« L’Église a besoin de prêtres pleinement hommes et profondément humains » Congrégation pour le clergé

Rencontre de la Congrégation pour le clergé avec les formateurs des séminaires italiens

« L’Église a besoin de prêtres, pleinement hommes et profondément humains », a déclaré Mgr Jorge Carlos Patrón Wong, secrétaire de la Congrégation pour le clergé. « Seul un homme mûr et serein peut exercer le don du sacerdoce de manière fructueuse. »

L’Osservatore Romano en italien du 14 avril 2018 a publié le discours de Mgr Patrón Wong intitulé « Il faut des prêtres humains », à la Rencontre de la Congrégation pour le clergé avec les formateurs des séminaires italiens. L’événement a eu lieu le 13 avril 2018 sous la présidence du cardinal Beniamino Stella, préfet du dicastère.

Mgr Patrón Wong a réfléchi « sur les contenus de la direction spirituelle » en soulignant que « la formation spirituelle ne doit pas être négligée et doit s’intéresser à de nombreux aspects et niveaux de la personne » : à l’aspect biologique, l’aspect émotionnel, l’aspect intellectuel, mais « surtout, il faut un discernement attentif et scrupuleux sur le domaine relationnel et affectif ».

« La vie spirituelle, a-t-il affirmé, n’est ni abstraite ni séparée du concret du quotidien : elle est le centre d’une existence pleinement humaine et rien de ce qui est humain ne lui est étranger. »

En citant le pape François, le secrétaire a recommandé aux formateurs de faire « un discernement dans la vérité », d’avoir « un regard avisé et prudent, sans légèreté ni superficialité ».

Voici la traduction de l’intervention de Mgr Patrón Wong,

Il faut des prêtres humains

Je voudrais commencer par les paroles de conclusion de l’homélie que le pape François a prononcée, il y a quelques jours, à la messe chrismale : « Le prêtre qui est proche, qui marche au milieu de ses gens avec la proximité et la tendresse du bon pasteur (et, dans sa pastorale, parfois devant, parfois au milieu et parfois derrière), les gens non seulement l’apprécient beaucoup, mais plus encore : ils sentent pour lui quelque chose de spécial, quelque chose qui se sent seulement en présence de Jésus. Par conséquent, cette reconnaissance de notre proximité n’est pas seulement une chose en plus. En elle se joue le fait que Jésus sera rendu présent dans la vie de l’humanité, ou bien qu’il restera au plan des idées, enfermé en lettres d’imprimerie, incarné tout au plus dans quelque bonne habitude qui peu à peu deviendra routine ».

Le pape a mis en lumière, pendant cette célébration eucharistique, différents passages de la liturgie de la Parole, qui suggèrent le thème de la « proximité » : celle de Dieu à l’égard de son peuple, celle de Jésus qui reçoit l’onction pour prêcher un message d’espérance et par conséquent de proximité et, enfin, celle du prêtre. Ce qui semble sous-jacent à cette vision de la proximité, bien que l’expression n’apparaisse pas dans l’homélie, c’est justement la formation humaine.

On voit, en effet, qu’il ne s’agit pas seulement d’un comportement gentil ni d’une méthode de communication mais d’ « un comportement qui implique toute la personne, sa manière d’établir des liens, d’être en même temps en elle-même et attentive à l’autre ». Cette attitude – sans aucun doute – n’appartient qu’à celui qui est humainement mûr, à la personne qui a fait grandir en elle-même ces vertus humaines qui la rendent capable de relations authentiques et pacifiques, de stabilité émotive et de sérénité affective.

Comme vous le savez, ce thème n’est pas nouveau. Dans le chemin entrepris ces dernières décennies, surtout à partir de Pastores dabo vobis, la formation humaine est devenue une question cruciale. Le caractère central de Jésus Bon Pasteur, comme icône fondamentale de laquelle s’inspirer pour la configuration sacerdotale, la redécouverte de la proximité comme « clé de l’évangélisation » et, malheureusement aussi quelques histoires déplaisantes qui, dans ce contexte, concernent les séminaristes et les prêtres, a braqué les projecteurs de manière totalement nouvelle sur cette dimension importante de la vie et de la spiritualité.

Tout en ayant à cœur la gradualité des parcours personnels vers le sacerdoce, ainsi que les voies et les instruments pédagogiques de l’accompagnement, nous devons aujourd’hui plus que jamais être courageux et déterminés en affirmant que l’Église a besoin de prêtres, pleinement hommes et profondément humains. Seul un homme mûr et serein peut exercer le don du sacerdoce de manière fructueuse.

La tâche d’accompagner et de discerner la vocation sacerdotale, avec un œil spécifique à la formation humaine, est ce qui concerne votre service de recteurs et directeurs spirituels. Il s’agit en effet d’aider les candidats à développer une juste maturation de soi et, en vue du futur ministère la capacité de cultiver les qualités humaines nécessaires à la construction de personnalités équilibrées, fortes, libres, capables de porter le poids des responsabilités pastorales.

À cet égard, je voudrais que nous puissions réfléchir ce matin avant tout sur les contenus de la direction spirituelle. En dépit des nombreuses réflexions à ce sujet, il peut arriver encore aujourd’hui que l’on comprenne ce service comme quelque chose de « séparé » par rapport aux questions liées à l’intimité de la personne et à la vie concrète et quotidienne de celle-ci. En parlant à la dernière Assemblée plénière de cette Congrégation – et beaucoup d’entre vous étaient présents – le pape François a parlé en ce sens de « spiritualité sans chair » ; en outre, récemment, la Congrégation pour la doctrine de la foi, reprenant le magistère ordinaire du Saint-Père, a publié le document Placuit Deo, dans lequel elle met en garde contre une compréhension du salut chrétien comme un chemin purement intérieur, détaché du corps, des relations et de la réalité matérielle.

