Les quatre piliers de la formation sacerdotale : l’importance de la lectio divina

« Nous voudrions vous demander de parler de votre expérience personnelle dans les années de formation », demande au pape François, Giovanni, un séminariste du diocèse de Bergame, qui l’interroge sur la relation entre la prière et l’Écriture et sur les passages de la Bible qui lui sont particulièrement chers.

Le dialogue du pape avec les séminaristes de Lombardie a eu lieu le samedi 13 octobre 2018, dans la salle Clémentine du Palais apostolique, au Vatican.

Le pape a aussi souligné « les quatre colonnes, les piliers de la formation : étude, prière, activité pastorale et vie communautaire ». Il a noté que ces « quatre aspects sont interactifs, pas des morceaux séparés : ils forment une unité »

Voici notre traduction de l’italien de la question du séminariste et de la réponse du pape, en italien.

AB

Giovanni

Saint-Père, je m’appelle Jean. Je viens du diocèse de Bergame et je suis en quatrième année de théologie. Votre Sainteté, certains d’entre nous, séminaristes, se préparent à recevoir le ministère de lecteurs et en approchant l’Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini du Saint-Père Benoît XVI, nous avons été provoqués en particulier par le numéro 82 : « Le Synode a recommandé que les séminaristes soient aidés concrètement à voir la relation entre l’étude biblique et la prière avec l’Écriture. Étudier les Écritures doit rendre plus conscient du mystère de la Révélation divine et alimenter une attitude de réponse priante au Seigneur qui parle. D’autre part, une authentique vie de prière ne pourra que faire grandir dans l’âme du candidat le désir de connaître toujours plus le Dieu qui s’est révélé dans sa Parole comme amour infini ». Nous voudrions vous demander de parler de votre expérience personnelle dans les années de formation, sur la relation entre l’étude et la prière et entre l’étude et l’activité pastorale. Enfin, nous voudrions savoir quel passage de l’Écriture, découvert et savouré le plus grâce aux études, vous a accompagné dans la prière pendant vos années de formation et vous accompagne toujours.

Pape François

Merci.

Je partirais d’une citation du pape Benoît XVI. Cette citation touche un point très important : la relation entre la prière et l’Écriture. Une chose que nous devons apprendre à faire, et à faire continuellement, c’est la lectio divina, c’est-à-dire rencontrer le Seigneur à travers sa Parole : la lectio divina. Allez toujours à l’Écriture. La Parole de Dieu qui nous enseigne à dialoguer avec l’Écriture : c’est la lectio divina. Se tenir devant le Seigneur, en sa présence, avec la Bible, et écouter. Cela peut aussi se faire aussi par petits passages : je recommande aux gens d’avoir l’Évangile dans la poche – un Évangile de poche – ou dans leur sac,[et de le lire] quand ils ont le temps, deux ou trois choses… se familiariser à la Parole de Dieu. Il y a tant d’auteurs spirituels qui nous apprennent à progresser dans la vie spirituelle et nous devons les lire, n’est-ce pas ? mais la Parole de Dieu, cette lectio divina, cette familiarité avec la Parole de Dieu – qui n’est pas se familiariser aux citations, à tel ou tel verset…, non, pas cela – mais la familiarité du cœur, connaître la Parole de Dieu de l’intérieur.

Ensuite, la question : « Nous voudrions vous demander de parler de votre expérience personnelle dans les années de formation, sur la relation entre l’étude et la prière et entre l’étude et l’activité pastorale », et il manque un quatrième élément : ces sont les quatre colonnes, les piliers de la formation : étude, prière, activité pastorale et vie communautaire, et pour cette raison le séminaire est important. Un jour, un évêque plein de sagesse a dit : « Le pire séminaire vaut mieux que pas de séminaire du tout ». Parce que la vie communautaire nous aide : c’est une propédeutique vers le collège presbytéral. La relation entre l’étude, la prière, l’activité pastorale et la vie communautaire : ce sont quatre piliers qui interagissent, et tu dois prier avec ce que tu étudies ou avec ce que tu vois dans la vie pastorale, le week-end ou avec ce qui se passe en communauté. La prière doit s’adresser à tout, elle est en relation avec tout. Les quatre aspects sont interactifs , pas des morceaux séparés : ils forment une unité, les quatre piliers de la formation. Et quand tu vas voir ton père spirituel, ton accompagnateur, ton recteur ou le supérieur de la communauté, tu dois parler des quatre, de comment ils interagissent et chercher la relation qui les lie. Je ne sais pas si c’est clair… Est-ce clair ? Il y en a quatre, mais nous devons parler de la relation, du rapport entre les quatre.

Et puis, il y a cette petite curiosité – mais pauvre Ève, que s’est-il passé avec la curiosité ! – « Enfin, nous voudrions savoir quel passage de l’Écriture, découvert et savouré le plus grâce aux études, vous a accompagné dans la prière pendant vos années de formation et vous accompagne toujours ». Moi, c’est la dimension de la mémoire, la dimension « deutéronomique » qui me touche beaucoup, et c’est pourquoi un passage de la Bible qui m’a accompagné – et j’y reviens toujours – est le Deutéronome 26 : « Souviens-toi, n’oublie pas : lorsque tu seras entré dans le pays que tu n’as pas conquis, lorsque tu auras le ventre plein des choses que tu ne sèmes pas, quand tu vivras dans les maisons que tu n’as pas bâtie, souviens-toi : souviens-toi que tu as été esclave en Égypte » (cf. vv.1-7). La mémoire : toujours regarder en arrière, d’où je viens, où le Seigneur m’a sauvé. Cette dimension deutéronomique me fait du bien. « Ah, je suis un grand prêtre, regardez, ils m’ont nommé recteur de ce sanctuaire, je fais ceci et cela… ». Souviens-toi d’où ils t’ont pris. « Je n’étais ni prophète ni fils de prophète, mais tu m’as pris de derrière le troupeau… » (cf. Am 7, 14-15). Cela me touche tellement : revenir, souviens-toi, ne te gonfle pas de vanité, d’orgueil, d’autosuffisance… Tout est un don, tout est grâce, tout t’a été donné. C’est un passage avec lequel je prie beaucoup aujourd’hui, cela me fait du bien.

Et puis, il y a un autre passage que je considère comme l’histoire de ma vie c’est Ézéchiel 16 : Du Nouveau Testament, je m’arrête – ce sera parce que j’aime les fêtes – je m’arrête sur les noces de Cana : comment la Vierge Marie agit en ce moment, discrètement, comment elle remarque, comment elle fait… ; et ce commandement de la Vierge – est le seul commandement que nous fait la Vierge – « Faites ce qu’Il vous dira » (cf. Jn 2,5). J’aime ça. Cela me touche. Ce sont les trois passages qui, je voudrais dire, me touchent beaucoup. Mais le première, je vous recommande : prenez cette dimension deutéronomique de la vie qui vous aidera tant, avec la mémoire, à ne pas vous croire plus que vous n’êtes.

© Traduction de Zenit, Océane Le Gall

Source : Zenit.org

Comments are closed.