L’édito du jour – Quand la laïcité fait de l’espace public, un bien privé de l’Etat.

La question de la laïcité revient, comme le sempiternel serpent de mer dont on ne peut se défaire. Ploërmel, les crèches, les croix autour du cou, le drapeau de l’Europe, mais aussi, les prières de rue, le voile, le burkini, autant d’occasions de brandir le paravent laïc. Nadine Morano vient de lancer une pétition pour que laïcité ne rime plus avec négationnisme historique et culturel. Mais le problème est-il bien là ? Tout cela ne serait-il pas plutôt que l’éructation périodique d’un problème plus fondamental ? La laïcité en effet est tout autant mal comprise que mal ficelée, en France particulièrement. Erigée en dogme dans un contexte anticlérical violent, elle a été, depuis, tout à la fois le fer de lance et l’épouvantail de divers combats tous plus idéologiques les uns que les autres et toujours dirigés contre les chrétiens et particulièrement les catholiques. Ce n’est pas pour rien que l’avatar le plus connu de notre laïcité à la française, la loi de 1905 (suivant celle de 1901), a été par trois fois condamnée par Rome. Non pas que le Vatican serait, en soi, contre un principe de laïcité qui devrait normalement la tenir à l’abri des velléités récupératrices de tout pouvoir politique. Les concordats en France n’ont guère été particulièrement « laïcs ». Mais cette laïcité définie, sans vraiment l’être, devait servir (et de fait a servi) à, violemment ou progressivement, faire sortir l’Eglise catholique de l’espace public. Ce dernier étant entendu non pas comme lieu commun à tous, mais comme espace privé de l’Etat.

La situation s’est révélée plus complexe lorsque notre corpus laïc (un rien laïcard) s’est trouvé confronté à l’islam qui, à la différence du christianisme, est par essence incompatible avec la laïcité. Être neutre supposait de laisser une place grandissante à une religion dont certains étaient bien heureux de faire la promotion, espérant par là-même continuer leur lutte contre les catholiques. Les nombreuses incohérences des décisions, politiques ou juridiques, ne laissent guère planer d’ombre, désormais, sur la laïcité historique à la française et les vices contenus dans cette fameuse loi contre laquelle trois papes nous ont mis en garde.

Bien qu’il y ait eu, en 2005, une tendance à réécrire la loi à l’occasion de son centenaire, la réécrire dans une version plus dure et moins favorable, ne serait-ce qu’au patrimoine religieux, rien ne bougea vraiment. Les intérêts en jeu étaient trop importants, dans un contexte où, bien qu’on refuse de le dire officiellement, la loi de 1905 serait finalement le seul dispositif opposable à l’islamisation de ce pré carré privé de l’Etat qu’est l’espace public. Mais le maquillage ne cesse de craquer et les fidèles catholiques, moins aux prises avec les réalités de gestion des diocèses, contiennent de moins en moins leur envie de ruer dans les brancards d’une pseudo-laïcité perçue comme à deux vitesses.

L’heure ne serait-elle pas à un vaste chantier, déjà chez les catholiques, sur la laïcité et le positionnement de l’Eglise vis-à-vis des institutions de la république qui, sous couvert de neutralité, cherchent au contraire à l’éradiquer ?

Cyril Brun,

Rédacteur en chef

 

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