Inquiétudes du cardinal Müller sur la situation actuelle de l’Église catholique

L’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a été interrogé par Il Corriere della Sera dimanche 26 novembre. Dans cet entretien rapporté par La Croix, il demande que les “justes réclamations” des  catholiques réticents à l’égard des orientations de l’actuel pontificat soient écoutées.

Quelques phrases de cet entretien sont significatives. Le cardinal Müller dit ainsi redouter “un schisme”. Le cardinal est, en effet, assez inquiet sur la situation actuelle. “Il existe un front de groupes traditionalistes, ainsi que des progressistes, qui voudrait me voir à la tête d’un mouvement contre le pape, mais je ne le ferai jamais”. Le cardinal croit pourtant en “l’unité de l’Église”, mais demande aux autorités ecclésiales d’“écouter ceux qui ont des questions sérieuses et de justes réclamations : il ne faut pas les ignorer ou, pire, les humilier”. L’avertissement est donc lancé :

Sinon, sans le vouloir, le risque d’une lente séparation peut augmenter, qui pourrait déboucher sur un schisme d’une partie du monde catholique, désorienté et déçu. L’histoire du schisme protestant de Martin Luther d’il y a 500 ans devrait surtout nous montrer les erreurs à éviter.

Remplacé à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal apporte quelques éclairages. Ainsi, François lui aurait dit : “Certains m’ont dit de façon anonyme que vous étiez mon ennemi”. Les termes sont vifs :

Après quarante au service de l’Église, déplore-t-il, je me suis laissé dire cette absurdité, préparée par des cancaniers qui au lieu d’instiller de l’inquiétude chez le pape feraient mieux d’aller voir un psychiatre.

Pour le cardinal, les “vrais amis (du pape) ne sont pas ceux qui l’adulent”, mais “ceux qui l’aident avec la vérité et une compétence théologique et humaine”. Il met en cause les délateurs qui ont ainsi joué un rôle dans son départ de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il existe d’importantes “tensions” dans l’Église actuelle.

Il faut écouter ceux qui ont des réticences : cela vise les auteurs des dubia, mais également les signataires de la Correctio filialis :

Je crois que les cardinaux qui ont exprimé leurs doutes sur Amoris Laetitia, ou les 62 signataires d’une lettre de critiques, dont certaines excessives, contre le pape, doivent être écoutés, et non pas balayés d’un revers de main comme’pharisiens’ou comme des râleurs

Bref, il faut donc un “dialogue franc et clair”.

Dans l’entourage du pape, on “s’inquiète surtout d’espionner de prétendus adversaires, empêchant de la sorte une discussion ouverte et équilibrée”, estime le cardinal Müller, qui a pourtant défendu l’Exhortation apostolique du pape François sur la famille.

Classer tous les catholiques selon les catégories ’amis’ ou ’ennemis’ du pape est le plus grand mal qu’ils causent à l’Église. Et on est perplexe lorsqu’on voit qu’un journaliste bien connu, athée, se vante d’être un ami du pape, tandis qu’un évêque catholique, cardinal comme moi, est diffamé comme opposant du pape. Je ne crois pas que ces personnes puissent me donner des leçons de théologie sur le primat du souverain pontife

Pour le cardinal, l’Église est donc plus “faible” aux yeux du cardinal (on est pas loin de la reconnaissance d’une “crise” dans l’Église). “Les prêtres sont de plus en plus rares et nous apportons des réponses plus organisationnelles, politiques et diplomatiques que théologiques et spirituelles”. Le cardinal refuse l’assimilation à un corps politique :

L’Église n’est pas un parti politique, avec ses luttes de pouvoir. Nous devons discuter des questions existentielles, sur la vie et la mort, sur la famille et les vocations religieuses, et pas sur la politique ecclésiastique en permanence. Le pape François est populaire, et c’est une bonne chose. Mais les personnes ne prennent plus part aux sacrements. Et sa popularité parmi les catholiques qui le citent avec enthousiasme ne change malheureusement pas leurs fausses convictions.

Autre aspect : l’expression “hôpital de campagne” n’est plus tout à fait adaptée pour le cardinal Müller qui lui préfère celle de “Sillicon Valley”.

Nous devrions être les Steve Jobs de la foi et transmettre une vision forte en termes de valeurs morales et culturelles

Des critiques, mais surtout une espérance pour l’Église actuelle.

SOURCE – La Croix

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