L’édito – Et Dieu redevient la variable d’ajustement

 

Nous voici rentrés à nouveau dans le temps dit ordinaire. Après les efforts de carême, le temps festif de Pâques et ses nombreux offices, la fin des privations et le retour de l’abondance avec la suspension de l’obligation du poisson du vendredi, nous voici donc retourné à l’ordinaire. Peu à peu le train train a repris son rythme de croisière effréné et les efforts de carême, suivis de la ferme résolution de rester proche de Dieu au sortir des quarante jours, s’est consumé plus rapidement que le cierge pascal que l’on rallumera de temps en temps, à l’occasion, au court de cet ordinaire dont il n’y aura guère que l’entrée en avent pour réveiller notre cœur lentement anesthésié par le quotidien ordinaire. Je ne sais si le terme est bien choisi pour rendre compte de ce qu’à d’extraordinaire le fait de vivre en ressuscités sauvés par le Christ, mais le fait est que nous faisons tous, probablement, l’expérience qu’en retournant à l’ordinaire, c’est au monde que nous retournons. Pourtant, nous ne sommes pas du monde et ces 90 jours qui encadrent ce mystère de la Résurrection nous l’ont bien rappelé. A des degrés d’intensité divers nous venons de passer près de trois mois « entre terre et ciel » et que ce soit par la conscience de notre péché et de notre misère ou par la grâce de transfigurations passagères, nous avons sans doute été un peu plus près du ciel qu’à « l’ordinaire ». Mais voilà, « la réalité » reprend ses droits, comme si cette situation unique du chrétien tendu vers le ciel n’était qu’un songe qui s’éloigne. Et peu à peu nous sommes engloutis dans et par cet ordinaire qui ne laisse souvent que peu de place à ce qui pourtant est notre quotidien, Dieu. Et Dieu devient la variable d’ajustement. Le chapelet quotidien du carême sert de monnaie d’échange avec l’heure de sport, l’adoration du jeudi part en fumée devant la liste des sorties attrayantes et, telle la grenouille dans son eau tiède, nous faisons de Dieu la variable d’ajustement. Messe anticipée pour pouvoir dormir ou aller faire une randonnée et l’horaire prévu pour la messe quotidienne devient la marge d’erreur pour rattraper le temps passé à autre chose. Et ainsi, avec les catholiques le monde retourne, lui aussi, à l’ordinaire.

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