La Chine, bientôt « le plus grand exportateur de foi chrétienne » ?

Dimanche 16 juillet, le South China Morning Post, quotidien anglophone hongkongais, a consacré un long article aux «  vies secrètes de missionnaires chinois dans le nord de l’Irak ». Et a constaté que «  la Chine [était] en passe de devenir le plus grand exportateur de foi chrétienne ».

Michael, 25 ans, et Christy, 23 ans, se sont mariés il y a un peu plus d’un an ; depuis, ils sont partis s’installer en Irak, partager le quotidien de réfugiés yézidis, persécutés par Daech.

Témoignage inédit de missionnaires protestants en Irak

En Chine, Michael travaillait à temps plein pour une communauté protestante « souterraine » (au sens de non reconnue par les autorités gouvernementales chinoises). En Irak, il considère sa vie comme plus stable qu’en Chine. « Ce pays n’est pas autant déchiré par la guerre que ce qu’on peut lire dans la presse ; en fait, je me sens plus en sécurité ici [qu’en Chine] », affirme-t-il. Selon lui, « la vie pourrait être décrite comme normale, ici ».

Le jeune couple travaille comme bénévole, sur un site protégé, qui accueille femmes et enfants ayant fui les persécutions de Daech. L’Etat islamique contrôlait jusqu’à peu un territoire qui n’était situé qu’à une soixantaine de kilomètres de ce site, dont le journaliste du South China Morning Post tait la localisation exacte pour des raisons de sécurité.

Ce jeune couple considère pourtant ne rien faire d’extraordinaire. « Ce que nous faisons n’est pas rare parmi les Chinois continentaux chrétiens », explique Christy. En 2014, les statistiques officielles chinoises admettaient l’existence de 28 millions de chrétiens en Chine continentale ; certains observateurs étrangers considèrent qu’ils seraient toutefois entre 70 et 100 millions. Ils pourraient même être près de 150 millions, en 2020, selon le Centre for the Study of Global Christianity du séminaire théologique de Gordon-Conwell aux Etats-Unis. Et parmi ces chrétiens, ils seraient des centaines, voire plusieurs milliers de missionnaires à travers le monde, en particulier dans des pays musulmans. Il n’existe pas de chiffre officiel à ce sujet : les Eglises protestantes « souterraines » de Chine continentale fonctionnent indépendamment des organisations religieuses autorisées par l’Etat.

«  Nous sommes ici pour leur apporter l’amour du Christ », poursuit Christy, en précisant qu’elle et son conjoint ne parlent pas explicitement de leur foi. «  Annoncer l’Evangile dans un pays musulman est illégal, rappelle Michael. Si vous convertissez un fils, en fait, vous demandez à son père de le tuer. »

20 000 missionnaires chinois d’ici 2030 ?

En septembre 2015 s’est tenu le Mission China 2030 à Hongkong : les protestants chinois s’étaient alors fixés comme objectif d’envoyer 20 000 missionnaires à travers le monde d’ici 2030. Dans les années 1990, la Corée du Sud avait annoncé vouloir envoyer 10 000 missionnaires. Et elle figure actuellement parmi les pays qui envoient le plus de missionnaires chrétiens à travers le monde, après les Etats-Unis et le Brésil, selon une étude réalisée en 2014 par le Centre for the Study of Global Christianity. A cette date, il y avait près de 400 000 missionnaires, toutes nationalités confondues, dans le monde, dont 26 677 coréens selon une étude de l’Association coréenne des missions dans le monde.

En Corée du Sud, l’ardeur missionnaire a parfois suscité la critique, notamment en 2007, lorsque 23 missionnaires avaient été enlevés par les talibans en Afghanistan, et en 2009, lorsque 80 d’entre eux avaient été expulsés d’Iran, du Yémen et de Jordanie, pour « prosélytisme ».

Les jeunes chinois missionnaires sont bien conscients de ces difficultés et de la nécessité de suivre une formation spécifique. Mais, comme le rappelle Michael, la foi des chrétiens chinois a été éprouvée, depuis 1949, par les autorités communistes. « Et lorsque la foi est ainsi mise à l’épreuve, elle est plus authentique et sincère », explique-t-il.

Pour l’instant, les missionnaires chinois ne partent, d’une manière générale, que pour des missions de courte durée, généralement sous couvert de visa d’affaires. Le mois dernier, deux jeunes Chinois ont été capturés et assassinés par Daech, à Quetta, capitale du Baloutchistan, province du sud-ouest du Pakistan ; suite à cela, onze ressortissants chinois, suspectés d’être des missionnaires chrétiens, ont été expulsés du pays et renvoyés en Chine. Pour le Dr Brent Fulton, un observateur attentif des Eglises chrétiennes en Chine, l’enthousiasme missionnaire des communautés chinoises n’a pas été atteint par ces événements. Michael et Christy, eux, ont confié au South China Morning Post être prêts à rester en Irak indéfiniment.

Source : Eglises d’Asie

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