Jordanie : entretien avec Charles de Meyer, président de SOS Chrétiens d’Orient

          Comment l’association SOS Chrétiens d’Orient s’est-elle impliquée en Jordanie ? Et pour quelles raisons ?

La mission Jordanie est ouverte depuis août 2015 pour deux raisons principales. Il y a une forte implantation chrétienne en Jordanie, notamment latine, depuis des centaines d’années. Le pays est touché par un léger abandon de la communauté internationale dans sa gestion du cas des réfugiés irakiens ou syriens.

Médiatiquement, la Jordanie est connue comme le pays où les réfugiés viennent essayer de fuir le martyr qu’ils subissent chez eux. Pays dans lequel ils sont confrontés à une situation difficile, notamment à cause de l’interdiction de travail qui les frappe, et en même temps par le fait que la communauté internationale donne peu d’agent pour traiter du cas des réfugiés chrétiens.

C’est donc une double blessure que nous avons à traiter ici : la blessure de l’abandon de la communauté internationale, qui est un cas important pour l’ensemble des chrétiens d’Orient, et en même temps la question de la souffrance liée à l’émigration.

« SOS Chrétiens d’Orient » fait tout pour que les chrétiens puissent rester et vivre chez eux. On voit bien que, même dans ces pays de transit, l’adaptation de cette communauté chrétienne est difficile : explosion de la cellule familiale, désertion du rôle du père car il ne ramène plus d’argent au foyer… et puis des problèmes qui commencent à venir, des problèmes de prostitution notamment.

Aujourd’hui, nous voyons que l’abandon et la participation de pays occidentaux à une politique qui a déraciné les chrétiens d’Orient, créent non seulement des drames humains, mais des drames communautaires.

          Quelles sont les ambitions à long terme de SOS Chrétiens d’Orient en Jordanie ?

L’ambition à long terme est triple, c’est la même que dans les autres missions.

La gestion de l’urgence, c’est à dire le fait d’aider les chrétiens dans leur quotidien : panser les blessures directes sans se soucier d’autre chose que d’aider notre prochain.

Notre deuxième type d’action, c’est la stabilité de la vie économique, la restauration de la vie communautaire.

Ce que nous voulons faire en troisième lieu, c’est montrer, par notre présence permanente, que nous sommes au cœur de la chrétienté en Jordanie, qu’elle soit latine, orthodoxe, autochtone ou déplacée. L’idée est de vraiment montrer que la France se réinvestit dans la région. Nous ne les oublions pas, pas uniquement par la prière mais aussi par la présence physique d’une jeunesse volontaire.

          La Jordanie est jusqu’ici épargnée par les conflits qui ensanglantent deux Etats voisins, Syrie et Irak, avec de nombreux réfugiés de ces deux pays sur son territoire ; quel regard portez-vous sur la situation de ce pays et comment pensez-vous que celle-ci pourrait évoluer ?

D’abord la Jordanie a eu à gérer une question de frontière assez importante. On sait qu’une partie de la rébellion syrienne islamiste a essayé de passer au sud de la Syrie, donc la frontière jordanienne. Il est à espérer que ce problème finisse par disparaître.

Concernant la frontière irakienne, elle est tributaire de l’évolution de la situation notamment à Anbar, mais aussi à Mossoul et Tal Afar. A ce titre, on peut espérer que l’armée irakienne, qui perd beaucoup d’hommes, avance le plus vite possible pour contenir le départ des islamistes, et notamment des islamistes français (on en compte entre 300 et 400 à Mossoul).

Pour la question du traitement des réfugiés, évidemment la stabilisation de ces pays ne pourra aller qu’avec une amélioration de la situation, à la fois sécuritaire et économique, en Jordanie. Nous pouvons espérer que l’ensemble de la communauté internationale considère la spécificité des migrations chrétiennes dans ces conflits, et la nécessité de restaurer leur place, toute leur place, dans l’architecture institutionnelle des pays d’origine, et dans la reconstruction qui va s’en suivre.

Il faut alerter sur la nécessité qu’il reste un havre chrétien au Sud de l’Irak, et qu’on puisse retrouver, notamment à Suwayda, dans le Sud de la Syrie, une stabilité régionale qui se fera par le règlement des conflits, et l’arrêt de cette guerre par milices interposées entre des puissances régionales.

Source : Le Salon Beige

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