L’édito – 40 jours en apnée

Nous sommes donc entrés dans le carême. Quarante jours d’effort, quarante jours à ne pas succomber, quarante jours pour mettre certains plaisirs, certains péchés mignons entre parenthèse, bref, quarante jour à attendre que ça passe, pendant lesquels nous serions comme en apnée de la vie. Il y a plusieurs façons d’aborder le carême et ces diverses approches correspondent à des spiritualités différentes, des états d’esprit particuliers, à des rapports à la vie et à Dieu qui sont propres à l’un ou l’autre. Assurément, il y a beaucoup de bonnes façons d’aborder le carême et beaucoup de mauvaises façons de se lancer dans ces quarante jours, sachant que certaines façons seront bonnes pour certains et mauvaises pour d’autres. Alors comment concevoir un « bon carême » ? Une chose est bonne dans l’absolu, lorsque sa finalité et les moyens pour y parvenir sont bons. Une chose est bonne pour moi lorsque d’une part elle est bonne dans l’absolu et d’autre part elle est bonne pour moi personnellement. Par exemple un jeûne en vue de faire pénitence est un moyen bon pour une fin bonne. Mais si mon état de santé est trop précaire, alors le jeûne ne sera pas bon pour moi.

Quelle est donc la finalité du carême, sinon Pâques ? Cela suppose, alors, d’avoir en ligne de mire de notre carême, Pâques. Mais qu’est-ce que Pâques ? Une grande fête religieuse, pour laquelle nous devons être tout propre ? Oui, bien entendu, mais si c’est LA grande fête pivot de toute la foi chrétienne, c’est parce qu’elle est une réalité bien autre qu’un simple moment festif pour lequel nous devons nous apprêter. Pâques, c’est l’ouverture du Ciel pour ceux qui aiment Dieu et qui le désire. Par cette ouverture, le fidèle amoureux est élevé avec le Christ lors de l’Ascension, à la droite du Père. Autrement dit, Pâques, comme chaque dimanche, comme chaque messe, est l’ouverture du Ciel glorieux pour celui qui se prépare à le recevoir. Telle est donc la finalité du carême, nous préparer à être accueilli au Ciel. Or il se trouve que pour être accueilli, il nous faut le désirer et donc faire de la place en nous au désir du Ciel.

Au fond quel que soit le carême que chacun choisit de vivre, il a pour but que le Christ grandisse en nous et que nous, nous diminuions en nous.  Si le carême est un temps d’apnée pour se lâcher à nouveau après Pâques, peut-être aurons-nous fait des efforts qui pourraient participer à la croix du Christ, mais probablement aurons-nous manqué la croix elle-même. Ainsi que le peuple hébreu a été transformé par son errance au désert, nous ne devrions pas ressortir de ces quarante jours comme nous y sommes entrés. Finalement un bon carême est celui qui nous a transformé en nous vidant un peu de nous-même pour faire un peu plus de place au Christ. Que ce soit par un point de conversion, par des purifications, une habitude de prière, il vaut peut-être mieux moins chercher l’héroïsme de 40 jours que la conversion, peut-être moins éclatante, mais plus durable. L’Eglise, dans sa sagesse, pour cette conversion, nous invite à emprunter trois chemins de décentrement, celui du jeûne, de la prière et du partage. On peut choisir de prier une par jour pendant le carême, jeûner de vin ou de chocolat, partager son temps trois fois par semaine, mais la vraie question est peut-être : qu’en restera-t-il le jour de Pâques ? Le jour de Pâques 2018, mais aussi le jour de notre propre Pâques quand le Christ viendra nous offrir ce pourquoi nous nous sommes préparés ? A qui présente un dé à coudre, Dieu comblera un dé à coudre, mais à qui présente un océan, Dieu comblera un Océan, nous rappelle la petite Thérèse. 

Cyril Brun, Rédacteur en chef

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Xavier Ravier

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