“Le catholicisme a fait la France” : Trois questions à Eric Zemmour

Dans son dernier essai, le journaliste anti-conformiste revient sur l’identité de la France, marquée par une histoire mouvementée et tragique et des relations houleuses entre le peuple et les élites. Il s’en explique.

D’abord une question d’actualité. Vous consacrez un chapitre à Simone de Beauvoir. N’est-elle pas totalement dépassée par les féministes de « MeToo » et de « Balance ton porc » ?

C’est la grande mode aujourd’hui d’opposer Simone de Beauvoir aux féministes d’aujourd’hui. Simone, c’était mieux avant… Mais regretter Beauvoir aux dépens des féministes modernes, c’est glorifier Lénine pour conspuer Staline : tout le monde sait que l’un est le fils de l’autre.

Les féministes actuelles sont les filles de Beauvoir. « On ne naît pas femme, on le devient  », dit celle-ci. C’est la base du culturalisme de Judith Butler, papesse de la théorie du genre. Que dit Butler ? Quand le père dit : «  C’est une fille  », il en fait une fille. C’est la même pensée, fausse en l’occurrence : c’est au contraire parce qu’on naît femme qu’on devient femme. Beauvoir fait du sous-Sartre. C’est lui qui lui a donné l’idée de son livre Le Deuxième Sexe. Dans ses mémoires, Beauvoir confesse l’admiration sans bornes qu’elle a pour son compagnon, car il la domine intellectuellement. C’est l’éternel féminin ! Et elle écrit Le Deuxième Sexe pour sauver son couple. Le beauvoirisme est un bovarysme.

C’est pour ça que j’ai écrit ce chapitre : montrer le décalage entre ce qu’elle est et ce qu’elle écrit, entre sa nature féminine et son refus de la nature féminine. C’est en cela qu’elle est la mère des féministes d’aujourd’hui – reconnue ou non.

Comment est né votre livre ? L’avez-vous pensé comme une réponse aux menaces sur l’identité de notre pays ?

Toute ma vie j’ai vécu avec l’histoire de France. Mais «  quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres  », dit Tocqueville. Je pense qu’aujourd’hui nous y sommes. On empêche désormais le passé d’éclairer l’avenir. On a voulu, délibérément, effacer l’histoire de France. On nous raconte une Histoire qui n’a pas eu lieu pour mieux taire l’Histoire qui a eu lieu. Et comme je considère que l’identité de la France repose sur son Histoire, je pense indispensable de rentrer dans cette bataille historique.

Ces historiens « déconstructeurs » que vous dénoncez, ne répondent-ils pas au roman national, qui plaquait des notions du XIXe sur des situations historiques, comme la nation chez les Gaulois ignorant cette notion  ?

Je lis les historiens contemporains, je les cite. Mais je leur reproche non d’avoir un biais idéologique, tout le monde en a un, mais de prétendre qu’ils n’en ont pas et qu’ils sont scientifiques. «  Nous sommes la science !  » C’est de l’usurpation.

Quant au roman national, il faut en effet le contester, et je le conteste, mais on a le droit de contester aussi les déconstructeurs et de ne pas se contenter d’une histoire de France en miettes où il n’y a pas de nation, mais que des minorités et des individus. Un historien est quelqu’un qui aide à donner forme à un pays et à une civilisation.

[…]

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