La musique sacrée de Charles Gounod

de Jean-Claude Hulot sur ResMusica :

Né il y a exactement deux cents ans, Charles Gounod, s’il demeure aujourd’hui l’un des compositeurs français les plus joués à l’Opéra grâce à Faust, a été aussi un maître de la musique sacrée, domaine dans lequel on serait aujourd’hui bien inspiré de redécouvrir ses œuvres.

Gounod a vingt et un ans quand, en 1839, il remporte le premier grand prix de Rome. Pensionnaire de la villa Medicis, il découvre les chœurs de la chapelle Sixtine et la musique polyphonique de la Renaissance qui va le marquer durablement. Ses envois de Rome comportent déjà des pages sacrées comme sa Messe de Saint Louis (1841), son Te Deum (1841 également), qui fut cependant mal accueilli par l’académie. Spontini  le décrit comme « dépourvu de mélodies, d’expression, de sentiment religieux ». En 1843, un Requiem qu’il soumet à Mendelssohn lui vaut en revanche les félicitations de son glorieux ainé.

Mais à Rome, surtout, Gounod entend les prédications de Lacordaire (1802-1861, dominicain qui fut un précurseur du catholicisme libéral), qui font sur lui une impression profonde. A son retour, nommé organiste et maître de chapelle à l’église des missions étrangères, il envisage même de rentrer dans les ordres. Il suit alors les cours de théologie au séminaire de Saint-Sulpice, porte soutane et signe ses lettres et œuvres « l’abbé Gounod ». Mais en 1848, peut-être sous l’influence des événements politiques, il renonce non à sa foi, qu’il gardera profonde et sincère jusqu’à sa mort, mais à l’idée du sacerdoce.

Il continue de composer des œuvres religieuses et donne en 1855 sa partition la plus célèbre, la somptueuse Messe de Sainte Cécile. Grand orchestre, chœur, solistes, et surtout style général ponctué d’effets quasiment opératiques (l’intervention du ténor qui, contre l’usage, chante le « domine, non sum dignus… » que les fidèles récitent à l’office avant de communier, le très coloré « domine salvum fac » conclusif). Ses autres messes sont moins théâtrales et spectaculaires, soit qu’elles ne convoquent pas de solistes, soit qu’elles ne fassent pas appel à l’orchestre, à l’exception de la Messe du Sacré Cœur. Au disque, on peut trouver les pages romaines (Hervé Niquet dans un superbe album du Palazetto Bru Zane, a enregistré la Messe vocale, la Messe de Saint Louis des français, l’Hymne sacré et le Christus factus est) ou le Requiem par Joachim Harvard de la Montagne (Arion), mais c’est évidemment la Messe de Sainte Cécile qui possède la discographie la plus vaste. De toutes les versions gravées, c’est sans doute celle de Markevitch avec la Philharmonie tchèque et un trio d’exception (Seefried, Stolze, Uhde , enregistré en 1965, DG) qui s’impose, devant celle de Georges Prêtre.  Les autres messes réclament encore une gravure digne d’elles…

Mais c’est dans la deuxième moitié de sa vie que Gounod va écrire ses chefs d’œuvre religieux que sont ses oratorios. Émigré en Angleterre après la défaite de 1870, sous l’emprise de la cantatrice Georgina Weldon avec qui il a une liaison de plusieurs années, il compose des oratorios, genre dont il sait le public anglais particulièrement friand. Il écrit d’abord Gallia, magnifique et émouvante déploration sur la patrie vaincue : « l’idée m’est venue de représenter la France telle qu’elle était… outragée, insultée, violée par l’insolence et la brutalité de son ennemi ». On l’écoutera surtout dans la gravure de Françoise Pollet avec l’Orchestre d’Ile-de-France dirigé par Jacques Mercier (BMG, avec des extraits de Redemption, Mors et vita et le célèbrissime Ave Maria), tandis que celle de Jacques Grimbert vaut surtout pour le couplage avec le petit oratorio Tobie.

Puis viennent Rédemption (1883), un titre qu’il partage avec le magnifique oratorio de Franck et surtout le grandiose Mors et Vita (1885). Vaste composition de plus de deux heures et demi pour chœurs, orchestre et solistes sur des textes latins de la liturgie, l’œuvre fait figure de chef d’œuvre dans la production sacrée de Gounod. Elle inspire à Saint-Saëns ces mots , sincères si ce n’est clairvoyants : « Quand de par la marche fatale du temps, dans un lointain avenir, les opéras de Gounod seront entrés dans le sanctuaire poudreux des bibliothèques, connus des seuls érudits, Rédemption et Mors et Vita resteront sur la brèche pour apprendre aux générations futures quel grand musicien illustrait la France du XIXe siècle ».

La postérité n’a pas ratifié les propos de Saint-Saëns (que le succès des opéras de Gounod ne devait pas réjouir, mais qui improvisera sur un thème de Rédemption lors des obsèques de Gounod), et il a fallu attendre le magnifique enregistrement de Michel Plasson avec Barbara Hendricks, Nadine Denize, José van Dam et John Aller pour rendre Mors et Vita à son impressionnante grandeur. S’il est resté sans rival, il suffit cependant à rendre à cet oratorio sa dimension visionnaire.

Restent enfin les « petits » oratorios comme le bouleversant Saint François D’Assise (1891)récemment révélé par Stanislas De Barbeyrac, Florian Sempey et Laurence Equilbey (Naïve), un joyau qui renonce à la dimension spectaculaire de Mors et Vita au bénéfice d’un intimisme orant particulièrement émouvant.

Il faudrait bien sûr évoquer ici les cantiques dont certains (Le ciel a visité la terre) sont encore chantés dans les paroisses les plus traditionnelles et l’inusable Ave Maria d’après le Premier prélude du clavier bien tempéré pour évoquer la dimension purement liturgique de l’œuvre de Gounod, qui s’éteignit en 1893 alors qu’il écrivait un ultime Requiem pour la mort de son petit-fils Maurice Gounod.

Faudrait-il pour conclure ajouter que le grand chœur final de Faust est, lui aussi, un chant religieux, ô combien célèbre ? Reste à prier qu’éditeurs et interprètes veuillent bien se pencher en ce bicentenaire de Charles Gounod, sur l’œuvre sacré du grand musicien à commencer par les inédits au disque, l’oratorio Rédemption au premier plan…

 

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