Jonas, le prophète des “périphéries”

Pour L’homme Nouveau, un moine de Triors commente la catéchèse du pape François sur Jonas.

Le cycle des conférences sur l’espérance conduit le Pape à nous parler de Jonas, figure prophétique atypique. Quel drôle de prophète en effet que ce Jonas qui part dans la direction opposée à celle indiquée par Dieu ! Au lieu d’aller vers l’Irak, il prend le chemin de l’Espagne. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il refuse que le message de pardon et de miséricorde du Seigneur soit étendu à l’humanité entière englobée par les païens de Ninive, et qu’il s’adresse même à l’ennemi héréditaire qui mettait en péril Jérusalem, la ville sainte par excellence. En bon juif, Jonas pense que seul Israël a Dieu pour père. Or précisément parce que Dieu est notre Père, il invite ce prophète de « sortie » et de fugue à devenir un prophète de « périphérie ». Dieu ne veut pas la mort du pécheur de quelque race ou de quelque religion qu’il fut et Jonas l’apprendra à ses dépens.

Jonas, que dom Delatte appelle à juste titre « patron des murmurateurs », fuit. Mais le prophète ne peut se soustraire à la volonté et à l’appel divins. Aussi, bientôt survient la tempête ; les marins l’en rendent responsable et le jettent à la mer. Mais YHWH est le maître. Toute la création chante sa gloire et lui obéit. La mer, pourtant ennemie de Dieu, au même titre que la mort, se soumet à la volonté divine et n’engloutit pas Jonas, type ici du Christ vainqueur de la mort et du chrétien devenu homme nouveau par le baptême. Jonas, en effet, happé par un énorme poisson, prie le Seigneur. Tout s’accomplit sur l’ordre direct de Dieu ou sous sa permission. Et la prière de Jonas, véritable cantique d’action de grâces, reconnaît ce gouvernement divin, dont les actions enchantaient déjà le psalmiste. Au bout de trois jours, il est rejeté sur une plage et part alors pour Ninive. Les habitants se convertissent et Dieu leur pardonne, ce dont Jonas est mécontent. Dieu lui explique alors la raison de sa miséricorde. Retenons ici que l’auteur du livre montre le conditionnel de toute prophétie : « Si vous ne vous convertissez pas ». Cette doctrine était déjà affirmée par bien des prophètes, mais elle apparaît particulièrement évidente chez Jonas. L’enseignement sera d’ailleurs repris par Jésus lui-même : Ninive la païenne s’est convertie en faisant pénitence, Jérusalem l’orgueilleuse refuse d’entendre la voix du Seigneur.

La prière apparaît donc bien comme la clé de voûte du récit. On la trouve partout, même chez les marins païens. Dieu se contente alors d’une prière très imparfaite mais qui jaillit du cœur, même si c’est devant le danger de la mort. Les marins sauront d’ailleurs lui être reconnaissants puisqu’ils le loueront, après l’apaisement de la tempête, comme le seul vrai Dieu. De même devant un danger encore plus grand, celui de la « seconde mort » dont parle l’Apocalypse, les Ninivites prient et jeûnent. Il faut donc, avec toute la tradition de l’Église, lire le livre de Jonas dans la perspective du mystère pascal du Christ, vainqueur de la mort et du péché, qui appelle à sa suite tous ceux qu’Il sauve déjà en espérance. C’est ainsi qu’en lisant ce récit nous comprenons mieux comment la prière ouvre à l’espérance, et pourquoi nous devons prier plus assidûment dans les moments d’épreuve.

Ce qu’il y a finalement de merveilleux dans le livre de Jonas, c‘est que l’on y découvre que la Providence de Dieu est universelle, s’étendant à tous les hommes, tant les marins que les Ninivites, tant Jonas que les Juifs, et que cette Providence se manifeste d’abord et avant tout par cette miséricorde qui engendre en nous une espérance indéfectible.

 

 Le discours du pape

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