40 jours qui viennent, nous te demandons instamment, pour ton bonheur, d’être le plus humble possible. Aussi, durant ces jours, si tu fais un peu de bien autour de toi, ne le dis à personne. Fais cet effort. Arrête de te mettre en avant. Tu es minable quand tu agis de la sorte. Et quand tu pries, ne cherches pas à passer pour un saint. Ce serait le signe que tu ne le serais pas. Ta mère, la Vierge Marie, et moi, nous voulons te retrouver dans l’intimité de ta chambre, car, la prière c’est une affaire qui concerne ton âme et nous. Reste donc discret sur le lien secret que nous vivons ensemble. Et si tu te prives de quelque chose pendant ce temps béni qui te prépares aux fêtes de Pâques, par exemple de nourriture, si tu exagères habituellement, ou de tout ce que tu voudras qui te sembles superficiel, fais-le dans le secret, je t’en supplie. Ta mère, la Vierge Marie, et moi, nous en serons profondément touchés.

 

Si tu m’as bien suivi, continue le Christ, tu as parfaitement compris que l’effort majeur que j’attends de toi, c’est que tu couvres d’humilité tes gestes et tes pensées. Il faut donc que tu redeviennes tout simplement un homme, un petit enfant de Dieu et que tu restes à cette place magnifique. C’est moi qui suis Dieu, dit le Christ, toi tu n’es qu’un homme, que dis-je, tu es poussière et tu retourneras en poussière sauf ton âme, bien sûr, que je saisirai au vol au dernier moment de ta vie pour l’emporter dans ma propre vie. »

Que ce soient donc bien clair, mes frères bien-aimés : Le temps du carême, c’est le moment idéal où le Christ reprend en main nos vies et les enfoncent dans l’humilité. Nous n’avons pas à exister à travers le regard des autres. Nous avons à plaire à Dieu notre Père. Et pour lui plaire, il n’y a rien à faire, il faut être humble, il faut chasser de nos esprits, de notre regard et de notre maintien, ce satané orgueil qui abîme nos relations avec les autres parce que : qui s’imagine être grand finit par mépriser son frère. C’est donc la lutte contre l’orgueil congénital qui nous habite, qui est l’effort central du carême. A chacun de trouver les moyens pour lutter contre cette pieuvre et que chacun les trouve, par pitié ! Notre Saint Père le Pape Benoît XVI (aujourd’hui François, ndlr) vient de nous montrer magistralement jusqu’où doit aller l’humilité dans un cœur saint, lui qui a décidé de quitter la plus haute charge de la terre pour rejoindre un pauvre monastère où il finira sa vie sous le seul regard de Dieu. Aussi, mes frères, cette année d’une manière particulière, que ce carême soit un carême d’humilité. Que chacun de nous cherche à se tenir à sa place d’homme et d’enfant de Dieu. Encore une fois, il revient à chacun de trouver les moyens pour réaliser cette grande œuvre de simplification. Aussi, manger 3 carrées de chocolat en plus ou en moins n’est vraiment pas l’essentiel. Je ne dis pas que cela n’a pas de valeur. Je dis que ce n’est pas l’essentiel : Dieu regarde le cœur, l’intelligence, la volonté de l’homme qu’il entend purifier : voilà la vérité.

 

 

Alors, ne jouons pas les pharisiens qui s’imaginent toujours être en règle avec Dieu parce qu’ils ont sauté 2 repas, allons plus loin, et cette année particulièrement, en raison du témoignage extraordinaire que vient d’offrir à la sainte église et au monde de notre pape Benoît XVI dans l’ordre de l’humilité, devenons humbles … enfin ……. Bon carême à tous !

 Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine

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