L’édito – Couvrez-moi ce Satan que je ne saurais voir !

L’édito – Couvrez-moi ce Satan que je ne saurais voir !

 

Belle tartufferie que de nier l’existence de Satan. Et pourtant, même en constatant le mal dans le monde, des chrétiens ont bien des difficultés à (s’)avouer l’existence de Lucifer. Affreuses légendes, simple principe contraire du bien, amulette pour enfant turbulent, oppression culpabilisatrice pour maintenir les pauvres d’esprit sous la coupe des puissants… Satan a multiplié les « voiles pudiques » pour tartuffes modernes. Il n’est pas ici le lieu d’un traité de démonologie qui pourtant mériterait, de notre part, une bien grande attention. Même pour celui qui croit en l’existence du prince des enfers, il est difficile de le regarder en face. Il fait peur, il inquiète, il terrifie, parce qu’il fait mal, parce qu’il est brillant, parce qu’il est trompeur, parce qu’il est plus fort que nous. Comme un chef autoritaire, il hurle et répand la crainte pour éviter qu’on regarde de trop près ses faiblesses, ses failles. Pourtant, les choses sont simples et très binaires. Lucifer ne veut pas que l’Homme vive dans l’harmonie amoureuse avec Dieu, prenant ainsi l’humanité en générale et chaque être humain en particulier, en tenaille, réduisant l’un et l’autre à un champ de bataille, comme le rappelle saint Ignace de Loyola. Nous sommes personnellement un enjeu entre Dieu et le démon. Dieu veut nous sauver pour nous offrir l’amour et Satan veut nous arracher littéralement à cet amour. Les tentations, les combats spirituels, les possessions démoniaques parfois sont autant de lames que les sbires de Satan affutent pour nous couper de la vie divine. Les grâces, les sacrements, la prière, les saints, l’Eglise sont les armes et les boucliers par lesquelles Dieu nous invite à triompher. Mais le démon ne réduit pas son combat aux limites de notre cœur et de notre âme. Il les assaille et les encercle par un autre champ de bataille : la société qui nous entoure. Lois scélérates, perversions multiples, mensonges généralisés ne sont qu’un petit panel de l’arsenal démonique pour faire du monde social, politique et économique, une chausse-trappe permanente. Mais Dieu nous a donné un immense et précieux bouclier qu’est la morale qui, sise sur la vérité, permet de distinguer le bien du mal. Distinction que le démon cherche à annihiler pour mieux enfermer les hommes dans sa nasse. Nier l’existence du démon ou, tel un enfant, se cacher les yeux en espérant que le démon ne nous atteindra pas est suicidaire tout autant collectivement que personnellement. Nous ne nous battons pas contre Soros (voir notre édito d’hier) ou des lobbys. Nous sommes appelés à bouter le Satan hors du Royaume. Le combat est spirituel, éminemment, mais il est incarné et charnellement quotidien. Rester dans les sphères angéliques de la prière ne peut suffire. Pas davantage que se contenter d’un combat matériel et humain. C’est irrigués par les armes du Ciel que nous pourrons faire triompher le royaume par un combat on ne peut plus « terre à terre ». Nous sommes entre Ciel et terre. Refuser de voir que l’univers invisible est une donnée concrète et réelle de ce qui se passe dans l’univers visible est tout autant une incompréhension du Credo que la pierre d’achoppement du règne du Christ en ce monde.

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