L’édito – Réintégrer l’Eglise dans le corps social

Vous avez sans doute remarqué une hausse de l’insistance avec laquelle l’Eglise communique sur l’appel aux dons par la campagne du Denier du culte. Nombreux sont ceux qui se désintéressent aujourd’hui de l’Eglise, ou qui, excédés, refusent de donner pour diverses raisons. Au-delà du fait que 30 à 50 % des catholiques ne donnent pas aux diocèses, nous pouvons constater que la très grande majorité des français se désintéresse de la religion catholique, qui pourtant forgea notre culture et plus de 1500 ans d’histoire. A cela s’ajoute une crise de vocations qui ne cesse de s’accentuer malgré les efforts des évêques : synodes, campagnes, colloques…

En dépit de cela, et vous pourrez le voir sur notre carte agenda qui affiche une multitude d’évènements, l’Eglise locale, associative, bénévole… sur le terrain est très active. Il y a comme une barrière invisible entre l’Eglise telle qu’elle apparaît dans la pensée des personnes que l’on peut interroger, et l’Eglise dans la vie locale. En effet, pour pas mal de gens, l’Eglise c’est la hiérarchie, une organisation, une institution, une administration, alors qu’Elle est aussi charité en acte, et constituée des fidèles, qu’ils soient engagés dans une vie associative ou non. Pour ceux qui ne font pas l’expérience des immenses bienfaits des oeuvres catholiques à travers les prêtres, les religieux et religieuses et  les laïcs, l’Eglise apparaît comme rétrograde, éloignée de leurs préoccupations contemporaines.

Nous ne dénigrons pas le travail et le don de soi de la “partie” Institution de l’Eglise, mais elle apparaît comme compliquée par une tendance trop administrative : réunions, formations manageuriales, parcours de baptême trop contraignants, questionnement sur l’avenir de la prêtrise

Or il fut un temps où l’Eglise était davantage reconnue comme ce qu’elle est : un corps, un corps à la fois mystique et social. Elle inspirait alors l’extraordinaire mouvement du catholicisme social, cristallisé par l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, publiée en 1891. Par la suite, tous les Papes continuèrent cette oeuvre d’entretien et de renouvellement de la présence vivante de l’Eglise dans le monde, et le Pape François n’est pas en reste avec Laudato Si et une pastorale audacieuse mais signe d’accueil pour tous. Il subsiste cependant et malgré l’impulsion de Nouvelle Evangélisation, une léthargie occidentale.

Le célèbre « N’ayez pas peur ! » de saint Jean-Paul II, clamé le 22 octobre 1978 place Saint-Pierre en ouverture de son pontificat, n’a jamais été aussi actuel. N’ayons pas peur de rayonner de l’amour le plus fou ! N’ayons pas peur d’aimer, de nous confier intégralement au Christ et à sa Sainte Mère, médiatrice de toutes les Grâces ! Les coeurs sont tellement dévastés par la société de Marché et assoiffés d’amour que nous pouvons les toucher plus que jamais en partageant notre joie d’être catholique, adorateurs du Dieu-Amour, d’être aimé par Lui pour ce que nous sommes.

L’Eglise est de plus en plus écartée du corps social, parce que nous avons trop peur, trop peur des medias, trop peur des scandales. Nos évêques devraient proclamer avec une joie débordante, passionnée et sans aucune crainte, que l’Eglise est toute à tous, et qu’Elle est au service des coeurs, du bien des personnes, tout en mettant davantage en valeur les initiatives locales et en soutenant nos prêtres parfois bien esseulés. Il suffit de montrer que l’Eglise aime chacune des personnes, même celles qui ne viennent jamais à la messe ! Concrètement, seules les rencontres, les coeurs à coeurs permettent de créer des vrais liens, en dehors des cercles de fidèles. D’autre part, soigner tout particulièrement la liturgie de la Sainte Messe est quelque chose de primordial. Dieu se donne sur l’autel, et cela devrait attirer tout le monde ! Donnons envie aux personnes de venir dans les églises, non pas en cherchant à plaire au monde en le copiant avec du retard, mais plutôt en donnant la plus grande beauté possible, et Dieu sait que nous en avons le potentiel ! Quel patrimoine artistique, architectural ; quelle énergie chez ces bénévoles qui se donnent aux pauvres matériels et spirituels ! Quel don de soi chez ces curés de campagne qui s’occupent d’une vingtaine de clochers !

Souvenons nous que nous sommes l’Eglise, et confions à notre Mère du Ciel cette belle mission, d’aider à enfanter le Christ dans les âmes de tous ceux qui rencontrent notre chemin, et aimons à aimer ces êtres, parfois si opposés à nous, mais qui seront toujours touchés d’être aimés, à travers ne serait-ce qu’un sourire, un bonjour et deux trois mots.

 

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