Migrants : le Saint-Siège réaffirme “le droit de rester dans son pays d’origine”

Le Saint-Siège réaffirme, à l’ONU, le « droit » de chacun « de rester dans son pays d’origine », et en même temps « le devoir de prendre soin de ceux qui migrent par désespoir ».

Mgr Ivan Jurkovic, Observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève (Suisse), est en effet intervenu lors de la 38ème session du Conseil des droits de l’homme

« La migration a offert historiquement une immense contribution au développement des peuples, a fait notamment observer Mgr Jurkovic. Pourtant, il est important que la décision de partir soit un choix libre et éclairé, et non une nécessité impérieuse. Si d’une part, toute personne a le droit d’émigrer, il existe en même temps un droit de rester dans son pays d’origine. La délégation du Saint-Siège a insisté à mainte reprise sur l’urgence de s’attaquer aux facteurs qui forcent les gens à quitter leur foyer et leurs pays, contribuant à des flux migratoires désordonnés, imprévisibles et dangereux. »

Il a insisté sur la promotion d’une « culture de la solidarité », et sur le rejet de « la logique de l’indifférence et de la négligence ».

Il a invité à « offrir aux demandeurs d’asile, aux réfugiés, aux migrants et aux victimes de la traite des êtres humains l’occasion de trouver la paix nécessite une stratégie combinant quatre actions : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. »

Voici la traduction de Zenit, de l’anglais, de la déclaration du représentant du Saint-Siège

Déclaration de Mgr Ivan Jurkovic

Merci, Monsieur le Président.

Si la migration peut être considérée comme un « signe des temps », la « tragédie de notre temps » est que nous risquons de devenir trop familiers et insensibles aux morts tragiques et aux abus de nos frères et soeurs qui sont contraints de partir pour une foule de raisons mais aussi aux facteurs sous-jacents et aux inégalités croissantes qui provoquent de tels mouvements migratoires.

La voie du dialogue sur laquelle nous nous sommes engagés par la Déclaration de New York et par les négociations et les consultations en cours sur les deux Pactes mondiaux, peut contribuer à promouvoir une culture de la solidarité. À cet égard, il est important de maintenir l’élan et de rejeter la logique de l’indifférence et de la négligence. Alors que la responsabilité première incombe aux États en fonction de leurs capacités, notamment en termes d’intégration, il nous est constamment rappelé que ce qui est en jeu, ce sont des vies humaines.

La semaine dernière, le Pape François a exhorté à « abattre le mur de la « complicité confortable et silencieuse » qui aggrave leur détresse » 1, rappelant que le phénomène migratoire n’est « pas simplement un phénomène de nombre, mais de personnes ayant chacune sa propre histoire », sa culture, ses sentiments et ses aspirations … Ces personnes, nos frères et soeurs, ont besoin d’une « protection continue », quel que soit le statut de migrant qu’ils peuvent avoir »2.

Monsieur le Président,

La délégation du Saint-Siège partage certaines des préoccupations exprimées par le Rapporteur spécial dans son rapport, notamment en ce qui concerne les enfants en déplacement et en détention, ce qui ne peut jamais être dans leur meilleur intérêt. Offrir aux demandeurs d’asile, aux réfugiés, aux migrants et aux victimes de la traite des êtres humains l’occasion de trouver la paix nécessite une stratégie combinant quatre actions : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer 3.

Le retour, la réadmission et la réintégration font partie intégrante d’un système de migration bien ordonné, mais trop souvent la façon dont il est géré est préjudiciable à la fois aux migrants et aux relations entre les États et peut même renforcer les facteurs sous-jacents à la migration irrégulière. En particulier, le fait de subordonner l’aide au développement à la coopération d’un pays au retour des migrants crée un chantage et des affrontements mutuels4, qui entraînent souvent des violations des droits de l’homme. Le fait que les personnes humaines soient de plus en plus utilisées comme monnaie d’échange à la table des négociations est inacceptable.

Monsieur le Président,

La migration a offert historiquement une immense contribution au développement des peuples. Pourtant, il est important que la décision de partir soit un choix libre et éclairé, et non une nécessité impérieuse. Si d’une part, toute personne a le droit d’émigrer, il existe en même temps un droit de rester dans son pays d’origine.5 La délégation du Saint-Siège a insisté à mainte reprise sur l’urgence de s’attaquer aux facteurs qui forcent les gens à quitter leur foyer et leurs pays, contribuant à des flux migratoires désordonnés, imprévisibles et dangereux.

 

Les facteurs d’interaction qui façonnent la migration, dont nous ne pouvons pas encore anticiper la plupart, ne peuvent être pris en charge par un seul État. À cet égard, cette délégation partage les préoccupations du secrétaire général des Nations unies, M. António Guterres, que nous « devrions utiliser tous les outils de développement, de gouvernance et de politique à notre disposition pour prévenir et atténuer les forces humaines et naturelles qui conduisent à de tels larges mouvements de population, mais nous devrions également reconnaître que nous avons le devoir de prendre soin de ceux qui migrent par désespoir. « 6

Merci, Monsieur le Président.

***

NOTES

1 Pape François, Message au « Deuxième Saint-Siège – Conférence de Mexico sur les migrations internationales« , 14 juin 2018.

2 Ibid.

3 Cf. Pape François, Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2018.

4 Cf. A / 71/728 Rapport du Représentant spécial du Secrétaire général sur les migrations (le « Rapport Sutherland »).

Source : Zenit.org – Anita Bourdin

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