Inde – Orissa – Neuf ans après les violences antichrétiennes, quelle justice ?

 Neuf ans après les violences antichrétiennes, quelle justice ?

Le défi représenté par l’extrémisme hindouiste qui traverse la nation constitue l’un des thèmes du débat politique et social qui, en Inde, touche de près la vie des minorités religieuses, surtout musulmanes et chrétiennes. Des groupes radicaux, sympathisants du parti aux affaires, le Baratiya Janata Party du Premier Ministre Narendra Modi, continuent à promouvoir la violence, à répandre la haine et l’intolérance, en suivant l’idéologie de l’hindutva qui voudrait faire de l’Inde une nation de seuls citoyens hindous. Dans ce cadre, revient sur le devant de la scène la situation et les blessures de la population chrétienne de l’Etat de l’Orissa, dans l’est de l’Inde, théâtre de l’une des vagues de violence religieuse les plus importantes de l’histoire nationale : les massacres antichrétiens de 2008.

La population locale en fait régulièrement mémoire et, depuis quelques années, la date du 26 août est observée comme Journée des Martyrs. En 2017 également, des centaines de personnes se sont rassemblées dans le district de Kandhamal, sis sur le territoire de l’Archidiocèse de Cuttack-Bhubaneswar, pour commémorer le plus important épisode de violence antichrétienne de l’Inde moderne. « Voici 120 ans, des missionnaires sont arrivés à Kandhamal et ils ont contribué largement au développement de la population dans les domaines de l’éducation et de la santé. Ils n’ont jamais forcé le peuple à se convertir mais il ont adapté et accepté notre culture et nos traditions » a indiqué S.Exc. Mgr Bijay Nayak, Evêque de Phulbani. « Nous sommes fiers d’être indiens et nous avons célébré récemment le 70ème anniversaire de l’indépendance de notre pays ».

« Chaque citoyen est égal en droits et devant la justice mais sept personnes innocentes se trouvent encore en prison pour neuf ans sans avoir commis aucun crime » indique le Père Ajay Kumar Singh, un prêtre de l’Orissa.

En effet, la justice n’a pas été rendue à la population de Kandhamal. Dans le cadre des violences de 2008, 395 églises ont été détruites, plus de 100 personnes ont perdu la vie, 40 femmes ont été victimes de harcèlement sexuel, sans compter la destruction complète d’écoles, de couvents et de maisons à Kandhamal. Les violences ont duré cinq mois. « Les aides et la réhabilitation sont encore en cours » affirme le Père Singh.

Le prêtre cite également l’étude réalisée par l’Avocat près la Cour Suprême Vrinda Grover et par le Pr. Saumya Uma sur le Système d’administration de la justice dans le cas des survivants des violences de Kandhamal. L’étude en question montre que 3.232 plaintes ont été déposées devant les autorités de police mais que seules 827 ont été enregistrées desquelles seules 512 ont eu des suites judiciaires. Les militants ont tué, assassiné, violé et détruit mais aucune action n’a été entreprise contre eux. Ils se promènent dans la rue sans crainte. « Nous disons toujours que nous avons reçu la justice mais où est la justice ? Ils sont laissés en liberté parce que nous sommes des dalits, des membres des minorités et des adivasis » explique le Père Singh.

« Les violences de Kandhamal ont été provoquées par le parti politique et par des hommes d’affaires pour leur propre profit. Aujourd’hui, nous sommes ici pour rechercher la fraternité, la paix et l’harmonie au sein du district » déclare Ram Krishna Panda, membre du Parti communiste d’Inde. « Lorsque nous avons élevé nos voix contre le système de gouvernement, nous avons risqué d’être tués en tant que dalits et adivasis. Mais ceci est également une attaque portée à notre constitution. Laissez-nous prêter serment pour protéger la Constitution » poursuit M. Panda.

« Il est honteux que les victimes des violences de Kandhamal n’aient pas reçu la justice qui leur revient neuf ans après les faits » déclare Amiya Pandav, écrivain et journaliste. « Neuf années se sont écoulées depuis le plus grand crime envers la minorité chrétienne et la justice n’a pas encore été rendue. La décision de la Cour Suprême du 2 août 2016 vis-à-vis du gouvernement de l’Etat n’a pas encore été appliquée. La souffrance, l’agonie et le traumatisme psychologique, la peur de la minorité vis-à-vis des fondamentalistes sont encore présents » indique Jacob Pradhan, membre de l’Assemblée législative. « Outre à rendre un hommage appuyé aux martyrs, nous promettons d’être aux côtés des veuves et des familles des dalits, des pauvres adivasis chrétiens qui doivent encore recevoir des indemnisations adéquates et la justice de la part du gouvernement » affirme M. Pradhan.

