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Les Fêtes de Pâques à Jérusalem avec Égérie dans l’antiquité

L’entrée dans la Grande Semaine

« Le dimanche, où l’on entre dans la semaine pascale, qu’on appelle ici la Grande Semaine, lorsqu’on a célébré, depuis le chant des coqs, ce qu’il est d’usage à l’Anastasis ou à la Croix jusqu’au matin, le dimanche matin donc, on se réunit, selon l’usage  habituel, dans l’église majeure, le Martyrium […] Après qu’on ait tout célébré selon l’usage habituel et avant qu’on fasse le renvoi, l’archidiacre élève la voix et dit : « Toute cette semaine, à partir de demain, rassemblons-nous tous à la neuvième heure au Martyrium. » Ensuite il élève la voix et dit : « Aujourd’hui, soyons tous présents à l’Éléona à la septième heure ».

Quand on a fait le renvoi dans l’église majeure, le Martyrium, on conduit l’évêque, avec des hymnes, à l’Anastasis. Une fois accompli là ce qu’on a coutume de faire le dimanche, chacun se rend chez lui et se hâte de manger, pour qu’au début de la septième heure tous soient présents dans l’église qui est à l’Éléona, sur le mont des Oliviers, là où se trouve la grotte dans laquelle enseignait le Seigneur » (30, 1-3) (voir plan dans Info catho, 12 avril).

 

Ce dimanche ne s’appelle pas encore le « jour des Palmes » (d’où nos Rameaux) et la commémoration de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem n’a lieu que dans la soirée ; c’est au Ve siècle qu’elle devient le seul objet de la liturgie de ce jour.

L’Éléona désigne l’église qui est sur le mont des Oliviers (après avoir d’abord été le nom de la montagne elle-même) ; c’était selon Égérie « une très belle église » ; un site important où avaient lieu plusieurs stations liturgiques, en particulier le soir du Jeudi-Saint. Elle contenait « la grotte dans laquelle, ce même jour, le Seigneur se tint avec ses apôtres » pour les entretiens qui suivirent la Cène. La basilique – une des quatre que Constantin avait fait édifier sur les lieux saints – comportait une vaste salle à trois nefs (30m par 15m) précédée d’un atrium de mêmes dimensions ; la « grotte des entretiens » se trouvait dans une crypte.

 

Sur le mont des Oliviers

« A la septième heure, tout le peuple monte sur la montagne des Oliviers, à l’Éléona, dans l’église. L’évêque s’assied, on dit des hymnes et des antiennes appropriées au jour et au lieu, ainsi que des lectures. Quand commence la neuvième heure, on monte avec des hymnes jusqu’à l’Imbomon, l’endroit d’où le Seigneur est monté aux cieux, et on s’assied là. Car tout le peuple, en présence de l’évêque, est toujours invité à s’asseoir ; seuls les diacres restent toujours debout. On dit là aussi des hymnes et des antiennes appropriées au lieu et au jour ; de même les lectures qu’on y intercale et les prières. » (31, 1).

Non loin de l’Éléona, l’Imbomon (dont le nom signifie sur la colline) est le sommet du mont des Oliviers et « l’endroit d’où le Seigneur est monté aux cieux ». On y tient quelques stations liturgiques : dimanche des Rameaux – comme indiqué ici –, nuit du Jeudi au Vendredi-saint, jour de Pâques et de son octave, jour de la Pentecôte. A l’époque d’Égérie, l’Imbomon ne comportait pas d’église. Ce n’est qu’à la fin du IVe siècle, peu après 392, qu’on en bâtit une financée par une autre pélerine célèbre, Poemenia. Dès lors cette rotonde de la « Sainte Ascension » fut un des sanctuaires les plus visités de Jérusalem.

Le Lectionnaire arménien montre que, quelques années après Égérie, on a remplacé les réunions successives à l’Éléona et à l’Imbomon par une seule, qui se tient à la neuvième heure à l’Éléona. Mais elle ne comportait pas de lectures ; la lecture de Matthieu 21 avait lieu le matin au Martyrium.

 

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur »

« Quand la onzième heure commence, on lit ce passage de l’évangile où des enfants, avec des rameaux et des palmes, vinrent à la rencontre du Seigneur (Mt 21, 8 ; Jn 12, 13) en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Aussitôt après, l’évêque se lève ainsi que tout le peuple, puis du sommet du mont des Oliviers, on fait le chemin à pied. Tout le peuple va devant l’évêque, avec des hymnes et des antiennes, en répondant toujours : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Ps 117, 26). Et tous les enfants du pays, jusqu’à ceux qui ne peuvent pas marcher parce qu’ils sont trop jeunes et que leurs parents portent sur leurs épaules, tous tiennent des rameaux, qui de palmier, qui d’olivier ; et ainsi on escorte l’évêque de la même manière qu’a été escorté le Seigneur. Du sommet de la montagne jusqu’à la ville, puis à travers toute la ville jusqu’à l’Anastasis, tous font le chemin à pied, même les dames, même les notables, et ils escortent l’évêque en disant le répons ; et ainsi lentement, lentement, pour que le peuple ne se fatigue pas, on arrive à l’Anastasis alors que c’est déjà le soir. Lorsqu’on y est arrivé, bien qu’il soit tard, on fait le lucernaire, on fait encore une prière à la Croix et on congédie le peuple. » (31, 2-4).

