Le Transhumanisme – Et l’Homme se créa à l’image de Dieu…

Qui n’a jamais rêvé de vivre sans contraintes ? Pourquoi l’Homme veut-il être plus grand que lui-même ? Ce n’est pas nouveau, l’Homme a soif d’infini. Dès lors que Dieu est inexistant, l’Homme doit occuper ce vide et ce besoin d’infini par d’autres puissances qui lui sont propres.

Combler les inégalités par la technique

Le mot « transhumanisme » a été inventé en 1957 par le biologiste Julian Huxley, frère d’Aldous Huxley ayant écrit dans les années 1930 la célèbre science-fiction : Le meilleur des mondes. Simple coïncidence ou prophétie ? Ce romancier était un partisan de l’eugénisme comme moyen d’amélioration de la population humaine.

« L’inégalité biologique est évidemment le fondement de l’affirmation de tout l’eugénisme. […] L’inégalité de simple différence est désirable, et la préservation de la variété humaine devrait être l’un des deux buts principaux de l’eugénisme. Mais l’inégalité de niveau ou de degré est indésirable, et le deuxième but essentiel de l’eugénisme devrait être l’élévation du niveau moyen de toutes les qualités désirables. »

Le transhumanisme va dans le sens de l’eugénisme en passant de la naissance à la pure et simple fabrication.

Les inégalités commencent déjà à s’estomper grâce aux technologies d’assistance robotisées pour le quotidien. Celles-ci seront présentées au Cybathlon 2016 qui a pour objectif de montrer et de stimuler l’avancée de la science en la matière et une utilisation quotidienne des prothèses créées pour l’occasion. L’humanisme se proposait de corriger les inégalités de la nature par l’éducation. A présent, nous envisageons un transhumanisme qui permettrait de corriger les inégalités par la technique. Dans le monde de demain, l’enseignement ne devrait plus être le fruit d’un effort d’assimilation, mais d’une simple connexion à une superintelligence artificielle. Les scénarios de science-fiction les plus futuristes risquent d’être bien vite dépassés par la réalité…

La création d’un post-humain

L’homme augmenté est la transcendance de l’Homme par la convergence des quatre grandes technologies : les NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Informatique et sciences cognitives).

Ces technologies sont en train de se renforcer les unes avec les autres. Elles sont capables de modifier les envies de l’homme et sa nature même. Si l’Homme devient capable de modifier les propriétés d’un pneu pour qu’il ne s’use pas, saura-t-il transformer son propre corps de sorte qu’il devienne inusable ? D’aucuns en sont convaincus.

Le but du transhumanisme est l’obtention du post-humain par trois grandes phases concomitantes : l’amélioration des performances, l’affranchissement du corps et la vie avec les robots.

En ce qui concerne l’amélioration des performances, celles-ci se feront au niveau physique : l’Homme sera en parfaite santé avec zéro défaut génétique, il courra beaucoup plus vite, pourra rester en apnée pendant plus de 15mns, etc.

Nous aurons également une amélioration sensorielle avec des sens beaucoup plus développés jusqu’à voir dans la nuit sans avoir besoin de lunettes à vision nocturne. Au niveau émotionnel, les transhumanistes veulent atteindre la « félicité perpétuelle » grâce à la pharmacologie et aux nanorobots qui, dans peu de temps, feront partie intégrante de notre organisme. Tels des « bouddhas X-men », nous demeurerons heureux et tout-puissants ! Ne perdons pas de vue que le but ultime de ces améliorations est aussi une amélioration morale. Il s’agit, en réalité, d’un projet d’humanité pour effacer les inégalités, renforcer l’altruisme et la générosité. Cependant, ce que les scientifiques ont manqué de voir, c’est que ces qualités seront inutiles dans un monde où l’homme se suffit à lui-même dans sa perfection. Le philosophe Jean-Michel Besnier parle alors d’une augmentation assurée de l’individualisme au détriment du bien commun dans la revue « Cités n°55, Aujourd’hui le post-humain ». En ce qui concerne les inégalités, ne soyons pas dupes, seuls les riches pourront accéder à ce projet. Il y aura alors plusieurs catégories d’hommes : les humains que nous sommes aujourd’hui et les post-humains qui bénéficieront de la technologie pour mieux vivre jusqu’à prolonger leur vie et gagner l’immortalité.

En ce qui concerne les inégalités, ne soyons pas dupes, seuls les riches pourront accéder à ce projet.