« Il est injuste que sept chrétiens innocents soient emprisonnés pour le meurtre du responsable hindou Swami Laxmanananda Saraswati » précise encore M. Pradhan.

Des attaques fortes et bien planifiées ont été programmées par les fondamentalistes, forçant les pauvres dalits et les chrétiens issus de populations tribales à fuir dans la forêt. A partir 24 août 2008 – jour de l’assassinat de Laxmanananda Saraswati Swami – des membres du groupe extrémiste hindou Viswa Hindu Parishad (VHP), organisé durant une procession funéraire parcourant 220 Km, autorisée par l’administration publique.

Le meurtre a eu des conséquences massives et des émeutes eurent lieu dans l’ensemble du district de Kandhamal. Plus de 100 chrétiens innocents furent tués. Une religieuse catholique fut victime d’un viol de groupe. Plus de 6.000 églises, lieu de culte et salles de prière, institutions chrétiennes, couvents et presbytères furent détruits. L’épicentre des violences antichrétiennes de 2007 et 2008 força quelques 60.000 personnes à fuir dans les forêts. Ce pogrom fut le pire acte de violence antichrétienne et la plus importante attaque planifiée dans le détail perpétrée contre les chrétiens au cours des 300 dernières années en termes d’échelle, de nature et de motif des dommages et de pertes en vies humaines. La vie innocente de centaines de chrétiens était en danger. Quelques 30.000 personnes sont passées par les camps de secours et plus de 10.000 élèves ont dû interrompre leur éducation.

Kandhamal était une région pacifique avant les violences de 2007-2008. La population vivait dans la fraternité, l’amour et l’unité. L’Eglise de Kandhamal représente le cœur de l’Archidiocèse de Cuttack-Bhubaneswar, en Orissa. La population catholique totale dudit Archidiocèse est de quelques 70.000 personnes, sachant que Kandhamal compte environ 50.000 catholiques. Ces 50.000 personnes ont été directement affectées par les violences antichrétiennes des fondamentalistes hindous.
La compensation versée par le gouvernement aux victimes et aux survivants des violences de Kandhamal a été minime. La Cour Suprême a ordonné le 2 août 2016 au gouvernement de l’Etat de l’Orissa de pourvoir à un dédommagement complémentaire des victimes des émeutes antichrétiennes de 2008. La requête a été déposée par l’Archevêque émérite de Cuttack-Bhubaneswar, S.Exc. Mgr Raphael Cheenath, SVD. Une Cour de rang inférieur avait accordé précédemment 50.000 roupies indiennes (environ 656 €uros NDT) à ceux qui avaient perdu leurs maisons et 500.000 roupies indiennes (soit environ 6.560 €uros NDT) aux familles dont des membres avaient été tués.
Dans sa requête, l’Archevêque émérite demandait à la Cour d’accorder 1,5 millions de roupies indiennes (soit 19.665 €uros NDT) aux familles en deuil et 400.000 roupies indiennes (soit 5.244 €uros NDT) à celles qui avaient subi des dommages à leurs maisons. Près d’un an s’est écoulé depuis la Décision de la Cour Suprême et aucun dédommagement n’a été versé aux victimes par le gouvernement de l’Etat.

Aucun des criminels responsables de ces destructions ne se trouve aujourd’hui en prison. Les meurtriers, les violeurs, les émeutiers et les destructeurs sont aujourd’hui en liberté. En revanche, sept chrétiens innocents sont aujourd’hui en prison sur la base de preuves fabriquées. Deux rapports de la Commission spéciale de Kandhamal sur les preuves soumises au gouvernement d’Orissa indiquent des rebelles maoïstes comme les tueurs de Swamy Laxmananda, mais l’accusation continue à peser sur la communauté chrétienne.

Il faudrait dire que, derrière la violence, se trouve la crainte de voir s’agrandir la communauté chrétienne. La population chrétienne a vu ses dimensions augmenter et les hindous affirment que la population hindoue en Orissa a diminué. Selon les données disponibles au niveau du district, la population chrétienne de Kandhamal – toutes dénominations confondues – était de quelques 75.000 personnes dans les années 1990 et se trouvait être de 118.000 dans le cadre du recensement de 2001. Il existe donc une croissance de la population chrétienne mais cela ne veut pas dire pour autant que des organisations fanatiques comme Bajrang Dal et Vishwa Hindu Parishad peuvent tuer des personnes, faire d’elles des sans abri et perpétrer des actes de vandalismes contre des édifices religieux.

 

Source Agence Fides

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