Dans l’exhortation apostolique Gaudete et exsultate sur la sainteté, publiée lundi dernier, le pape François a stigmatisé le gnosticisme de celui qui a « un esprit sans Dieu et sans chair », c’est-à-dire qui mesure la vie spirituelle à partir d’une accumulation de connaissances et qui englobe le mystère de Dieu dans les formules, sans se préoccuper de la chair, à savoir, la vie réelle.

Ceci met au premier plan l’exigence de comprendre l’accompagnement spirituel non pas comme un domaine qui concerne exclusivement la vie de prière au sens étroit du terme ou quelque conseil sur la méditation et sur la lecture spirituelle ; au contraire, en vertu de l’incarnation du Christ, nous savons que la vie spirituelle n’est ni abstraite ni séparée du concret du quotidien : elle est le centre d’une existence pleinement humaine et rien de ce qui est humain ne lui est étranger.

La « Ratio » souligne clairement, en effet, que la sainteté d’un prêtre et l’exercice efficace de son ministère dépendent en grande partie de la maturation de sa personnalité, de l’équilibre psycho-affectif et des vertus humaines, qui doivent nécessairement appartenir au pasteur. En paraphrasant Saint Thomas, cela équivaut à dire qu’il n’y a pas de grâce efficace sans la nature humaine.

Alors, au séminaire, la formation spirituelle ne doit pas être négligée et doit s’intéresser  à de nombreux aspects et niveaux de la personne : l’aspect biologique, qui marque la croissance évolutive avec ses différentes phases, l’aspect émotionnel, qui comprend aussi les sensations et les perceptions psychiques du candidat, l’aspect intellectuel qui concerne les pensées, les idées et la capacité décisionnelle. Mais surtout, il faut un discernement attentif et scrupuleux sur le domaine relationnel et affectif, dont les aspects principaux vont d’un soin équilibré de son propre corps à la capacité de dialoguer sereinement avec l’autre, de la sincérité à la gentillesse du trait, de la capacité à supporter la fatigue et les engagements à la sereine intériorisation de la chasteté et du célibat.

Il faut travailler avec générosité pour aider les candidats au sacerdoce à mûrir une identité forte, libre et sereine, qui les aide à ne pas réprimer le développement affectif et sexuel et, en même temps, les rende intérieurement solide, pacifiés et équilibrés dans les relations interpersonnelles et par rapport à l’acquisition intérieure de la valeur de la chasteté.

Sur la formation humaine, en somme, on ne peut être superficiel : on ne peut pas être prêtres si l’on n’est pas avant tout des hommes mûrs, structurellement équilibrés et affectivement stables.

La formation sacerdotale doit par conséquent aussi aider les candidats à développer leur capacité de lire en profondeur leur propre histoire, de l’interpréter à la lumière du projet de Dieu et d’accueillir humblement leurs fragilités pour chercher ensuite, avec les moyens spirituels et, si nécessaire, avec l’aide des sciences humaines, d’enlever les obstacles de nature psychique, affective ou émotionnelle qui empêcheraient un serein déroulement du ministère.

En parlant aux participants au congrès sur le cinquantième anniversaire des décrets conciliaires Presbyterorum ordinis e Optatam totius, organisé par cette Congrégation en novembre 2015, le pape François a affirmé : « Un bon prêtre est avant tout un homme avec son humanité, qui connaît sa propre histoire, avec ses richesses et ses blessures et qui a appris à faire la paix avec elle, atteignant la sérénité de fonds, propre à un disciple du Seigneur. La formation humaine est par conséquent une nécessité pour les prêtres, pour qu’ils apprennent à ne pas se laisser dominer par leurs limites mais plutôt à faire fructifier leurs talents. Un prêtre qui est un homme pacifié saura diffuser de la sérénité autour de lui, même dans les moments pénibles, en transmettant la beauté de la relation avec le Seigneur. Il n’est pas normal, en revanche, qu’un prêtre soit souvent triste, nerveux ou dur de caractère ; cela ne va pas et ne fait pas de bien, ni au prêtre ni à son peuple ».

Une fois posé ce délicat service qui revient au père spirituel, c’est au recteur que revient, en communion avec les autres formateurs, la synthèse du discernement ; l’histoire et la vie de certains prêtres les difficultés que les évêques doivent souvent affronter et certains faits de la chronique malheureusement récente, démontrent combien, pour ce discernement, est indispensable la plus grande prudence et la rigueur la plus ferme.

Des ombres, avec certaines fragilités, parfois latentes mais enracinées dans la personnalité, peuvent être occultées et cachées derrière une façade parfaite ; ou, au contraire, peuvent être sous-évaluées dans le processus de formation de celui qui devrait pourtant accompagner et discerner.

Le pape François a recommandé aux formateurs « Quand il s’agit des vocations sacerdotales et de l’entrée au séminaire, je vous en prie : faites un discernement dans la vérité, ayez un regard avisé et prudent, sans légèreté ni superficialité » (Pape François, discours aux participants du congrès international de pastorale vocationnelle, 21 octobre 2016).

La nouvelle « Ratio », comme vous le savez, rappelle plusieurs fois cette nécessité incontournable du discernement dans la sélection des candidats à l’entrée au séminaire comme au terme de chaque étape. Cela doit valoir, d’une manière particulière, pour toutes les questions inhérentes au domaine affectif et sexuel.

Source et traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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