Inde – Les candidats interdits de tout recours aux arguments fondés sur la religion et la caste

La Cour suprême interdit le recours à tout argument fondé sur la religion et la caste dans le processus électoral

Le 2 janvier dernier, la Cour suprême de l’Inde a statué qu’il était désormais interdit à tout candidat à un office électif de recourir, durant le temps de la campagne électorale, à des arguments fondés sur la religion, la caste, ainsi que l’appartenance communautaire ou linguistique. Les sept juges, qui se sont prononcés à quatre contre trois sur le sujet, ont estimé que la défense du caractère laïque de la Constitution indienne était à ce prix, et qu’un candidat qui viendrait à user de tels arguments pour se faire élire pourrait voir son élection annulée en justice. Les trois juges qui se sont opposés à cette décision l’ont fait en estimant qu’une telle mesure allait contre la liberté d’expression, une liberté inscrite dans la Constitution, et qu’en matière électorale, le juge n’avait pas à se substituer au législateur.

Selon les attendus du jugement, « la relation qui existe entre l’homme et Dieu ainsi que les moyens que les êtres humains adoptent pour se connecter au tout-puissant sont des affaires qui ressortent des choix et des préférences de chaque individu ». Ceci étant dit, « l’Etat est dans l’obligation de permettre la pratique et la propagation de la foi religieuse des citoyens, mais il peut interdire l’interférence des religions et des croyances religieuses dans les activités séculières telles que les élections ». « Mêler la religion avec le pouvoir de l’Etat n’est pas permis, écrivent les juges. L’Etat étant de nature laïque, il ne peut être identifié avec aucune religion ou dénomination religieuse. »

Le jugement de la Cour suprême fait les gros titres de la presse indienne tant l’affaire est sensible dans un pays où, si l’héritage des pères fondateurs de l’Inde indépendante est indéniablement laïque, la vie politique est largement teintée par les questions liées à l’appartenance religieuse, de caste ou linguistique des citoyens indiens. On ne compte plus les partis politiques qui sont organisés sur des lignes communautaristes, que ce soient les partis qui promettent aux dalits et aux basses castes de se saisir du pouvoir pour réparer des siècles d’injustices, ceux qui défendent l’usage de telle ou telle langue locale, ou bien encore les manœuvres de la droite nationaliste hindou pour mobiliser l’électorat hindou (80 % de la population) en stigmatisant la minorité musulmane du pays (14,2 % de la population).

Source : Eglises d’Asie

 

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