L’édito – Science et opinion, une confusion stérilisatrice

Dans un article du 6 novembre dernier, Atlantico posait la question « Quel avenir pour une société qui confond science et opinion ?  » L’inquiétude sous-jacente est celle du poids d’une opinion, souvent plus émue que formée, sur la recherche scientifique. Un anathème rapide, sur une zone sombre, et c’est toute la science qui est stérilisée par une vox populi dont l’ébullition est parfois, du reste, portée par des braises idéologiques en forme d’allume-feux. Il y a en effet aujourd’hui un primat quasi totalitaire de l’opinion dont ne manque pas de se servir les manipulateurs de tous bords. Pourtant, une opinion, précisément, n’est pas une certitude arrêtée. C’est une sorte d’avis forgé à partir d’informations elles-mêmes non scientifiques ou partiellement vérifiées ou démontrées. De sorte qu’il manque à  l’opinion, l’assise scientifique ou le minimum de preuves et de vérifications suffisantes pour accéder à la certitude et donc être un socle sur lequel bâtir et avancer. L’opinion, si fortement ancrée soit-elle, demeure un ventre mou et incertain, voire indécis. En l’absence d’éléments concluants pour établir une vérité, l’opinion peut demeurer l’approche la plus probable de la vérité. Et parfois, faute de convictions, il faut se fonder sur l’opinion pour décider et choisir. En ce cas, l’opinion est la meilleure option et il faut alors un minium de confiance en cette opinion pour s’appuyer dessus. C’est peut-être plus ce que nous appelons un avis.

Quand, en rester à l’opinion est le fait de l’inculture, de la paresse, de la peur, c’est-à-dire quand il est possible de se former, de chercher, d’apprendre et qu’on ne le fait pas, on se condamne à avancer sur des sables mouvants, dans lesquels on finit par s’enterrer. Transformer ce genre d’opinion en certitude c’est déterminer une vérité sans fondement que l’on est bien souvent en grande peine de défendre, sinon à force d’ostracismes et d’arguments péremptoires eux-mêmes non maîtrisés et non vérifiés. Il devient alors difficile, voire impossible, de discuter avec une opinion faussement érigée en certitude. Malheureusement, même dans nos milieux catholiques, nous nous apercevons, à lire les réseaux sociaux et les commentaires, souvent rapides et à l’emporte-pièce, que les sables mouvants de l’opinion ont submergé les convictions enracinées dans la vérité. Il devient alors facile de pourfendre ceux qui se fondent sur la raison, l’enseignement antique de l’Eglise et autres philosophies, disqualifiées comme étant dépassées.  L’opinion vaguement forgée en discussions de salons s’érige en censeurs des plus grands penseurs, des meilleurs experts et (parfois) même du Christ.

C’est pour contribuer (certes modestement) à aider les websurfeurs à passer de l’opinion à la certitude qu’infoCatho laisse libre court aux débats tout en donnant la parole aux sages et aux savants. Parce que ce n’est pas l’opinion, fusse de la majorité de la vox populi qui rendra libre, mais bien la vérité.

Cyril Brun, rédacteur en chef

 


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