Les chrétiens, une cible privilégiée du régime nord-coréen

A lire l’Index mondial de la persécution des chrétiens, dans son édition 2016, de l’ONG protestante Portes ouvertes, ou le rapport tout récemment publié de l’Observatoire de la liberté religieuse, de l’association catholique Aide à l’Eglise en Détresse, la situation des chrétiens nord-coréens qui figurent parmi les plus persécutés au monde, reste tragiquement semblable. Une récente étude réalisée par une ONG sud-coréenne affirme que 75 % des chrétiens nord-coréens arrêtés au nom de leur foi ne survivent pas aux persécutions mises en œuvre par le régime de Pyongyang.

Selon l’ONG sud-coréenne Data Center for North Korean Human Rights, qui collecte des données sur les violations des droits de l’homme en Corée du Nord grâce aux témoignages de réfugiés nord-coréens passés en Corée du Sud, plus de 65 000 cas de persécutions religieuses en Corée du Nord ont été documentés. Dans sa dernière étude, sur 11 370 réfugiés nord-coréens interrogés, « la plupart affirment être chrétiens ou catholiques » et seulement 10 % d’entre eux se disent bouddhistes.

Des réfugiés se déclarant majoritairement chrétiens

Autre information qui ressort des témoignages recueillis par l’ONG sud-coréenne : « Seulement 1,2 % des réfugiés nord-coréens interrogés ont déclaré avoir osé pratiquer secrètement une activité religieuse avant leur fuite du pays. La crainte des représailles est telle que très rares sont ceux qui transgressent l’interdit. » De plus, toujours selon le témoignage de ces réfugiés, « 75 % des chrétiens arrêtés en Corée du Nord ne survivent pas à l’emprisonnement, aux tortures, aux camps de travaux forcés, et souvent, ils finissent par être exécutés ».

La Corée du Nord dispose d’un système étendu de camps de détention avec, selon certaines estimations, entre 100 000 et 200 00 prisonniers. Un nombre imprécis de ces prisonniers sont des chrétiens incarcérés pour possession de bibles, organisation de prières clandestines ou activités religieuses. Selon l’ONG Portes ouvertes, entre 50 000 et 70 000 chrétiens nord-coréens seraient actuellement détenus dans les quatorze camps recensés en 2014.

Des persécutions anti-chrétiennes qui s’accentuent

La Corée du Nord perçoit le christianisme comme une menace à sa sécurité, écrit l’Observatoire de la liberté religieuse. Il convient donc de contenir au maximum le christianisme, perçu comme un outil d’ingérence étrangère « en vue de nuire à l’Etat et à l’ordre social nord-coréen » et associé aux agences de renseignements sud-coréennes et américaines. Le chamanisme et le bouddhisme, qui sont perçus par Pyongyang comme des croyances superstitieuses, sont traitées avec « davantage d’indulgence », estime encore l’AED.

Si, à la fin de la guerre mondiale, ce qui allait devenir le territoire de la Corée du Nord était connu comme faisant preuve d’un réel dynamisme religieux, avec quelques 500 000 chrétiens et un nombre important d’églises à Pyongyang – à l’époque elle était surnommée « la Jérusalem de l’Est » – aujourd’hui, il est très difficile d’établir des statistiques fiables sur le nombre de chrétiens en Corée du Nord. L’ONG Portes ouvertes affirme qu’ils pourraient être entre 200 et 400 000, une petite partie d’entre eux étant catholique. « Des sources estiment le nombre des catholiques à 20 000 », tempère-t-on néanmoins à la Conférence des évêques catholiques de Corée [du Sud], « mais cela reste une supposition, car en réalité, personne n’en sait rien ».

La succession de 2011, avec l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, fils de Kim Jong-il et petit-fils de Kim Il-sung, ne s’est pas traduite par une amélioration du sort des religions en Corée du Nord. Pour Tim Peters, missionnaire américain qui vient en aide aux Nord-Coréens qui tentent de fuir leur pays, la situation a même empiré, avec une accentuation de la répression antichrétienne. « Tout groupe ou organisation qui est perçu comme une source possible de déstabilisation ou d’opposition au régime est systématiquement pourchassé, et c’est ce que nous observons aujourd’hui avec les chrétiens », affirme le missionnaire.

Les missionnaires étrangers ne sont pas épargnés par cette répression, trois d’entre eux étant détenus dans les geôles nord-coréennes. Parmi eux, le pasteur canadien d’origine coréenne Hyeon Soo Lim, condamné en décembre 2015 aux camps de travaux forcés à vie, pour crimes contre l’Etat nord-coréen, à savoir offense à la dignité du chef suprême, complot contre le régime de Pyongyang et enlèvement de citoyens nord-coréens par le biais de programmes humanitaires.

Autre avertissement envoyé aux missionnaires étrangers : le 30 avril dernier, Han Choong Yeol, un pasteur sino-coréen qui consacrait sa vie à aider les réfugiés Nord-Coréens présents en Chine à proximité de la frontière avec la Corée du Nord (il leur apportait une aide matérielle et spirituelle), a été retrouvé massacré à coups de hache, près de la frontière avec la Corée du Nord. Selon des membres de sa communauté, qui rassemble 600 fidèles, il aurait été tué par des agents nord-coréens actifs sur le sol chinois.

Des réfugiés nord-coréens traqués par la police chinoise

La Chine, qui ne reconnaît pas le droit des Nord-Coréens à fuir leur pays, pourchasse ceux qui passent la frontière entre les deux pays. Les policiers chinois seraient incités à capturer le plus grand nombre de réfugiés, moyennant des primes par tête. Les Nord-Coréens victimes de ces rafles sont ramenés de force dans leur pays, où ils sont emprisonnés, torturés et souvent condamnés à mort. « Mes amis de cours bibliques [en Chine] ont été renvoyés en Corée du Nord. Ils ont alors été emprisonnés dans un camp de travail, interrogés et torturés, puis fusillés en public. Un ami étudiant de 22 ans a professé publiquement sa foi en Jésus-Christ jusqu’au bout, devant ses bourreaux, avant d’être brûlé vif », confie à Portes Ouvertes, un réfugié nord-coréen, qui depuis vit à Séoul. Il a réussi à obtenir des informations sur le destin de ses amis, grâce à une rescapée du même camp, libérée par un gardien de prison qui avait été touché par le témoignage de foi de cet étudiant brûlé vif.

Selon le rapport de 2014 de la Commission d’enquête des Nations Unies sur la Corée du Nord, « la gravité, l’échelle et la nature » des violations des droits de l’homme en Corée du Nord, qui pratique « exterminations, assassinats, esclavage, torture, viols et avortements forcés », révèlent « un Etat unique en son genre dans le monde contemporain », nécessitant son renvoi devant la Cour pénale internationale (CPI).

Source : Eglises d’Asie

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