Inde – Montée de l’intolérance gouvernementale envers les chrétiens de basse caste

La montée de l’intolérance gouvernementale envers les chrétiens de basse caste met aussi en lumière la part de responsabilité de l’Église. 4 évêques de l’État d’Odisha tirent la sonnette d’alarme et répondent aux questions de l’AED, le 11 janvier 2017.

 

En 2014, l’accession au pouvoir du parti nationaliste hindou BJP s’accompagne d’une vague de violence contre chrétiens et musulmans dont la foi est vue comme importée de l’étranger. Les chrétiens de caste inférieure ne bénéficient pas des prestations du gouvernement, pourtant accordées aux Sikhs, hindous et bouddhistes de basse caste. 12 millions de catholiques indiens sur 19 sont Dalits, c’est-à-dire issus de basse caste, et certains souffrent également de discrimination au sein même de l’Église.

 

AED : Les Dalits chrétiens obtiendront-ils un jour les mêmes prestations gouvernementales que les Dalits hindous, bouddhistes et sikhs ?

Mgr Senapati, évêque de Rayagada : Nous luttons pour cela depuis 1950 mais, je ne perçois aucune amélioration. Notre combat se poursuit.

Mgr Nayak, évêque de Berhapur : Qu’en raison de leur appartenance religieuse, les Dalits chrétiens et musulmans soient exclus de l’aide aux défavorisés est une violation flagrante de notre Constitution. Le gouvernement ne veut rien faire. Reste la Cour suprême.

Mgr Singh, évêque de Sambalpur : La principale raison – cachée – de cette injustice réside dans la crainte que les Dalits hindous se convertissent au christianisme dès que les Dalits chrétiens auront les mêmes droits que les autres basses castes.

 

AED : Comment l’Église catholique indienne accueille-t-elle les Dalits ?

Mgr Singh : L’Évangile nous invite à nous engager au maximum pour ces personnes, pauvres parmi les plus pauvres. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Parfois les enfants Dalits n’ont pas le droit d’être servants d’autel. Il n’y a pas de messe commune pour Dalits et membres d’autres castes. Leurs cimetières sont séparés. Certaines communautés refusent les mariages entre Dalits et catholiques des hautes castes. C’est une préoccupation majeure. Les Dalits représentent plus de la moitié des catholiques indiens. L’avenir de l’Église repose entre leurs mains  il est grand temps d’abolir complètement la ségrégation.

Mgr Senapati : Chez nous, il n’y a aucune distinction entre chrétiens des basses ou hautes castes. Nous sommes tous baptisés dans une seule foi – nous avons un seul Dieu.

 

AED : Quel avenir pour l’Église ?

Mgr Singh : Nous devons œuvrer pour l’unité. L’Église est trop divisée par les langues et les appartenances ethniques. Notre dialogue avec d’autres religions doit s’approfondir. Nous devons intensifier nos activités en faveur des pauvres pour ne pas risquer d’être une Église institutionnelle.

Mgr Nayak : La formation des laïcs est importante. Nous devons contribuer à ce que grandisse une génération de grands leaders catholiques.

 

AED : Et l’avenir des chrétiens d’Odisha ?

 

Mgr Barwa, archevêque de Cuttack-Bhubaneswar : Avant le massacre de Kandhamal en 2008, la paix régnait dans la région. Maintenant, il faut plus de temps pour reconstruire la confiance que les maisons et les églises. Mais rien n’est impossible à Dieu. La communauté chrétienne croîtra.

Source : Site de l’AED

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