La radicalité évangélique qui fait de François le plus redoutable adversaire du système dominant est sous-estimée

La radicalité évangélique qui fait de François le plus redoutable adversaire du système dominant est sous-estimée

De Gérard Leclerc dans France-catholique :

Il est peut-être utile de revenir sur la visite, pourtant très commentée, du président de la République au pape François. Elle pose en effet trop de questions simultanées pour qu’on en épuise rapidement la signification. Un article récent d’Éric Zemmour dans Le Figaro magazine pourrait nous y contraindre par son interprétation assez redoutable et digne de son intelligence déliée. Pour notre confrère, en effet, les deux hommes étaient faits pour s’entendre, en vertu d’une vision politique assez commune du monde actuel : « Macron dénonce “la ligne populiste” tandis que François multiplie les gestes et les discours en faveur de l’“Autre” sanctifié. Macron et le pape François ont fait une croix sur la France et une Europe catholiques. Ils ne veulent connaître que des catholiques européens dans une Europe déchristianisée, une minorité parmi d’autres, au milieu d’autres, comme les autres. Une minorité qu’ils seront prêts alors tous deux à protéger. Nos maîtres sont trop bons. »

Ce jugement comporte une forte charge d’ironie, plutôt grinçante. Elle n’étonne pas de la part d’un journaliste angoissé par le destin d’une France et d’une Europe de plus en plus dépouillées de leur héritage, un héritage chrétien qu’assume complètement le juif religieux qu’est notre confrère. D’aucuns l’accusent de n’avoir qu’une conception « identitaire » de notre patrimoine religieux. Mais le mot valise qu’est devenu l’identité ne saurait dispenser d’une réflexion sérieuse sur ce que signifie un ancrage dans une certaine culture. Une religion qui se veut d’incarnation ne saurait dédaigner ceux qui reconnaissent le poids d’héritage qu’elle suppose.

Est-ce pour autant qu’il faut accuser le Pape de dédaigner un tel héritage ? Il est vrai que l’ancien archevêque de Buenos Aires est sans doute le premier à avoir le sentiment plénier qu’il dirige une Église vraiment universelle, où l’Europe ne joue plus le rôle d’autrefois et où la France ne cuit plus le pain intellectuel de la chrétienté, comme le voulait encore Paul VI. Ce n’est pas pour autant qu’il faut édulcorer sa position sur le modèle politique contemporain, dont il est, bien au contraire, le féroce contempteur. Éric Zemmour sous-estime la nature d’une certaine radicalité évangélique qui fait de François le plus redoutable adversaire du système dominant, notamment dans l’ordre économique. C’est pourquoi il est inapproprié de parler d’un rêve commun entre le président français et lui-même. Les médias qui ont voulu transformer l’évêque de Rome en progressiste idéologique, adepte de tous les accommodements avec « le monde », finiront par comprendre qu’il n’a pas de mots assez durs pour les transgressions d’une classe politique qui a confondu un certain mondialisme avec l’esprit de l’Évangile.

Source : France-catholique

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