L’Eglise sans prêtre, une chance pour demain

Dans un article qui se veut documenté mais qui manie, sans doute inconsciemment, l’amalgame et l’aporie, on lit, sous la plume de l’ancien rédacteur en chef de Pèlerin, en substance que la pénurie de prêtres serait une chance pour l’Eglise. Et ce n’est pas nouveau dans une vision protestantisante de l’ecclésiologie. Forçant les discussions de Lourdes, l’auteur en “catho libre” donne son point de vue.

De toute chose le Seigneur tire un bien et il est vrai que le revers positif de la médaille ternie du manque de prêtres est un investissement plus grand, une prise en mains des fidèles de tout un pan de l’activité ecclésiale qui jusque là, centralisée dans les mains des clercs, demandait en effet à passer dans celles des laïcs.

Mais dire que la conscience missionnaire des laïcs serait le résultat de cette crise cléricale c’est nier deux millénaires d’évangélisation permanente. Lépante, fut bien un rosaire de toute la chrétienté et non un chapelet clérical. Les missions de saint Louis-Marie Grignon de Montfort furent une activité de toute la paroisse. L’engagement de charité de saint Vincent de Paul faisait appel au sens missionnaire des laïcs dont le but était, certes de donner à manger, mais bien conçu comme étape préliminaire à la conversion de l’âme des pauvres. Frédéric Ozanam ne fut pas une exception notable du XIXème siècle et nombre de patrons chrétiens se sont engagés dans la mission. Que dire de la ligue des femmes catholiques engagées contre la loi de 1905 ?

Non, croire que le cléricalisme a étouffé l’élan missionnaire c’est tout simplement faire preuve d’inculture historique. Il a toujours été essentiel à l’Eglise d’être missionnaire. Les croisades qu’on en pense ce que l’on veut, sont bien un appel à l’esprit missionnaire des chrétiens laïcs. Les zouaves pontificaux, l’ordre de Malte et tant d’autres s’inscrivent dans cette tradition qui n’a pas attendu Vatican II pour être une force vivifiante de l’Eglise.

Opposer cléricalisme et élan missionnaire relève du procès d’intention ou pour le moins de l’ignorance. Il est indéniable que les laïcs ont dû prendre plus de place dans la gestion des paroisses, la catéchèse ou la liturgie. Mais a y regarder de plus près, cet investissement en paroisse, devenu nécessaire, a pris beaucoup de temps aux laïcs moins présents, de fait, aux périphéries.

Car quelle est la spécificité du laïc, sinon la mission de saint Jean-Baptiste, aller crier dans le désert pour conduire au Christ ?

C’est là une double erreur que de poser l’opposition entre clerc et laïcs en terme de responsabilité. Une erreur de mission propre à chacun et une erreur de mission propre de l’Eglise.

Si les laïcs ont dû, par la force des choses se recentrer sur les paroisses, sur l’organisation pour “faire tourner la machine”, c’est bien une nécessité de fait plus qu’une richesse. Voir ce côté de la médaille comme une avancée est à l’opposé et de la vision du pape François et de la mission même de l’Eglise. C’est tourner le fidèle vers l’intérieur du cercle au lieu de le lancer aux périphéries. C’est le retirer de son milieu naturel au cœur du monde pour l’attacher aux sacristies. Bref c’est le contraindre à restreindre le champ même de sa mission propre d’évangélisation des périphéries.

En outre, amalgamer ces missions pratiques d’organisation et d’administration à celle de charge d’âmes du curé de paroisse c’est perdre de vue la finalité même de l’Eglise qui n’est pas une communauté de fidèles, contrairement à ce que dit l’article précité, mais le corps du Christ. La vocation de l’Eglise n’est pas d’abord d’agglutiner des fidèles, mais de donner le salut qu’est venu apporter le Christ. Or ce salut passe essentiellement (au sens fort du terme) par le sacerdoce.

Les fidèles ont pour mission de conduire au Christ dont la tête est l’Eglise hiérarchique, c’est à dire le Sacerdos, le prêtre. Le fidèle est saint Jean-Baptiste montrant et envoyant ses disciples au Christ. Voilà pourquoi saint Cyprien de Carthage dit, “là où est l’évêque là est l’Eglise”. Réduire l’Eglise à son étymologie d’assemblée en la déconnectant des sacrements c’est la vision protestante de l’Eglise. Il ne s’agit nullement de faire du cléricalisme conservateur, mais de réordonner la mission de chacun à la mission essentiellement salvifique du Christ.

Donc, non, l’Eglise sans prêtre n’est ni une chance, ni même l’Eglise. C’est tout simplement une hérésie qui prive le monde de la source même de la grâce.

 

Ce n’est du reste pas pour rien que les islamistes ont égorgé un prêtre sur l’autel.

 

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Xavier Ravier

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