Le populisme chrétien clef de la victoire de Fillon ?

J’avoue que, lorsque j’ai lu la remarque de Philippe de Villiers sur l’absence de François Fillon au deuxième tour de l’élection présidentielle, je n’y croyais pas beaucoup. Mais la campagne de ce dernier me semble effectivement prendre un tour inquiétant.

D’abord, il me semble d’assez mauvaise stratégie de prendre comme porte-parole un Benoist Apparu, qui fut naguère le porte-parole d’Alain Juppé et défendit – non sans talent d’ailleurs – le multiculturalisme et le « progressisme » sociétal. Si, vraiment, François Fillon a remporté les primaires sur une ligne de conservatisme social, il est aberrant de faire porter cette ligne par une personne qui a, notoirement, défendu l’exact inverse.

Guillaume de Thieulloy poursuit alors sur une analyse économique que vous pouvez retrouver sur Nouvelles de France.

Puis il en vient à la question des catholiques

J’ajoute que les échos que nous avons de la campagne et des débats internes à l’équipe Fillon ne sont pas rassurants. Alors que François Fillon est supposé avoir gagné le « vote catho » aux primaires, nous constatons que Sens commun, mouvement issu de la Manif pour tous, n’a que 4 candidats investis aux législatives – autant qu’avec Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, pas un candidat de plus. De même, le PCD de Jean-Frédéric Poisson, qui, de toute évidence, a « fait le lièvre » pour M. Fillon, n’a que 2 candidats investis – là non plus pas un de plus que si Alain Juppé avait gagné. Et, pendant ce temps, on parle de dizaines de circonscriptions réservées pour les centristes – qui pèsent moins de 5 % de l’électorat ! Que les conservateurs aient cinq ou dix fois moins de candidats investis aux législatives, dans un parti supposé dirigé par un conservateur, que les bobos libertaires est… disons surprenant.

La seule chance de François Fillon est de déplacer le débat sur la survie de notre civilisation, sur notre conception de la personne humaine, de la famille et de la société. Ce qui implique, en particulier, de prendre nettement ses distances avec la droite « bobo » et de se rapprocher de ce que Patrick Buisson appelait naguère le « populisme chrétien ». S’il ne le fait pas – et tous les échos que j’ai de son équipe de campagne me laissent supposer qu’il n’est pas prêt à le faire –, alors il fera à son tour le lièvre pour Emmanuel Macron…

 

 Guillaume de Thieulloy

Lire aussi l’entretien de Cyril Brun “Je crains que l’élection de François Fillon ne nous rendorme”

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