L’édito – L’objet de l’Eglise n’est pas de soulager la misère du monde.

L’attention aux pauvretés, aux fragilités, aux détresses, aux souffrances est, évidemment, un des piliers de la vie de l’Eglise et plus que de « l’institution ecclésiale », des fidèles catholiques. C’est parce que des personnes très concrètes sont appelées à agir que l’Eglise est agissante et non comme entité anonyme. Autrement dit, l’Eglise a une attention privilégiée aux plus pauvres (quelle que soit la pauvreté) parce que les membres qui la constituent sont invités à cette attention. Mais ce n’est pas non plus l’attention aux pauvres et aux miséreux, en tant que telle, qui est l’objet, c’est-à-dire la finalité, le but, ni de l’Eglise, ni des fidèles. C’est la charité qui pousse les fidèles à agir. Elle les pousse, parce qu’ils sont animés de cette charité et les attirent comme un but à atteindre, parce que la charité est un impératif, non pas de devoir, comme pour Kant, mais d’amour et ultimement d’amour envers Dieu. Ainsi, les œuvres de charité sont-elles la conséquence collatérale de la charité. Charité qui conduit à Dieu, ultime finalité de l’Homme. Aussi, aider, soulager les pauvres et les malheureux n’est pas une fin en soi, donc n’est pas l’objet, ni de l’homme ni de l’Eglise. Les conséquences de ces considérations sont multiples et la première suppose que notre acte de charité, provienne et conduise à la charité. Ce qui signifie que l’aide aux malheureux n’est pas simple poussée de compassion, comme pour Schopenhauer, mais motivée par l’amour en vue de l’amour. En d’autres termes, la charité authentique pousse à aider le prochain, non pas à aller physiquement ou psychologiquement mieux à tout prix, mais à se redresser pour avancer vers Dieu. Telle est, du reste, la demande du psalmiste. Faire du bien n’est pas forcément faire le bien, lequel consiste à avancer et aider à avancer vers Dieu. La charité chrétienne est celle-ci. Aussi tout ce que fait le catholique est-il ordonné à cette fin dernière qu’est l’union intime avec Dieu. Quant à l’Eglise, c’est aussi en cette finalité qu’elle est le refuge des pauvres et des malheureux. Donner à manger participe de la restauration de la dignité humaine. Mais si donner à manger réduit à l’assistanat, une autre part de la dignité humaine est affectée. C’est bien, comme le disait le pape Paul VI, à une vision globale de l’homme et de tout l’homme que nous sommes appelés, y compris dans notre action charitable. Or la vision globale de l’homme comprend la vie éternelle en Dieu. L’Eglise n’a pas été instituée pour éradiquer la misère. Le Christ nous a dit que des pauvres nous en aurions toujours. La raison d’être de l’Eglise c’est le salut apporté par le Christ, dans le Christ, pour, avec le Christ parvenir à la vie éternelle qui n’est autre qu’une délectation amoureuse en Dieu. L’aide aux pauvres ne peut pas ne pas être, elle est donc nécessaire, mais elle est un moyen, ô combien privilégié et impératif certes, pour celui qui donne comme pour celui qui reçoit, d’avancer en Dieu. Même si la bienfaisance est un aspect non négociable de l’Eglise, l’objet de l’Eglise déborde largement ces bonnes œuvres et précisément les canalise en les orientant au bien et par là au Bien qu’est Dieu.

 

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