Jean-Frédéric Poisson répond au secours catholique sur la pauvreté

Lettre ouverte en réponse à votre interpellation publique aux candidats à la présidentielle

Madame la Présidente,

J’ai été très sensible au rapport sur l’état de la pauvreté en France en 2016 que vous avez publié. Je souhaite partager avec vous ma grande inquiétude face à l’accroissement de la pauvreté et des fragilités en France. Le projet que je présente dans le cadre de l’élection primaire de la droite et du centre est un projet de civilisation, civilisation dont la marque est la défense du plus fragile. Nous avons organisé un monde taillé à la mesure des plus forts dans lequel il n’y a plus de place pour les plus fragiles. Le paradigme libéral-libertaire dans lequel nous sommes entrés depuis quelques dizaines d’années nous empêche de voir l’homme tel qu’il est : un être sans cesse confronté à ses limites et ses fragilités. Au contraire, plutôt que d’assumer ces fragilités, notre système a fait de la personne une variable d’ajustement aux décisions économiques et financières. Prendre conscience que l’homme est fondamentalement lié à sa fragilité est l’unique moyen de cesser de voir les politiques de lutte contre la pauvreté comme un dispositif cloisonné, et dont l’objet est simplement de réparer les dégâts que le reste de nos politiques provoquent. Je ne me satisfais pas d’un monde dominé par les logiques consuméristes, les politiques monétaires, les traités de commerce internationaux. Je comprends bien qu’il y ait des tentatives de contenir ça ou là les excès du libéralisme, mais ce n’est pas suffisant. Ce sont les fondements même de notre économie qu’il faut interroger. Je suis en ce sens, et fondamentalement, un chrétien social. Mes propositions diffèrent de celles de mes concurrents à la primaire de la droite. Je pense 2 par exemple que faire de la suppression des 35 heures, l’alpha et l’oméga de politique économique est une erreur. Si l’on veut vraiment réconcilier les Français avec la valeur travail, ce n’est pas la durée qui est en cause, c’est le management en entreprise, le salaire, les conditions de travail, la culture, l’environnement de travail, les conciliations vie professionnelle et vie familiale. C’est sur cela qu’il faut agir. Quand les Français sont bien dans leur travail, ils ne comptent pas leurs heures. Nous devons également changer de regard sur la pauvreté. Elle n’est pas uniquement un problème matériel mais aussi un problème moral. Comme vous le soulignez dans votre rapport, Il se fait jour, aujourd’hui en France, d’un terrible déficit de relations humaines. Contre une société atomisée, je veux redonner à la France ses solidarités naturelles. C’est la raison pour laquelle je donne tant d’importance à la politique familiale. Les corps intermédiaires, sont les mieux placés pour retisser du lien social. Les associations, dont notre pays est si riche, ont à ce titre un rôle particulier à jouer. J’attache également une importance particulière à dimension territoriale de la pauvreté. Les zones péri-urbaines et rurales connaissent un sentiment d’abandon dramatique. Elu de la partie rurale de l’Ile-de-France, je connais la détresse engendrée par la désertification progressive des campagnes (fermeture des écoles, des cabinets médicaux, des services publics). Je veux renouer avec la tradition française d’aménagement équilibrée du territoire. Le bilan que vous dressez de l’avancée de la pauvreté en France nous oblige à prendre la mesure des enjeux que nous avons à affronter. La France se déshonore à reléguer une partie grandissante de ses citoyens à une telle situation. Il nous faut, de toute urgence, réformer en profondeur notre système allocataire qui, en l’état actuel, est illisible et inefficace puisque que 9 millions de personnes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, dont trois millions d’enfants malgré les 300 milliards d’euros de prestations sociales versées. Comme vous le soulignez, le système de protection sociale couvre insuffisamment les ménages fragiles. C’est pourquoi je suis favorable à la mise en place d’un revenu de base universel. Ce dispositif présente de nombreux avantages : il constitue à la fois un filet de sécurité minimum et une reconnaissance de la participation de chacun à la richesse nationale, quel que soit son statut. Il est la traduction économique de la part d’héritage en partage pour tous les citoyens produit par les savoir-faire des générations passées. Il est également une reconnaissance de la dignité de chaque personne, en dehors de toute valeur marchande et à l’ensemble des moments de la vie. Outre les activités rémunérées, il existe d’autres activités tout aussi profitables à l’ensemble de la société : l’engagement associatif, le choix de rester auprès de ses enfants, d’aider ses parents dans leur fin de vie en sont autant d’exemples. Enfin, cette mesure est une mesure de réalisme ; l’évolution de notre société vers une instabilité économique et sociale généralisée impose de prendre les mesures qui nous permettront d’assurer à chacun une vie digne. 3 Bien entendu, il faudra veiller à ce revenu de base n’emporte pas d’effet négatifs sur les bas salaires. J’ai toujours été pour le maintien voire la hausse du salaire minimum. Je serai très attentif aux effets pratiques de cette mesure en particulier pour les travailleurs pauvres. Je suis d’ailleurs très désireux d’échanger avec vous sur les principes et les modalités pratiques de ce projet. Enfin, il n’y a pas de société prospère sans système éducatif ambitieux. Nous devons donner à chacun de nos enfants, d’une part l’amour de la connaissance et du savoir et d’autre part les moyens d’exercer un métier qui leur corresponde. C’est la raison pour laquelle je souhaite d’un côté recentrer l’école sur la transmission des fondamentaux et d’autre part revaloriser les filières d’apprentissage. L’instauration d’un service national universel a, dans mon esprit, la même vocation à accélérer la prise d’autonomie des jeunes Français et à consolider le tissu social de notre société. La défense du plus fragile est au cœur de mon engagement politique. Soyez assurée de ma volonté à continuer sur cette voie. C’est ainsi que je serais très heureux de pouvoir échanger de tous ces sujets avec vous. Je vous prie de croire, Madame la Présidente, à l’expression de ma considération la meilleure.

 

Jean-Frédéric Poisson

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