Message de Benoît XVI pour les obsèques du cardinal Meisner

Beaucoup de commentaires ont accompagné cette lettre du pape émérite pour les obsèquess de son ami le cardinal Meisner. Bien savant qui peut interpréter en lieu et place de Benoît XVI cette lettre d’hommage.

Aussi choisissons-nous de la donner sans aucun commentaire et dans son intégralité.

 

En cette heure, alors que les fidèles de l’Eglise de Cologne, et bien au-delà, font leurs adieux au cardinal Joachim Meisner, mon cœur et mes pensées sont avec vous et je suis heureux d’envoyer, à la demande du cardinal Wölki, quelques mots en souvenir.

Quand, mercredi dernier, j’ai appris par un appel téléphonique la mort du cardinal Meisner, tout d’abord je n’ai pas pu le croire. La veille nous avions parlé au téléphone. Sa voix était pleine de gratitude parce qu’il était désormais en vacances, après que le dimanche précédent il eût participé, à Vilnius, à la béatification de l’évêque Teofilius Matulionis. Il a toujours été caractérisé par l’amour des Églises des pays voisins d’Europe de l’Est, qui ont subi la persécution communiste, et par la gratitude pour le courage avec lequel elles ont enduré ces épreuves à l’époque. Ce n’est donc pas une coïncidence si la dernière visite de sa vie a été consacrée à un témoignage de foi dans ces terres.

Ce qui m’a particulièrement frappé dans les récentes conversations avec le défunt cardinal, c’est la sérénité, la joie intérieure et la confiance qu’il avait acquises. Nous savons que pour lui, voué avec passion au soin des âmes, il était difficile de quitter son office, et justement en un moment où l’Église a besoin de pasteurs qui savent résister à la dictature de l’esprit du temps (“Zeitgeistes”), et vivre et penser avec décision en conformité avec leur foi.

Mais j’ai été encore plus ému par le fait que, dans la dernière période de sa vie, il ait appris à prendre les choses plus sereinement et qu’il vive de plus en plus dans la conviction profonde que le Seigneur n’abandonne jamais son Eglise, même si parfois la barque s’est remplie presque au point de chavirer.

Deux choses l’ont rendu de plus en plus heureux et confiant dans la dernière période de sa vie : d’une part, il m’a répété combien cela le remplissait d’une joie profonde de voir des jeunes, surtout de jeunes hommes, faire l’expérience de la grâce du pardon dans le sacrement de la confession – le don d’avoir trouvé cette vie que seul Dieu peut leur donner.

L’autre chose qui le touchait toujours à nouveau et lui donnait une grande joie, c’est la diffusion silencieuse de l’Adoration Eucharistique. Aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne, sa principale préoccupation était l’Adoration Eucharistique, un moment où seul le Seigneur parle au cœur. Plusieurs experts en travail pastoral et en liturgie pensaient qu’un tel moment de contemplation du Seigneur ne pouvait pas être réalisé avec un si grand nombre de personnes. Certains considéraient même l’adoration eucharistique en tant que telle comme obsolète, parce que le Seigneur veut être reçu dans le Pain Eucharistique et non pas contemplé.

Mais le fait que ce pain ne puisse pas être mangé comme un aliment ordinaire, et que « recevoir » le sacrement de l’Eucharistie implique toutes les dimensions de notre existence – que le recevoir doit être l’adorer – est devenu de plus en plus clair.

Ainsi, le moment de l’adoration eucharistique au cours des Journées mondiales de la jeunesse est devenu une expérience intérieure qui est restée inoubliable, et pas seulement pour le cardinal. Cet évènement est resté pour toujours présent en lui, comme une grande lumière.

Quand, le dernier matin, le cardinal Meisner n’a pas paru pour la messe, il a été retrouvé mort dans sa chambre. Le bréviaire avait glissé de ses mains. Il est mort en priant, les yeux tournés vers le Seigneur, dans le dialogue avec lui. La mort qui lui a été accordée, nous montre une fois encore comment il a vécu : en présence du Seigneur et en conversation avec lui.

Remettons donc avec confiance son âme à la bonté de Dieu. Seigneur, nous Te remercions pour le témoignage de Ton serviteur Joachim. Puisse-t-il intercéder pour l’Eglise à Cologne et dans le monde entier. 
Requiescat in pace.

 

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