Les enseignants bientôt sélectionnés selon des critères d’opinion ?

Le Haut Conseil à l’Égalité vient de publier un rapport intitulé « Formation à l’égalité filles garçons ». Destiné à « faire des personnels enseignants d’éducation des moteurs de l’apprentissage et de l’expérience de l’égalité », ce texte comporte des incohérences et des recommandations qui mettent en péril la fonction enseignante autant que la neutralité du service public.

Étant « à l’image de la société », affirme l’auteur du rapport, l’école « est traversée par les inégalités sociales y compris celles liées au sexe ». « Or », ajoute Danielle Bousquet, « pour changer durablement les mentalités et déconstruire les stéréotypes de sexe, l’éducation à l’égalité doit débuter dès le plus jeune âge ». Alors, conclut le texte, « l’école joue un rôle central pour construire une culture et une société de l’égalité filles-garçons ». De toutes les inégalités, c’est donc celle qui oppose l’homme à la femme qui est jugée la plus cruciale. Psychologique, cette injustice s’ancre dans les représentations de chacun. Dès lors, c’est en travaillant ces dernières que les consciences changeront et qu’un monde meilleur adviendra. Le problème est que ce raisonnement, impeccable en apparence, s’appuie sur des partis pris qui l’invalident. Simple sophisme, le syllogisme égalitaire est une utopie qui ne peut s’imposer que par la violence de l’État.

L’Éducation nationale est en effet convoquée pour remédier à l’injustice et prescrire un égalitarisme institutionnel qui se déploie à tous les niveaux. Afin que tous soient égaux, assure notre rédactrice, il suffit d’ « intégrer l’égalité au concours de recrutement », de « conditionner la validation par le Ministère de la maquette d’enseignements de chaque mention de master à la présence d’un module dédié à l’égalité filles-garçons » et de « faire de l’égalité filles-garçons une connaissance requise pour l’obtention des diplômes de personnels d’inspection et de direction ». Infinitives et définitives, ces formules frappent par leur extension. Sélection des personnels, formation des étudiants, choix des directeurs, cette égalité rêvée se fait obligation administrative, condition vocationnelle. En cette planification, il n’est de fonctionnaires qu’égalitaires.

Les premières victimes de cette emprise seront les enseignants, sélectionnés selon des critères d’opinion et non plus en fonction de leurs capacités. Le professeur, jusqu’ici considéré comme maître en transmission, est appelé à devenir agent de propagande. Qu’on ne s’étonne pas alors si les candidats à la carrière ne cessent de décroître : qui peut se sentir intéressé à se faire le docile serviteur de l’idéologie du moment ? Se souvient-on seulement que la loi affirme qu’aucune distinction ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions ?

L’égalité est un fait. Mais l’idée que cette dernière est un objectif que l’école doive réaliser via le concept de parité est une doctrine. Et ici, c’est la neutralité du service public qui est mise à mal. L’éducation n’est plus service rendu à tous, mais ministère servant la partialité d’une opinion. En cet arbitraire, c’est tout le corps social qui se trouve desservi. Et c’est toute une jeunesse que l’on détourne de l’essentiel, qui est d’apprendre afin de pouvoir comprendre.

Les enseignants, nouveaux professeurs d’égalité, seront-ils les enfants de chœur de ce catéchisme imposé ? L’amour de leur discipline ainsi que le respect des élèves suffiront-ils à les protéger d’un tel cléricalisme ? S’il est trop tôt pour le dire, le mal est déjà fait. Par son rapport, le Haut Conseil à l’Égalité consent à faire de la salle de classe l’antichambre de problématiques sociales qui sont autant prématurées que dénaturées. Par ce texte alors, formation et formatage se trouvent confondus. Et dans cette confusion, le siège de la rue de Grenelle n’est plus lieu d’éducation, mais grand Ministère de l’inculcation nationale.

Source Enseignants pour l’enfance

 

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