 

Françoise Thelamon, Professeur d’histoire du christianisme

 

 

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Paris Notre-Dame ne paraît pas cette semaine

Cette semaine, Paris Notre-Dame, l’hebdomadaire du diocèse de Paris, n’est pas sorti dans les boîtes aux lettres des abonnés. Les locaux de ce journal sont, en effet, dans le périmètre qui a été  rendu indisponible à cause de l’incendie de la cathédrale. La rédaction a adressé un courriel à ses abonnés.

Éditorial de Priscilia de Selve, rédactrice en chef de Paris Notre-Dame

 

Chers abonnés,

 

Vous ne trouverez pas Paris Notre-Dame cette semaine dans votre boîte aux lettres. Les locaux du journal étant dans le périmètre de Notre-Dame, nous n’avons pas eu accès au journal depuis l’incendie de la cathédrale. Nous ne pouvons que nous associer à la douleur de tous les catholiques, des Parisiens et des Français qui ont vu brûler leur cathédrale. Mais nous n’oublions pas non plus que dans cette épreuve, nous chrétiens, plaçons notre foi dans l’espérance qui nous habite et qui demeure. Le Christ a été supplicié, mis à mort, mais il s’est relevé pour nous, triomphant de la mort et du péché. Dans son message aux prêtres et diacres du diocèse, à la veille de la messe chrismale, Mgr Michel Aupetit déclarait : « La France pleure et avec elle tous ses amis du monde entier. Elle est touchée au cœur car ses pierres sont le témoignage d’une espérance invincible qui, par le talent, le courage, le génie et la foi des bâtisseurs, a élevé cette dentelle lumineuse de pierres, de bois et de verre. Cette foi demeure la nôtre. C’est elle qui déplace les montagnes et nous permettra de rebâtir ce chef-d’œuvre. » C’est cette espérance qui doit, aujourd’hui, nous guider.

 

(…)

 

Vous pouvez également laisser vos témoignages et avoir les informations nécessaires aux prochaines célébrations sur ce site.

 

Priscilia de Selve, rédactrice en chef

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Un Samedi Saint à Jérusalem et en Galice à la fin du IVème siècle

Semaine sainte à Jérusalem en 384 avec Égérie suite

Samedi saint : la vigile pascale a lieu comme chez nous

 

On peut être surpris que soudain le texte d’Égérie devienne très bref. Elle dit en effet aux destinataires : « C’est comme chez nous », et ne décrit pas les cérémonies qui avaient lieu à Jérusalem. Cette remarque est en elle-même fort intéressante ; elle nous apprend que dans la lointaine Galice, l’office de la vigile pascale était le même qu’à Jérusalem. En l’absence de tout autre document, c’est le témoignage d’une cohésion liturgique bien établie d’un bout à l’autre de l’Empire romain dans les dernières décennies du IVe siècle.  Alors même que la « grande persécution » débutée en 303, officiellement arrêtée en 311 (édit de Galère) n’avait réellement cessé qu’en 313 dans la partie occidentale de l’Empire et pratiquement en 324 seulement dans la partie orientale.

Quant aux vastes basiliques où pouvaient avoir lieu les grands offices, en particulier la vigile pascale comportant les baptêmes, elles sont récentes. Rappelons qu’à Jérusalem la dédicace de l’église majeure, le Martyrium, a eu lieu le 13 septembre 335. De même c’est dans la première moitié du IVe siècle que Rome doit à Constantin la fondation de l’église épiscopale, la Basilica constantiniana (Saint-Jean de Latran), immense basilique dans laquelle l’évêque peut, pour la première fois, réunir tout son peuple.

Pour corroborer et compléter les informations données par Égérie sur la Semaine sainte à Jérusalem, nous pouvons avoir recours, une fois encore, au Lectionnaire arménien, connu par trois manuscrits ; un peu postérieur (entre 417 et 439) au Journal d’Égérie, c’est la traduction arménienne de la liturgie de Jérusalem au début du Ve siècle, dont dépendent les liturgies d’Arménie, Géorgie et Albanie du Caucase (Azerbaïdjan).

