Les pratiques du Carême, l’aumône de son argent par saint Léon le Grand

Suite de la première partie consacrée à l’entrée en Carême, et de la deuxième partie consacrée au jeune :

L’aumône de son argent

Or cette ressemblance n’apparaît jamais si bien que dans l’exercice de la charité, et premièrement de celle qui compatit au prochain dans ses nécessités temporelles, l’aumône :

Nulle dévotion chez les fidèles n’est plus agréable à Dieu que celle qui se consacre à ses pauvres ; là où il trouve le souci de la miséricorde, il reconnaît l’image de sa propre bonté (X, 5).

L’aumône est aussi essentielle à la perfection du Carême que le jeûne ; elle lui est complémentaire. Car, d’une part, elle est l’exercice de la plus parfaite des vertus, « le bien de la charité », comme dit saint Léon (X, 4), vertu

sans laquelle toutes les autres sont comme nues, car, dans une vie, si excellente soit-elle, on ne peut dire fécond ce que l’amour n’a pas enfanté (X, 3) ;

D’autre part, un jeûne qui ne serait pas accompagné de l’aumône ne serait qu’une « diète stérile » (II, 4), une pure épreuve physique, sans âme, et, en définitive, un acte égoïste. Au contraire il faut que l’économie que nous réaliserons en jeûnant serve au soulagement des pauvres. Saint Léon a là-dessus des formules saisissantes : « Que les chrétiens, tout en jeûnant, s’engraissent » (XI, 6), à savoir par le profit que la miséricorde leur acquerra pour la santé de leur âme, car il s’agit d’un « échange » fructueux (VII, 3) ; c’est, en effet, au Seigneur que l’on donne en réalité ce qu’on apporte aux pauvres : ceux-ci tiennent sa place et sont comme un signe de sa présence parmi nous. On leur donne donc les aliments dont notre jeûne a fait l’économie, et on reçoit du Seigneur une équivalence spirituelle, « des aliments qui nourrissent en vue de l’éternité » (II, 4). Ainsi « la réfection des indigents seconde nos jeûnes » (X, 5) et leur donne tout leur prix. Cette lieutenance des pauvres pour le Christ fait que l’aumône, simple secours de nos semblables suivant la raison naturelle, se hausse au niveau d’une religion en climat chrétien : ce sont des « hosties de miséricorde » (X, 4) que nous offrons véritablement à Dieu lorsque, « sur le point de célébrer le mystère par lequel le sang de Jésus-Christ a aboli nos iniquités », nous nourrissons les pauvres. Au don tout proche du sang du Christ pour notre salut, nous répondons par notre don infiniment plus humble, mais auquel la charité de Dieu veut bien donner une contre-valeur d’éternité.

Mais ne faut-il pas craindre que, sur le plan temporel, cette dépense ne cause du détriment ? Saint Léon va répondre à cette objection. « La bonté elle-même est une grande richesse » ; voilà pour la vertu que la bienfaisance développe en profit spirituel, plus précieux que ceux de ce monde, en outre la générosité ne saurait manquer de moyens, là où c’est le Christ qui nourrit et qui est nourri ; en toute cette œuvre intervient la main qui augmente le pain en le rompant et le multiplie en le distribuant (X, 5) ; Voilà pour la prudence naturelle : elle doit céder la place à une autre prudence tout imprégnée de foi. Et saint Léon de citer à plusieurs reprises l’exemple de la pieuse veuve de Sarepta qui accueillit le prophète Élie en lui donnant tout ce qui lui restait, une pincée de farine et un peu d’huile.

Mais ce qu’elle avait donné avec foi ne lui manqua pas, et, dans les jarres vidées par une pieuse prodigalité, la source s’ouvrit d’une nouvelle abondance : ainsi un saint usage n’amoindrit pas un bien dont on n’avait pas craint la privation (IV, 2).

