Inde – Déni de justice pour les victimes des massacres antichrétiens de 2008 en Orissa

« Il existe de multiples incidents méconnus et jamais racontés intervenus dans le district de Kandhamal. La justice a été niée aux personnes les plus vulnérables et marginalisées telles que les adivasis et les dalits chrétiens. Les pauvres et les exclus n’obtiennent pas justice. Il s’agit d’une question sérieuse qui nous préoccupe tous si nous voulons sauver la Constitution indienne. Le vieil adage selon lequel justice retardée est justice niée est vraiment véridique ». Ce sont les mots d’un magistrat de la Haute Cour de Delhi, A.P. Saha, en présentant une nouvelle recherche dédiée aux massacres antichrétiens intervenus dans l’Etat de l’Orissa en 2008. La recherche, signée et publiée par deux avocats, maîtres Vrinda Grover et Saumya Uma, présente des détails et histoires inédits, révélant les lacunes de l’administration de la justice vis-à-vis des victimes.
Commentant la publication, John Rebeka, activiste des droits fondamentaux, rappelle l’importance et les conséquences de cette campagne de violence. « Les violences de Kandhamal ont gravement touché les femmes et les enfants, faisant obstacle au parcours d’instruction. Par ailleurs, 600 villages ont été détruits, 5.600 maisons saccagées, 295 églises et autres lieux de culte, 13 écoles et léproseries détruites. Quelques 56.000 chrétiens de Kandhamal sont devenus sans domicile fixe. Aux fidèles, il a été dit que la condition pour pouvoir demeurer dans ce district était de devenir hindous. Ceci est la réalité de la tragédie de Kandhamal ». « Le système judiciaire est lent à rendre justice aux minorités dans le pays » déclare maître Ramachandran, rappelant « le droit à la liberté religieuse reconnu par l’article 25 de la Constitution indienne ».
Parlant de sa propre recherche, maître Saumya Uma observe : « Les fondamentalistes hindous ont intimidé les témoins devant les tribunaux, les menaçant de mort. Il n’y avait pas l’atmosphère favorable pour rendre témoignage. Par conséquent, tous les cas les plus graves ou ayant le plus grand nombre d’inculpés se sont soldés par un classement sans suite ou un acquittement. Actuellement, les inculpés se déplacent librement alors que les victimes innocentes vivent dans la peur et la dissimulation. Telle est la situation réelle de Kandhamal, neuf ans après les faits. Entre hindous et chrétiens il existe encore l’espoir de rétablir la confiance et la fraternité au sein des communautés locales ».
Maître Vrinda Grover remarque quant à elle : «  J’ai enquêté sur les violences de Kandhamal. Il existe des responsabilités de l’administration civile et judiciaire. L’administration du district a été paralysée pendant trois ou quatre jours. Aucun secours n’a été porté aux victimes. Ces dernières, réfugiées dans les forêts, étaient privées des services minimaux tels que la nourriture et l’eau ». Les auteurs de l’étude partent d’une perspective qui n’est ni confessionnelle ni communautariste, déclarant agir « pour l’être humain et l’humanité ». Elles lancent également un appel afin que justice soit rendue, « en rouvrant les cas judiciaires relatifs aux victimes de l’Orissa ».

Source : Agence Fides

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