 

« Le samedi, on fait à la troisième heure selon l’usage habituel ; de même à la sixième. A la neuvième, on ne fait pas comme le samedi, mais on prépare la vigile pascale dans l’église majeure, le Martyrium. La vigile pascale a lieu comme chez nous.

La seule chose qui se fasse en plus, c’est que les néophytes, lorsque, une fois baptisés et revêtus, ils sortent des fonts baptismaux, sont conduits tout d’abord à l’Anastasis avec l’évêque. L’évêque pénètre à l’intérieur des grilles de l’Anastasis, on dit un hymne, puis l’évêque fait une prière pour eux, ensuite il va avec eux à l’église majeure où, selon l’usage habituel, tout le peuple veille. On fait là ce qu’il est d’usage de faire chez nous aussi et après l’oblation, le renvoi a lieu. » (38, 1- 2)

 

Le Lectionnaire arménien nous donne les renseignements qu’Égérie a omis. Après un bref passage à l’Anastasis, toute la cérémonie a lieu au Martyrium, comme le dit Égérie. Elle commence par le rite du lucernaire (l’évêque allume la lampe), immédiatement suivi par la vigile qui s’ouvre par un psaume et se continue par douze lectures de l’Ancien Testament, chacune suivie d’une prière avec agenouillement. Plusieurs de ces douze lectures se retrouvent dans les anciens lectionnaires et dans la célébration qui a lieu de nos jours. Ce sont notamment : Genèse 1, 1 -3, 24 : les deux récits de la création, le péché d’Adam et Ève qui sont alors chassés du paradis ; Genèse 28, 16-18 : la bénédiction de Jacob  par Isaac et le songe de Jacob ; Exode 12, 1-24 : la Pâque et les prescriptions qui la concernent ; Exode 14, 24 – 15, 21 : le passage de la mer Rouge et chant de victoire entonné par Moïse ; Jonas 1, 11 – 4, 11 Jonas jeté à la mer et sauvé ; la pénitence des habitants de Ninive ; Ézéchiel 37, 1-14 : Les ossements desséchés et la promesse de Dieu : « Je vais vous faire remonter de vos tombeaux » ; Daniel 3 : les juifs qui ont refusé d’adorer la statue d’or érigée par Nabuchodonosor sont jetés dans la fournaise et ne sont pas brûlés ; cantique d’Azarias et cantique de louange des trois jeunes gens dans la fournaise.

Après ces lectures, pendant que l’on chantait l’hymne des trois jeunes gens, les nouveaux baptisés, après leur halte à l’Anastasis, entraient avec l’évêque dans le Martyrium, où ils assistaient à la première célébration de l’eucharistie de la nuit pascale. Cette célébration était doublée par une autre, plus brève, à l’Anastasis. Égérie en parle, elle aussi :

« Aussitôt après l’office de la vigile dans l’église majeure, on va à l’Anastasis avec des hymnes. Là on lit à nouveau le passage de l’évangile de la résurrection, on fait une prière, puis l’évêque offre à nouveau l’oblation. Mais tout cela rapidement, à cause du peuple, pour ne pas le retarder très longtemps ; ensuite on le renvoie. Le renvoi de la vigile, ce jour-là, a lieu à le même heure que chez nous. » (38, 2)

 

Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme

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Chemin de croix près de Notre-Dame

Ce vendredi saint, le chemin de croix sous la présidence de l’archevêque de Paris a eu lieu sur l’Île Saint-Louis en présence d’un grand nombre de fidèles.

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Lettre du maire du 15ème arrondissement sur Notre-Dame de Paris

Le maire du 15ême arrondissement de Paris, Philippe Goujon, a réagi à l’incendie de Notre-Dame de Paris. Cette lettre – intitulée « Rebâtir Notre-Dame » – a été publiée sur le site de la mairie du 15ème arrondissement. Le maire propose notamment de contribuer à la souscription nationale en faisant un don à la Fondation du patrimoine. En outre, un registre a été ouvert dans cette mairie d’arrondissement parisien.

Madame, Monsieur,

 

Lundi soir, c’est une partie de notre Histoire qui a sombré dans les flammes, une part de notre civilisation, une part de l’âme de la France et de la Chrétienté, de son épopée, de son génie universel. Notre-Dame est bien l’un des symboles les plus forts de notre unité nationale, d’un héritage qui relie tous les Français, un sanctuaire rythmé par les drames et les espoirs, les liesses et les détresses de notre Nation et, peut-être surtout, une part intime de nous-mêmes.

 

C’est grâce à l’extraordinaire courage et à l’efficacité de nos soldats du feu qui ont œuvré au péril de leur vie, tout au long de cette terrible nuit, que ce joyau de notre architecture religieuse inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et admiré du monde entier a pu être sauvegardé.

 

J’ai une pensée particulière pour les Catholiques du monde entier, frappés par ce désastre en pleine semaine sainte.

