L’étonnant pèlerinage de lycéens bretons avant le bac

Près de Rennes (Ille-et-Vilaine), des centaines de familles viennent sur le tombeau de Saint-Léonard à l’époque des examens scolaires. Petits mots, fleurs, objets sont déposés autour de ce lieu devenu légendaire pour réussir son bac ou son permis de conduire.

Il y a foule sur la petite départementale qui relie Rennes au Mont-Saint-Michel, près d’Andouillé-Neuville (Ille-et-Vilaine). L’autoroute voisine capte la plupart des automobilistes mais de nombreuses voitures circulent toujours sur l’ancienne route et beaucoup s’arrêtent sur le bas-côté, près d’une allée de sapins centenaires. Un petit panneau perché sur un pilier en granit indique dès l’entrée la direction pour trouver Saint-Léonard.

Un autre panneau détaille la légende de ce garçon du village appelé aussi Lenard. Mauvais bougre, il passait son temps, au milieu du XIXe siècle, à mettre des pierres et creuser des trous pour que les charrettes se renversent. L’objectif n’était pas de les voler mais juste de rire aux dépens des voyageurs.

Un jour, il croqua dans une pomme, qu’il jeta tant elle était amère. Le lendemain, la pomme était toujours là et avait changé de couleur. Le garçon la goûta de nouveau et la trouva délicieuse. Il se rendit compte que la nature était bonne et décida de changer pour être bon à son tour. Il partit secourir un routier. L’homme croyant à un méchant piège le frappa d’un bâton et le tua Depuis 1867, on vient le solliciter et le remercier pour ses bons soins.

« Vous verrez en juillet, ça va déborder de fleurs dès les premiers résultats du bac, raconte Marie-Thérèse, une quinquagénaire qui habite près de Fougères. Je ne viens pas souvent sur Rennes mais je m’arrange toujours pour passer par-là et m’arrêter quelques minutes. Quand je ressors d’ici, je me sens apaisée. » Cette maman est venue à chaque fois que ses filles passaient un examen. « On y allait ensemble et ça marchait à tous les coups ! On avait envie d’y croire », décrit franchement la Bretonne.

Vu le nombre de remerciements qui s’amoncellent au pied de tous les arbres et du tombeau, on devine qu’elle est loin d’être la seule à croire à Saint-Léonard. Des petits mots écrits sur des bouts d’ardoises grises, des feuilles glissées dans des pochettes plastiques punaisées aux troncs, des plaques comme au cimetière, des ex-voto… chacun laisse son message particulier et des objets personnels.

Les familles viennent juste avant les épreuves. Beaucoup de femmes, avec ou sans leurs adolescents. « Moi, j’accompagne. Je ne suis pas croyant mais je respecte », confie un monsieur qui attend son épouse, quelques pas plus loin. Le couple vient d’Angers, dans le Maine-et-Loire. « Les gens viennent de très loin et il n’y a pas une heure sans quelqu’un », confirme Manuela Raphalem. Cette fleuriste de Saint-Aubin-d’Aubigné, une commune située à quelques mètres, s’organise chaque semaine pour passer une heure à entretenir le lieu. Avec Josette Roncerey, une autre bénévole, elles enlèvent les fleurs fanées, arrosent les plantes, mettent les courriers à l’abri pour les protéger de la pluie.

« Cela fait des années que les gens me racontent leur histoire et on voit qu’ici ils trouvent réconfort et espoir et ça, c’est le plus important », poursuit la fleuriste. Saint-Léonard est sollicité pour avoir un diplôme, trouver du travail mais aussi pour venir en aide aux malades. « On a eu un cancer tous les deux et on a toujours trouvé de l’apaisement ici », soufflent Jean et Maria. Léonard sait aussi jouer les Valentin. Un sapin a le droit à plusieurs cœurs et beaucoup le remercient d’avoir trouvé l’amour. « En fait, c’est un lieu rassembleur, où il y a toutes les religions, les athées. C’est un bel endroit qui fait du bien », résume Manuela Raphalem.

Source : Ouest-France

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