Et si l’Indonésie s’inspirait de la politique antidrogue de Duterte ?

Le président indonésien a récemment invité les forces de police à abattre les trafiquants de drogue supposés qui résisteraient à leur arrestation, à l’image de ce que Rodrigo Duterte a mis en place aux Philippines. Une politique à laquelle l’Eglise catholique locale tente de s’opposer.

« Soyez fermes avec les trafiquants de drogue, en particulier avec les étrangers qui entrent dans le pays. Ceux qui résistent [à leur arrestation], abattez-les. Soyez impitoyables car nous sommes dans une situation d’urgence » a déclaré le 21 juillet dernier le président Joko ‘Jokowi’ Widodo aux forces de police comme le rapporte le Jakarta Post.

« Abattez-les. Soyez impitoyables. »

Cette déclaration fait suite à la plus importante saisie de drogue réalisée par les forces de police indonésiennes le 13 juillet dernier. Ce jour-là, les autorités ont confisqué une tonne de ‘shabu-shabu’ (du crystal méthamphétamine), d’une valeur estimée à un billon de roupies (65 millions d’euros). Plusieurs ressortissants taiwanais ont été arrêtés et l’un d’entre eux a été abattu pour avoir résisté à son arrestation.

Le chef de la police nationale, le général Tito Karnavian, avait alors déclaré à la presse avoir incité les forces de police «  à ne pas hésiter à abattre les trafiquants de drogue qui résistent à leur arrestation ».

Les récentes déclarations du président de la République d’Indonésie ont suscité de vives critiques dans les milieux de défense des droits de l’homme. Phelim Kine, directeur-adjoint de la divison Asie à Human Rights Watch, s’est ainsi inquiété d’une atteinte à l’Etat de droit, le président encourageant à « démolir »les droits des suspects.

L’Eglise catholique locale a elle aussi fait part de ses préoccupations. «  La position rigoureuse du gouvernement [à l’égard des drogues] mérite notre soutien, a déclaré le P. Paulus Christian Siswantoko, secrétaire de la Commission ‘Justice et Paix’ de la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie, contacté par l’agence d’information Ucanews le 24 juillet. Mais ça ne lui donne pas le droit de violer les droits de l’homme » a-t-il fait remarquer.

Une politique dénoncée par l’Eglise catholique locale

Dans la jeune démocratie indonésienne, l’Etat de droit est censé être garanti. Existent, par exemple, le droit à un procès équitable, un double degré de juridiction et la possibilité pour un condamné à mort de solliciter la grâce présidentielle.

«  Il semblerait que le président Widodo soit en train de suivre le chemin du président Rodrigo Duterte, qui est brutal […]. Mais la politique de celui-ci est-elle un vrai succès ? Et les Philippines sont-elles désormais délivrées du fléau que constituent les drogues ? Rien n’est moins sûr » a déploré le P. Siswantoko.

Elu le 9 mai 2016, Rodrigo Duterte a mis en place une guerre antidrogue destinée à «  délivrer des générations de Philippins de la menace de la drogue » qui a déjà fait plusieurs milliers de morts. Pendant la campagne électorale, il avait prévenu qu’il donnerait aux forces de police le droit de « tirer pour tuer »lors des arrestations.

Cette politique a conduit l’épiscopat philippin à dénoncer des « tueries extrajudiciaires ». En juin 2016, la Conférence des évêques catholiques des Philippines s’était alarmée du «  nombre croissant d’assassinats de personnes suspectées d’être impliquées dans des trafics de drogue, sous prétexte qu’elles se sont opposées à leur arrestation par les forces de police ».

Jokowi, partisan d’une thérapie de choc pour lutter contre l’essor des trafics de drogue dans l’archipel

Selon Budi Waseso, le chef de l’agence de lutte contre les produits stupéfiants (BNN), « le marché [de la drogue] qui se trouvait aux Philippines est en train de se déplacer vers l’Indonésie. La politique du président Duterte a conduit à un exode [des trafics] vers l’Indonésie ». L’archipel serait ainsi devenu le plus grand marché de drogues et le BNN n’aurait pas les moyens suffisants pour lutter contre les trafiquants dans un pays où le nombre d’îles, estimé entre 13 000 et 20 000, n’est pas encore établi avec certitude.

Quelques semaines après sa prise de fonction, le président Joko ‘Jokowi’ Widodo avait fait savoir que l’Indonésie se trouvait en état d’urgence face à l’importance du phénomène de la drogue. Partisan d’une « thérapie de choc », Jokowi avait indiqué qu’il n’accorderait pas de grâce présidentielle aux condamnés à mort pour trafic de drogue, toutes nationalités confondues.

Entre janvier et avril 2015, le gouvernement indonésien avait ainsi fait fusiller quatorze condamnés à mort, dont huit ressortissants étrangers (quatre nigérians, un hollandais, un brésilien et deux australiens), condamnés pour trafic de drogue. Ces exécutions avaient provoqué une indignation internationale et une crise diplomatique entre l’Indonésie et l’Australie.

Dans un pays où 2,9 % de la population est catholique selon le recensement de 2010, l’Eglise locale fait régulièrement savoir son opposition à la peine capitale.

Source : Eglises d’Asie

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