Le besoin de Dieu et l’enseignement sur l’Enfer

de Michaël Pakalul, traduit par Bernadette Cosyn pour France-catholique :

Michael Pakaluk, spécialiste d’Aristote et ordinaire de l’Académie Pontificale Saint Thomas d’Aquin, est professeur à l’école d’économie et de commerce Busch de l’université catholique d’Amérique. Il vit à Hyattsville avec son épouse, également professeur à l’école Busch, et leurs huit enfants.

La doctrine des feux de l’enfer témoigne du fait que nous pouvons nous rendre tels que nous n’ayons pas besoin de Dieu. « Mais toute créature a besoin de Dieu pour continuer à exister » direz-vous. Oui, métaphysiquement, tout être autre que Dieu reçoit son existence de Dieu et a donc besoin de Dieu. Nous pouvons cependant devenir des personnes telles que dans nos pensées, nos souhaits, nos désirs, nos projets, nos plaisirs, cela ne fait pas de différence qu’il y ait ou non un Dieu. Certains considéreraient même l’univers comme meilleur si Dieu n’existe pas.

Beaucoup de gens sont comme ça. Bien sûr, vous pourriez les décrire comme « des gens qui croient par erreur qu’ils n’ont pas besoin de Dieu ». Pour eux, cependant, c’est bien plus qu’une « croyance » défectueuse. C’est un mode de vie. Cela touche au plus profond d’eux-mêmes. Nous devons les décrire avec leurs propres mots : ils ont défini le sens de l’univers de cette façon.

« Oh, mais leurs cœurs sont sans repos et ils ne trouveront le repos qu’en Dieu » direz-vous, citant une haute autorité. « Ils découvriront un jour qu’ils ont tort. » Mais si cela n’arrive pas ? Ils ne semblent pas l’avoir fait durant les cinquante, soixante ou soixante-dix ans de leur vie. Pourquoi soixante-dix ans de plus feraient-ils une différence ?

Une autorité plus haute a déclaré : « irrigue l’arbre une année de plus et alors, s’il ne porte pas de fruit, coupe-le. » Nos cœurs sont vraiment sans repos par nature, mais nous pouvons ruiner cette nature si bien que cela nous devient caché, hormis un miracle.

C’est la qu’interviennent les feux de l’enfer. Quelqu’un au cœur tourmenté, s’il est banni éternellement de la présence de Dieu, sera en son for intérieur, plein d’un regret éternel lancinant : pas le regret de la repentance, voyez-vous, mais le regret d’une simple auto-critique, le « ver qui ne meurt jamais ». Après la mort, ils ne réagissent pas vis à vis de Dieu en disant : « oh, il est celui auquel j’aspirais », car si c’était le cas, ils n’iraient pas en Enfer.

Les saints disent que un regret éternel est un enfer suffisant : cela l’est avec ne serait-ce qu’un vague tourment au cœur. Mais qu’en est-il de ceux qui se sont rendus tels qu’ils ne reconnaissent en aucune manière que Dieu soit un bien ? Pour eux, le bannissement est super. Cela leur évite une nuisance potentielle. Des vacances éternelles, sans le souci des nécessités temporelles, et l’enfer que sont les autres serait pour eux merveilleux.

Il peut y avoir dans cet état d’esprit plus d’humains que nous ne le pensons généralement.

Chacun peut voir que les laisser continuer à définir le sens de l’univers à leur profit serait injuste. Il est nécessaire que Dieu y mette certaines limites. Supprimer les vacances éternelles est un bon début. Mais les saints ont estimé que la vraie justice, même à titre thérapeutique, indique qu’ils doivent faire l’expérience dans leur corps de quelque chose d’analogue à la douleur rongeante que beaucoup ressentent dans leur âme. D’une certaine façon, ce serait également thérapeutique puisque cela les corrigerait. De nouveau, la plus haute autorité qui dit que « le ver ne meurt pas » a également dit de la Gehenne que « là, le feu ne s’éteint pas ».

Alors je le répète : la doctrine des feux de l’enfer témoigne du fait que nous pouvons nous rendre tels que nous n’ayons pas besoin de Dieu.

C’est une doctrine, et les catholiques doivent la croire, sous peine d’hérésie, et pour éviter de rendre leur épitaphe ironique : « ci-gît un catholique bien intentionné qui est mort en niant la doctrine des feux de l’enfer ».

Dans le « Catéchisme de l’Eglise Catholique », la doctrine des feux de l’Enfer est enseignée avec clarté, bien que son articulation semble un peu timide ( et de ce fait non pastorale) :

L’enseignement de l’Eglise affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Immédiatement après la mort, les âmes de ceux qui sont morts en état de péché mortel descendent en enfer où elles souffrent les châtiments de l’enfer, « le feu éternel ». [note 617] La punition capitale de l’enfer est la séparation éternelle d’avec Dieu qui seul peut donner à l’homme la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire.

On soupçonne que l’expression « feu éternel » a été mise entre guillemets parce que le feu n’est pas un feu terrestre mais seulement quelque chose d’analogue. Pourtant, de nos jours, les guillemets vont être compris comme du scepticisme remettant la doctrine en question. Il est impossible à une citation entre guillemets d’être terrifiante à souhait.

Pourtant, les notes de bas de page du « Catéchisme de l’Eglise Catholique » sont invariablement édifiantes. La note 617 donne une avalanche de citations : « cf. DS76 ;409 ;411 ;801 ;1002 ;1351 ;1575 ; Paul VI, CPD § 12 ». « DS » est un ouvrage de référence tenant compagnie à la Bible sur le bureau de chaque séminariste, le « Enchiridion Symbolorum » du théologien Denzinger, qui est une compilation faisant autorité des enseignements magistériels. Ces textes sont en latin ou en grec, et de ce fait inintelligibles pour pratiquement tous les catholiques, évêques compris.

Mais il est facile de lire le « CPD », le « Credo du peuple de Dieu ». Sur ce point important, le bienheureux pape Paul VI a de toute évidence voulu que l’Eglise enseigne avec une clarté sans ambiguïté : « Il est monté aux cieux et Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts : chacun selon ses mérites – ceux qui ont répondu à l’amour et à la dévotion de Dieu allant à la vie éternelle, ceux qui les ont refusés jusqu’à la fin allant au feu qui ne s’éteint pas ». (le texte latin est plus dur encore, disant que ces derniers sont « livrés » ou « abandonnés » à ce feu.)

Mais, direz-vous, « je sais que j’ai besoin de Dieu : comment pourrais-je affronter une seule journée, faire bien mon travail, garder patience et optimisme, sans la prière ? » Quelqu’un parlant ainsi, aucun doute, Notre Seigneur le regardera avec amour (Marc 10:21). Mais Il pourrait ajouter : « une chose te manque : as-tu besoin de Dieu ? »

Et cela soulève la question du ciel – pour la prochaine fois.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/10/02/on-needing-god-and-the-teaching-on-hell/

Illustration : « Dante et Virgile » [observant une âme tourmentée en enfer] par William Bouguereau, 1850 [musée d’Orsay, Paris]

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