L’Église orthodoxe russe et la liberté religieuse

Nous publions ci-dessous la traduction d’un court extrait d’une analyse récente de grand intérêt de Massimo Introvigne, directeur du Centro Studi sulle Nuove Religoni (CESNUR). Notre position constante, tant sur L’Observatoire de la Christianophobie que dans Christianophobie hebdo, est de ne jamais entrer dans les controverses intra ou inter ecclésiales : notre vocation est d’alerter sur les attaques contre les chrétiens, tous les chrétiens. Toutefois, comme journalistes, nous savons que la conception de la liberté religieuse en Russie, celle du gouvernement comme celle de l’Église orthodoxe, ne correspond pas point pour point à celle qui est communément admise en Occident – encore qu’il n’y ait pas unanimité sur la question… Introvigne aborde avec franchise et de manière positive le problème qui, comme tout problème, peut trouver une solution satisfaisante pour tous. Nous livrons cela à la réflexion de nos lecteurs.

Dans ce dialogue [sur le terrain difficile de la liberté religieuse] fondé, je le redis, sur mon expérience dans la négociation avec les autorités orthodoxes russes, je recommanderais d’éviter une erreur qui est fréquente chez les Américains défenseurs de la liberté religieuse et pleins des bonnes intentions. Ils proposent aux Russes le modèle américain dans lequel l’État considère toutes les religions comme égales. C’est un modèle excellent pour les États-Unis, mais il est évident qu’il ne sera jamais accepté en Russie. L’Histoire des deux pays est très différente. Bien sûr, toutes les religions devraient bénéficier d’une liberté religieuse fondamentale. Mais cela ne veut pas dire que la Constitution et les lois d’un pays ne puissent reconnaître l’apport particulier d’une religion spécifique (ou de plusieurs) à l’histoire et à la culture nationale. En Angleterre, l’Église d’Angleterre possède un tel statut. En Italie, le modèle américain fut soutenu par une majorité des humanistes laïcs, mais, à la fin, il fut rejeté par la quasi-unanimité des pères fondateurs de notre Constitution. Ils optèrent pour un autre système en incorporant dans la Constitution un statut particulier de l’Église catholique garanti par un concordat (qui, étant signé avec un État étranger – le Vatican –plutôt qu’avec l’Église catholique en Italie, est un traité international et, donc, en tant que tel, échappant à la juridiction des tribunaux italiens), ce qui fait de la place à la coopération aux autres religions […] et accorde la liberté religieuse à toutes les religions, y compris celles qui ne disposent pas de concordat. La Cour européenne des droits de l’homme a constamment déclaré que reconnaître un statut spécial à une religion nationale, ne s’oppose pas au principe [de l’Union européenne] de la liberté religieuse, à condition que la liberté religieuse des autres religions ne soit pas limitée (ce qui inclut la liberté de convertir). Il serait parfaitement possible d’appliquer le modèle italien en Russie, en reconnaissant le statut particulier de l’Église orthodoxe russe, en impliquant les autres religions traditionnelles dans une coopération spéciale avec le gouvernement, et en accordant la liberté religieuse fondamentale à tous, y compris la liberté de se convertir. Assurément, le modèle italien pourra sembler plus acceptable par les Russes que le modèle américain.

 

 

Source Christianophobie Hebdo.

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