Morale – En conscience viser un mieux ne peut justifier un mal ! La conscience doit s’éduquer

Certains Évêques ont déclaré que les Catholiques unis par un mariage non canonique mais “ayant la conscience en paix” avec le Seigneur devraient être autorisés à recevoir la Sainte Communion. Ceci n’a jamais été la croyance ni la pratique de l’Église, et cependant ils soutiennent que selon les racines de l’enseignement traditionnel la conscience doit être respectée même si elle est dans l’erreur. Une omission, pourtant : seules les directives de la conscience sont contraignantes, et non tous ses jugements, et la conscience est soumise à l’enseignement et au jugement de l’Église. Ces vérités étant bien rappelées, la pratique apostolique de l’Église se dégage aussi clairement que les erreurs répandues par les récentes et injustifiées innovations.

Selon la pensée Catholique, la conscience a deux fonctions. En premier lieu, elle incite parfois à commettre ou éviter telle ou telle action. Action pouvant être visible ou intime. La conscience est naturellement investie de cette autorité car elle est l’expression de la raison inspirée par Dieu. Bien que sujette à l’imperfection et à l’erreur, elle doit être suivie car provenant de la voix divine. C’est pourquoi notre premièr devoir consiste à accorder notre conscience à la vérité et à en suivre les directives sans tenir compte des contraintes terre-à-terre.

L’autre fonction de la conscience consiste à évaluer les actions passées, présentes, ou projetées. On pourrait l’appeler “sens moral”. Elle juge, par exemple, si tel ou tel acte est juste ou non, bon ou mauvais, acceptable, mais sans pour autant engager une action. Elle manque parfois de netteté ou de certitude. On ne peut la comparer aux impressions ou aux opinions pour juger la raison. Sauf cas exceptionnels poussant à agir, ces jugements peuvent et doivent dépendre des autorités légitimes.

Nous sommes soumis aux ordres de notre conscience par devoir, et non par conformité au bien : elle est alors notre unique guide. Après quoi le jugement de la conscience peut réévaluer nos actes ou jugements précédents à la lumière d’une meilleure vision de la vérité. On pourrait alors découvrir qu’on a commis une erreur, guidé par une conscience mal informée. Ainsi, les deux rôles sont distincts mais inséparables.

Il faut reconnaître, c’est essentiel, que la conscience, tout comme les facultés de raisonnement et de volonté, a été créée avec un objectif : nous rendre aptes à réagir et nous consacrer à Dieu, à notre prochain, à toute la création. La conscience engage donc toute la personne de l’homme, ouvrant un dialogue continu et entretenant nos relations et notre devenir. Elle a un caractère éternel.

Ceci signifie que la conscience, par ses exigences comme par ses jugements, est personnelle et partagée, non pas individuelle, autonome. Nul n’est seul, individu isolé en conscience face à Dieu car chacun entretient des milliers de relations avec autrui. Y-compris une relation avec le Christ et l’Église qui, en union avec l’Esprit-Saint, intercèdent pour guider chacun dans la vie vers Dieu. Les Chrétiens, évidemment, figurent ainsi comme membres du Christ et de Son Église.

Ces vérités relatives à la conscience posent un dilemme. Les conseils de la conscience doivent suivre la volonté de Dieu pour notre propre bien, pour autrui, pour tout le monde. Nous ne voulons pas, que ce soit délibéré ou par inadvertance, agir ou juger de travers à cause du mal qui en résulterait. Néanmoins nous savons que sous nombre d’influences mal identifiées — dont le péché — nos perceptions et jugements sont faussés, erronés. Qui donc peut, seul, se croire capable de juger la moralité et, précisément, les circonstances, quand des intérêts personnels sont en jeu — par exemple, la validité d’un mariage ?

C’est précisément en vue d’éclairer et de conforter la conscience que Jésus a proclamé l’Évangile et appelé à Lui les hommes, membres de Son Église, mettant en œuvre son rôle pastoral et son Magistère infaillible. L’Église, Son épouse, ne remplace ni ne contraint la conscience, mais, avec Lui, aide la conscience en enseignant, corrigeant, guérissant, et, si besoin en contredisant. Là réside toute la mission du Christ et de l’Église : en conscience nous reconnaissons le péché, accueillons l’Évangile, et vivons en enfants de Dieu. Ce serait donc trahir le Christ que suggérer une conscience, guide ou juge, contredisant l’Église et son jugement.

Selon sa charge apostolique, l’Église a entrepris de dénoncer l’erreur des consciences qui vont à l’encotre de l’Évangile et a appliqué divers remèdes d’ordre pastoral pour inciter ses membres à corriger les croyances et pratiques erronées. Son but est simple. Jésus est venu libérer chacun afin de partager Sa joie en vivant la vérité de Dieu dans l’amour, même pour les victimes innocentes chargées et captives d’erreurs.

Et donc, l’Église ne s’est jamais réduite à aider les fidèles pour savoir s’ils ont leur conscience “en paix avec Dieu” comme certains l’ont récemment déclaré, insistant au contraire sur le devoir de conscience des Catholiques d’accepter et de vivre l’Évangile tel qu’il est enseigné par l’Église. Autrement, nul, en toute bonne conscience, n’aurait pu se faire refuser la Sainte Communion, même si ses croyances et son comportement lui étaient préjudiciables ainsi qu’à autrui.

À l’inverse de certaines récentes innovations, l’Église a constamment enseigné qu’un jugement de conscience ne saurait invoquer “un mieux” pour justifier de mauvaises actions telles que frapper des populations civiles lors d’une guerre, pratiquer la contraception ou avoir des relations sexuelles hors mariage. De telles pratiques éloignent le jugement faillible des consciences de l’Évangile proclamé par l’Église. Bien sûr, il faut écouter sa conscience si elle ordonne par erreur de tels actes Cependant, l’Église peut toujours tenter de les dissuader et de les corriger, même en leur refusant la Sainte Communion, afin de les guider, eux ainsi que d’autres, pour mettre fin à des comportements fautifs au profit de saines attitudes. Il ne s’agit nullement de juger leur culpabilité ni de leur refuser l’accès à la grâce divine.

L’Église doit juger les consciences et opposer erreurs, mal et culpabilité à l’innocence. Nous savons combien de tragédies se sont produites quand des évêques et des membres du clergé ont écarté de leurs vies l’enseignement Catholique et la discipline en l’Église. La répétition de cette erreur par certains pasteurs est décourageante. La continuité authentique de la pastorale demeure néanmoins une source de consolation et d’espérance.

 

 par le père Timothy V. Vaverek

Source et Traduction France Catholique

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