C’est, en effet, au Seigneur de toutes choses que l’on donne, et la pauvreté chrétienne est toujours riche, elle à qui est donné dans le Seigneur de toutes choses de posséder toutes choses.

Invitation à un dépassement, dans la foi s’entend, en sorte que ceux qui, par impossible, se ruineraient en aumônes, resteraient riches des seuls biens véritables, qu’on engrange pour l’éternité.

Nous avons remarqué plus haut que saint Léon ne fixe pas de règle pratique pour le jeûne. On a soutenu récemment que le jeûne de l’Église n’était, à son époque, ni aussi obligatoire ni aussi rigoureux pour les fidèles qu’on l’avait cru communément[2].

Le fait que saint Léon ne parle qu’en général de l’ » abstinence », de la « continence », pourrait appuyer cette thèse. Le principe est l’obligation de jeûner, de se priver, mais que, dans cette ascèse, chacun ait sa mesure dictée par la prudence alliée à la ferveur. Pour ceux qui ne peuvent jeûner, l’aumône sera une compensation à leur impuissance. Sans doute saint Léon ne parle pas d’ « aumônes de carême » destinées à suppléer au jeûne, telles qu’on les pratique aujourd’hui, il dit cependant, à propos des jeûnes des Quatre-Temps, dont il semble qu’il ait tenu l’obligation pour plus rigoureuse que celle du Carême :

Dans l’observance du jeûne, tous doivent sans doute être unanimes à apporter leur dévotion ; cependant, s’il en est certains dont l’infirmité s’oppose à leur volonté, qu’ils rachètent cela en accomplissant aux dépens de leur bourse l’œuvre qui dépasse les forces de leur corps… Leur souci de miséricorde leur fera obtenir la même purification qu’à ceux qui peuvent jeûner… On ne reprochera pas au malade de rompre le jeûne, si le pauvre reçoit de lui de quoi satisfaire sa faim (IIe sermon pour le jeûne de septembre, 3).

Mais, de toutes façons, le jeûne doit s’accompagner de l’aumône, et celle-ci portera sur le superflu que le jeûne, en réduisant la dépense, a permis de dégager et dont l’avarice ne doit pas profiter [3].

L’aumône de son cœur, le pardon des offenses

L’aumône de nos biens est une manifestation de la charité fraternelle, celle que nous portons aux indigents ; il en est une autre, vis-à-vis des personnes qui nous ont fait tort, c’est le pardon. Donner, pardonner, deux volets du diptyque de l’amour. L’aumône du pardon est toujours possible, même quand l’offrande des biens matériels n’est pas à notre portée en raison de la pénurie, car elle ne vide pas nos greniers, ne diminue rien de notre argent (II, 5).

Elle s’exerce vis-à-vis d’hommes comme nous, de chrétiens comme nous, créés à l’image de Dieu, et que ni l’origine charnelle ni la naissance spirituelle ne séparent de nous : un même esprit nous sanctifie, une même foi nous fait vivre, nous accourons aux mêmes sacrements (III, 3).

Elle est conforme à l’humilité et à la prudence surnaturelle basée sur la promesse du Seigneur, car, nous souvenant de notre faiblesse qui nous fait facilement tomber dans toutes sortes de fautes, nous devons nous garder de négliger ce remède primordial et ce moyen très efficace de guérir nos blessures (I, 6) ; Le Seigneur ayant dit : Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; chacun a près de lui ce qu’il demande, puisque c’est de la bonté du suppliant que dépend la sentence du juge : lui qui écoute avec miséricorde et bonté les prières des hommes, s’est fixé comme règle d’équité notre propre douceur, en sorte qu’il n’ait pas à user de la rigueur du droit contre ceux qu’il n’aurait pas trouvés avides de se venger (V, 4).

Le temps préparatoire à la Pâque est, en effet, le temps du pardon « non seulement dans l’Église, mais aussi dans toutes les maisons » (XI, 5). « Il convient que les peuples de Dieu s’assemblent pour une si grande fête en paix et concorde » (IX, 3).

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