“Il est temps de parler aux non-convertis de l’avortement”

de Filip Mazurczak, le 21 juin 2018, traduit par Isabelle pour France-catholique :

Ceux qui croient que le droit à la vie est un droit fondamental de l’homme, ont expérimenté deux défaites majeures sur deux continents en moins d’un mois. Le 25 mai, les deux tiers de la population de l’Irlande ont voté la destruction d’un amendement constitutionnel qui protégeait le droit à la vie, préparant la voie, comme le gouvernement irlandais l’avait promis, à un des régimes les plus agressivement pro-avortement d’Europe. Puis, la semaine dernière, le congrès argentin a voté avec une marge de 129 contre 125 la légalisation de l’avortement jusqu’au 14° mois de grossesse (Pour que le projet devienne loi, il a encore besoin de passer devant la chambre des députés et d’être signé par le président du pays.)

Il est clair que les militants anti-avortement sont en train de perdre la bataille destinée à sauver la vie des enfants à naître. Pour finir vainqueur sur le long terme, il nous faut créer un consensus social comme quoi les enfants à naître méritent d’avoir le droit de vivre, un consensus qui transcende les divisions politiques et religieuses.

On a souvent présenté le récent désastre irlandais du vote pro-avortement comme la mise en évidence du retrait rapide de l’Irlande de ses racines catholiques depuis les années 1990. En Argentine, il y a encore un espoir que la chambre des députés, plus conservatrice que le congrès bloque la légalisation de l’avortement. Mais, même si elle le fait, il y a une forte probabilité que ce sera une victoire éphémère : les votes montrent que 60 pour cent des argentins soutiennent le projet sur l’avortement, presque deux fois plus nombreux que ceux qui s’y opposent (34 %).

De plus, en Argentine comme en Europe ou en Amérique du Nord, les forces anti-avortement sont associées de très près au catholicisme. Et l’Argentine est l’un des pays d’Amérique latine les moins religieux. Ainsi, une rébellion populaire de style irlandais, anti catholique, et pro-avortement semble très probable dans un futur assez proche.

Au plan international, la plus grande faiblesse de la cause anti-avortement est son association très proche avec le christianisme et la droite politique. Ce n’est pas une mauvaise chose, bien sûr, que les églises – Catholique, orthodoxe, et certaines églises protestantes (ainsi que les juifs orthodoxes et certains musulmans) – se tiennent en première ligne de la bataille pour la vie. Au contraire, le christianisme montre une fois de plus l’évidence de son rejet de Zeitgeist (l’esprit du temps) en faveur de valeurs éternelles, juste comme en 1537 quand l’esclavage était une pratique courante lors de la colonisation des Amériques par les européens, lorsque le pape Paul III publia une bulle prescrivant l’excommunication pour cette pratique odieuse.

Le problème repose plutôt sur le fait que dans une démocratie pluraliste, aucun parti et aucun chef de parti ne gouverne de façon permanente. Helmut Kohl fut chancelier de l’Allemagne de l’ouest pendant 16 ans, mais même sa mainmise sur le pouvoir a fini par s’arrêter. J’étais content quand le président Trump a abrogé la politique de Mexico city, et a mis en œuvre d’autres politiques anti-avortement. Mais Trump non plus ne va pas durer éternellement.

Aux Etats Unis, et dans de nombreux pays, la position des gens sur l’avortement est fortement liée à leur affiliation politique et religieuse. Au cours de ces dernières décennies, c’est devenu encore plus net. Le nombre des démocrates anti-avortement au congrès, par exemple, se compte sur les doigts d’une main actuellement, alors qu’il y en avait plus d’une centaine dans les années 1970. Pour qu’une loi anti-avortement soit irréversible, il faut qu’un certain consensus soit créé.

Pour ce faire, nous avons besoin d’atteindre ceux qu’on appelle les personnes de bonne volonté. Il est nécessaire de commencer à un niveau au ras des pâquerettes, et d’expliquer à nos parents et amis qui ne sont ni conservateurs, ni chrétiens, pourquoi nous sommes contre l’avortement. Le mouvement anti-avortement peut ne pas bénéficier de l’influence politique ni du financement généreux du planning familial, ou des fondations de Société ouverte de George Soros. Mais nous avons une arme bien plus puissante : la vérité.

Avec les avancées en science, en technologie et en médecine, nous savons que l’enfant à naître n’est pas un ramassis de cellules. On peut détecter les ondes cérébrales de l’embryon dès six semaines après la conception, période où l’avortement est légal dans presque tous les pays occidentaux.

Les gens honnêtes intellectuellement, qui adhèrent au conseil de Socrate de suivre l’évidence, où qu’elle nous conduise, seront obligés par l’irrésistible logique de croire au fait que l’enfant à naître est un être humain, et de ce fait, a droit à une protection légale, quelle que soit leur orientation politique, ou à quel Dieu ou à quels dieux (s’il y en a) ils croient.

Tandis que l’hindouisme n’est pas absolu dans son opposition à l’avortement (comme le montre la législation indienne sur l’avortement, extrêmement permissive, qui permet d’y avoir recours jusqu’à la 24 ème semaine dans certaines circonstances), Mahatma Gandhi, un hindou dégoûté par l’hypocrisie des chrétiens qui avaient colonisé son pays, disait que pour lui, il était « clair comme le jour que l’avortement était un crime ».

Nat Hentoff, critique musical aujourd’hui décédé, qui travaillait pour la « voix du village » qui n’est pas vraiment un foyer de conservatisme social, était un juif athée libertaire. Et pourtant, homme intellectuellement honnête, il a vu le mal qu’était l’avortement, et s’y est activement opposé. Il y a beaucoup d’esprits qui, comme Gandhi et Hentoff, sont sous d’autres aspects politiquement et religieusement sur une autre planète que les chrétiens, et pourtant ils ont le potentiel de voir l’avortement pour ce qu’il est – si nous les informons.

Plus il y aura de personnes comme cela, plus il y aura de pression sur les décideurs et sur la société pour condamner l’avortement comme violation des droit basiques de l’homme.

Imaginons quelqu’un qui dirait, « personnellement, je suis opposé au trafic d’êtres humains, mais c’est mieux qu’il soit réglementé plutôt que de le voir se faire de façon illégale et sans sécurité. Et le gouvernement ne devrait pas s’immiscer dans les affaires personnelles des trafiquants.. Au contraire, on devrait les laisser être adultes et prendre leurs propres décisions. »

Il y a des chances que vous n’ayez jamais entendu sophisme plus stupide de la bouche de quelqu’un. Cependant, beaucoup de gens font un raisonnement très comparable à propos du meurtre d’êtres humains à naître – êtres humains qui ont déjà un cerveau, une moelle épinière et des empreintes digitales, qui peut ressentir de la douleur, et dans certains cas sont déjà capables de vivre à l’extérieur du sein de leur mère.

La catastrophe irlandaise récente, et la tragédie qui se développe en Argentine montrent que nous devons travailler pour créer une société dans laquelle on considère que l’avortement est tout simplement inacceptable, comme le trafic d’êtres humains, et nous devrions prêcher, non pas à ceux qui sont déjà convertis, mais à ceux qui, à cause de leurs opinions politiques et religieuses, forment avec nous un drôle de tandem.

21 juin 2018

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/06/21/time-to-preach-to-the-non-converted-on-abortion/

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