La deuxième phase du transhumanisme consiste à faire disparaître totalement le corps humain et de passer de l’humanité 1.0 à l’humanité 3.0. Ray Kurzweil, directeur des projets chez Google, assure qu’en 2025, nous passeront à l’humanité 2.0 : des nanorobots implantés dans notre corps nous permettront d’avoir une plus grande  connaissance par une pensée hybride (mélange de notre pensée biologique et de l’intelligence artificielle connectée à notre cortex). L’humanité 3.0 verra le jour quand l’homme ne pensera plus par lui-même et qu’il sera doté de 100 % d’intelligence artificielle.

L’ultime étape est tout simplement de remplacer l’homme par des robots. Bill Gates est persuadé qu’ « en 2035 les automates auront remplacé les infirmières ». Il faut savoir que les robots sont déjà bien implantés au Japon. La population étant vieillissante, les robots ont été inventés pour tenir compagnie aux personnes âgées.

Pour cette raison, Jean-Michel Besnier souligne que le transhumanisme relève d’une conception techniciste du corps humain ravalé au niveau de celui d’un robot. Or, si le corps de l’homme ne lui appartient plus, il risque de se dégager de toutes responsabilités.

Pouvons-nous vivre humainement dans un monde robotique ?

C’est d’abord dans nos mentalités que notre humanisme est en péril. Hérité dans toute sa clarté du siècle des Lumières, le progrès – et les nouvelles technologies qui en découlent – a permis à l’Homme d’obtenir ce qu’il veut immédiatement et sans limite que ce soit au niveau des biens, de la connaissance ou de la communication. La société de consommation profite de cette éternelle évolution qui impressionne toujours plus l’homme. Nous avons remplacé l’impératif catégorique de Kant « tu dois donc tu peux » par un impératif technique : « tu peux donc tu dois ».

Les transhumanistes n’omettront pas de dire que chacun est libre de suivre ce mouvement. Mais nous laissent-ils véritablement le choix ?

Pour entretenir la consommation, les biens consommés sont souvent peu durables, ou même sont produits et vendus dans la perspective d’une obsolescence programmée. L’adaptation du consommateur est alors inévitable !

Pourquoi ne pas avoir une intelligence plus rapide et plus importante quand cela est possible ? Finalement, cette tentation est la même que d’avoir le dernier téléphone portable à la mode : on se sentira plus puissant. Cette volonté d’usurper le pouvoir divin c’est glorifier Icare, monter très vite vers un état de jouissance et de toute puissance, et finir par s’en brûler les ailes car sans limites, nous devenons inhumains.

La prudence est donc inévitable pour positionner correctement le curseur entre la « technolâtrie » qui baigne l’homme dans une utopie technologique et la « technophobie » qui serait de la diaboliser.

Le bien-vivre fait partie de la vie et il faut savoir l’utiliser à bon escient en restant à sa place d’homme limité.

S’il s’agit de redonner la vue à un aveugle grâce à des médicaments ou de donner une prothèse à une personne invalide, le transhumanisme est simplement la suite logique de l’humanisme athée qui voit dans la « technè » le seul moyen de se sauver lui-même. Le bien-vivre fait partie de la vie et il faut savoir l’utiliser à bon escient en restant à sa place d’homme limité. La technologie du  transhumanisme n’est pas un mal en soi si elle est au service de notre vie humaine, mais la philosophie du transhumanisme est mortifère. En parallèle, le philosophe Rémi Brague, dans Modérément moderne, relève le paradoxe de l’homme tout puissant qui, finalement, est impuissant.

« En enracinant le progrès dans l’évolution spontanée de la nature, on s’engage dans une dialectique ambigüe. D’une part, on gagne en sûreté : il n’est plus besoin d’espérer, à la limite, il suffit d’attendre, même s’il vaut mieux aider l’évolution à accoucher de ce dont elle est grosse en poussant dans la bonne direction, voire en dégageant la route des obstacles qui l’encombraient. D’autre part, les résultats ne peuvent plus guère être mis au crédit de l’homme, entraîné qu’il est par un courant dont il n’est pas le maître et qui le dépasse. Au point qu’on peut se demander si le fleuve qui vient de plus en amont que lui ne le laissera pas un jour sur le rivage, comme une coquille vide. »

Quand l’homme pourra totalement se soigner lui-même, qu’il ne manquera plus de rien, qu’il demeurera éternel, de quoi mourra-t-il ? Tout simplement d’ennui.

 Anne-Claire Dégut

Source Cyrano.net

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