L’édito – S’engager, c’est engageant (et contraignant) !

 

Engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient ! Que reste-t-il des grandes générosités de 2013 ? Au risque de choquer, pas grand-chose concrètement. Pour de bonnes ou de moins bonnes raisons, le quotidien a repris le dessus. Travail, famille, engagements associatifs et parfois politiques ont à nouveau mobilisés « les troupes » sur leurs propres créneaux. Si un certain nombre d’entre nous s’est davantage engagé à la suite de la dynamique des Manifs de 2013, la vérité est que l’engagement à temps plein, lui, a fortement diminué, notamment de la part des jeunes générations. Le militantisme ne paye pas, n’a pas d’horaires, ni d’avenir. Une insécurité que le confort moderne rend de plus en plus inacceptable.  Les jeunes souhaitent, avec générosité et sincérité, s’engager pour leurs convictions, mais aux heures de bureaux et avec un salaire confortable. Mais les causes qui sont les nôtres sont financièrement peu soutenues et coutent cher, à commencer par les frais des nombreux procès qui sont menés pour nous dissuader de nous battre (ce qu’ignore le grand public catholique souvent). Peu de donateurs, des besoins éparpillés et des exigences salariales qui reflètent un état d’esprit sécuritaire et fragile de la part de la jeune génération. Les militants « d’en face » sont, pour les plus engagés, des célibataires dévoués corps et âmes à leur cause. Le catholique, lui, veut fonder une famille et doit tenir son devoir d’état et ses responsabilités. Comment, alors, tenir les deux bouts de la chaîne ? nous avons publié un édito sur le rôle particulier des célibataires, mais ce n’est pas suffisant et ne doit pas pour autant dédouaner les autres de s’impliquer.

Alors que faire pour ne pas laisser tomber ? Multiplier les dons pour ceux qui peuvent est bien entendu un aspect de la solution. Mais il nous faut aussi un radical changement de « logiciel ». Tout comme les métiers de l’enseignement ou de la culture ont mauvaise presse dans le milieu catholique, parce que mal payés, la misère salariale du militantisme ne fait pas rêver bien des parents et des conjoints… On trouvera excessif cette vision ? Je veux bien lancer un sondage parmi les responsables associatifs sur cet aspect de l’engagement et un autre auprès des jeunes sur leurs exigences pour se lancer à temps plein « pour la cause ». Mais l’expérience concrète de nombre de structures militantes est une réponse à de tels sondages. Dieu ne peut donner la victoire que si nous engageons le combat…La vraie question est donc… voulons-nous vraiment combattre ? Croyons-nous que la victoire est utile au salut et au bonheur des Hommes ? Sommes-nous touchés par la perspective de la perte de milliers d’âmes que nous pourrions conduire à Dieu en « nous bougeant » un peu plus ? La réponse que nous apportons chacun à cette question est un puissant révélateur de la conscience que nous avons de la part que Dieu nous confie dans le salut des autres.

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