Inde – Soutien de l’Eglise aux partisans de la naissance de l’Etat du Gorkhaland

Depuis le 8 juin, de violents affrontements opposent les forces de l’ordre et la population locale, les Gorkhas, dans le Darjeeling, un district de l’Etat du Bengale-Occidental situé dans le nord-est de l’Union indienne. Les Gorkhas, membres d’une ethnie d’origine népalaise, revendiquent la sortie de leur région du Bengale-Occidental et la création de l’Etat du Gorkhaland, au sein de l’Union indienne. Alors que les violences continuent, l’Eglise locale a apporté son soutien à la population locale, dénonçant « l’échec lamentable » des autorités dans le développement de cette région montagneuse.

A l’origine de ces violences, la volonté des autorités de rendre obligatoire l’enseignement de la langue bengalie dans l’Etat du Bengale-Occidental. Après avoir contesté cette mesure, la population locale, menée par le Gorkha Janmukti Morcha (GJM), une organisation politique séparatiste, a revendiqué la création de l’Etat du Gorkhaland. Le Gorkha Janmukti Morcha a par ailleurs appelé à la grève générale et conseillé aux touristes de quitter la région. Les autorités ont fait appel à l’armée et l’accès à Internet a été coupé.

Dans le Bengale-Occidental, le district de Darjeeling se distingue par son identité linguistique, népalaise, alors que la population de cet Etat est bengalaise. Une partie de la population réclame la création de l’Etat du Gorkhaland depuis plusieurs décennies.

Revendications soutenues par l’Eglise catholique locale

Si ces revendications aboutissaient, le Gorkhaland deviendrait le 30ème Etat de l’Union indienne, trois ans après l’érection de l’Etat du Telangana. Contacté par Ucanews, Mgr Stephen Lepcha, évêque catholique de Darjeeling, indique que «  l’Eglise n’est pas directement impliquée dans les manifestations, mais elle se tient du côté de la population ». Originaire de la région, Mgr Lepcha explique que ces revendications sont légitimes, la création d’un Etat permettant aux habitants de « sauvegarder leur langue et leur culture ethnique qu’ils considèrent menacée », et justifiées car, dans cette région montagneuse, «  l’administration a misérablement échoué ».

Pour éviter que cette situation ne devienne « hors de contrôle », Mgr Lepcha appelle au « dialogue ». Dans cet Etat où les catholiques sont « très peu nombreux », mais où ils entretiennent des relations de qualité avec les deux partis, l’évêque de Darjeeling indique que sont en train d’être trouvées « des solutions pour aider à ramener la paix dans la région ».

Pour le ministre-président de cet Etat, Mamata Banerjee, « les partisans du Gorkhaland ont nui au développement dans les montagnes ces cinquante dernières années. Je leur recommande de ne pas continuer ainsi, en agitant de fausses rumeurs », comme le rapporte India Times. Et de dénoncer l’existence d’«  un cerveau terroriste [qui] se cache derrière cet hooliganisme et ce vandalisme. Seul un terroriste peut agir ainsi. Nous avons des indices indiquant qu’il existe des connexions terroristes. [Le GJM] entretient des liens avec des groupes rebelles souterrains du nord-est. A ces derniers, je recommande de ne pas soutenir le GJM ».

Revendications anciennes

Il existe au sein de l’Union indienne de nombreux mouvements séparatistes qui mènent campagne pour obtenir la reconnaissance de l’autonomie de leur région. Ainsi, en 2000, trois Etats ont vu le jour : le Chattisgarh, formé au sein du Madhya Pradesh, l’Uttaranchal, né d’une division de l’Uttar Pradesh, et le Jharkhand, d’un redécoupage du Bihar. Plus récemment, le 2 juin 2014, le Telangana, né de la division de l’Andhra Pradesh, devenait le 29ème Etat de l’Union après six décennies d’une longue campagne séparatiste. La Conférence des évêques catholiques de l’Andhra Pradesh avait alors assuré le nouvel Etat du « soutien de l’Eglise catholique et de la communauté chrétienne pour l’aider à un développement équitable, efficace et durable ». La formation de ces nouveaux Etats reposaient sur des différences sociales, culturelles, économiques, voire ethniques.

Le 30 juillet 2013, à New Dehli, le Congrès adoptait à l’unanimité une résolution recommandant la formation de l’Etat du Telangana, scission de l’Andhra Pradesh. Ce jour-là, Mangal Singh Rajput, un père de famille de 45 ans, s’immolait par le feu, en s’écriant : « Nous voulons le Gorgkaland ! » et témoignait ainsi de la passion des partisans de la naissance du Gorkhaland.

Depuis les années 1980, les revendications en faveur de l’Etat du Gorkhaland étaient portées par le Gorkha National Liberation Front. En 1988, un statut particulier était reconnu à cette région, à travers la naissance du Darjeeling Gorkha Hill Council, pour mettre un terme à des violences qui avaient fait plus de 1 200 morts depuis 1986. « Mais en réalité tout était contrôlé par le gouvernement », déplore Mgr Lepcha, pour qui « cet organe a échoué à améliorer le bien-être de la population ». En 2007 le Gorkha Janmukti Morcha voyait le jour, et, en 2011, la Gorkhaland Territorial Administration était mise en place. Cette décision était considérée par les partisans du Gorkhaland comme une étape supplémentaire en vue de la création de cet Etat.

Vers une sortie de crise ?

Surendrajeet Singh Ahluwalia est vice-président du Bharatiya Janata Party (BJP, parti au pouvoir depuis 2014), ministre d’Etat et représentant du Darjeeling au sein du Lok Sabha (la Chambre basse du Parlement fédéral). Lors d’une conférence de presse organisée le 20 juin dernier, il a rappelé que « le BJP a promis dans son manifeste électoral de 2014 qu’il examinerait avec bienveillance et prendrait en compte les demandes, anciennes, des Gorkhas ». Mamata Banerjee a regretté ces déclarations et, le 24 juin, le BJP a fait savoir qu’il ne soutenait pas la naissance du Gorkhaland.

Selon The Economic Times, les forces de police ont inculpé Bimal Gurung, leader du GJM, et son épouse pour la mort de trois membres de son organisation politique, décédés ces jours-ci, au cours des manifestations. Les autorités ont fait savoir que ces décès auraient été causés par des tirs issus des rangs du GJM, ce que l’organisation politique a contesté.

Source : Eglises d’Asie

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