 

Le moment est venu de rebâtir ce qui a été détruit en nous mobilisant par notre contribution à la souscription nationale ouverte par le Fondation du Patrimoine et relayée par la Mairie du 15e.

 

Notre-Dame, partie intégrante de notre geste nationale, de l’accueil de la Couronne d’épines par Saint-Louis au Te Deum de la Libération et aux funérailles nationales du général de Gaulle, sera encore plus belle parce que reconstruite grâce à l’effort de tous.

 

Philippe GOUJON

Source : site internet de la mairie du 15ème arrondissement de Paris

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CLER Amour & Famille – Session Aimer mieux du 30 mai au 2 juin 2019 à Venière (71)

Au-delà de la CRISE du COUPLE…
s’AIMER encore ? … s’aimer MIEUX… ?

Votre couple traverse des difficultés, vous doutez de la persistance de votre amour dans la turbulence de votre vie quotidienne, peut-être même êtes-vous au bord de la rupture.
Vous souhaitez prendre un temps de réflexion, de ressourcement, d’apaisement, pour faire le point, réfléchir en vérité au sens et à l’avenir de votre engagement.

Dans une ambiance de grande fraternité humaine, la session AIMER MIEUX vous permettra un travail approfondi qui s’articule autour des grands thèmes de la vie conjugale (la communication, la tendresse, la vie sexuelle, la connaissance et l’estime de soi, les conflits, les insatisfactions, le pardon et la réconciliation, un projet commun à réactiver ou à construire…) en étant accompagnés par des animateurs conseillers conjugaux.

CONTACT ET RENSEIGNEMENTS : Anne NAPOLEONI : aanapoleoni@hotmail.fr – Tél : 06 03 94 53 86

Présentation générale de la session : cliquez ici

Renseignement et inscriptions

CLER Amour et Famille :

• Aide les couples, les familles et toute personne qui le demande, dans leur vie affective et relationnelle en favorisant l’écoute, la communication, la confiance, la résolution de conflits…

• Soutient les parents dans la relation avec leurs enfants et leur permet de mieux comprendre le développement de l’enfant et de l’adolescent

• Informe les jeunes, participe à leur éducation affective, relationnelle et sexuelle et les aide à acquérir le sens de la responsabilité, du respect de soi et des autres

• Accompagne les adultes en responsabilité de jeunes sur les questions liées à l’éducation affective, relationnelle et sexuelle

CLER Amour et Famille, c’est :

• 80 équipes réparties sur toute la France

• 323 éducateurs, 185 conseillers conjugaux et familiaux et 55 moniteurs

• 74000 jeunes et 35000 adultes accompagnés chaque année

CLER Amour et Famille est :

• Association créée en 1962, régie par la loi 1901, reconnue d’utilité publique et d’intérêt général

• Agréé Jeunesse et Education populaire

• Agréé Organisme de formation pour le Conseil Conjugal et Familial et l’Éducation à la vie

• Membre de l’ANCCEF (Association Nationale des Conseillers Conjugaux et Familiaux)

• Mouvement associé au sein de la Conférence des Mouvements familiaux de l’Union Nationale des Associations Familiales

• En lien avec le Département Famille du Service National Famille et Société de la Conférence des Évêques de France

• Signataire d’une convention de partenariat avec le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique

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Exposition (jusqu’au 30 avril) et conférence (le 23 avril 2019) sur les chrétiens d’Orient à Bitche (57)

Exposition :

Du 15 au 30 avril 2019 à l’Eglise Sainte-Catherine mise en place d’une exposition sur le thème  “La Grande Aventure des Chrétiens d’Orient”

Conférence :

Mardi 23 avril à 20 heures à l’Eglise Sainte-Catherine.
Au cours de cette conférence, Alain Hatier, délégué pour la Moselle de l’Œuvre d’Orient, donnera une vision claire des difficultés vécues par les différentes communautés chrétiennes et les quatre grandes missions qu’effectue l’Œuvre d’Orient depuis 162 ans à leur service.

Contact : aj.hatier@gmail.com

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Grégoire de Nazianze Le sens profond du sacrifice du Christ

Grégoire de Nazianze († 390), dit le Théologien, discours 45, § 22, Pour la sainte Pâque, prononcé, selon Jean Bernardi (1969), le jour de Pâques 383 (9 avril), probablement à Nazianze (Cappadoce). Traduction sur le texte grec de Migne, PG 36, c. 624 C-664 C.

Le sens profond du sacrifice du Christ

 

Il me reste donc à vous exposer un fait et une doctrine négligés par la plupart, mais à mon avis tout à fait dignes d’être approfondis. Pourquoi en effet ce sang inappréciable, ce glorieux sang divin qui appartient à la fois au prêtre et à la victime, a-t-il été répandu pour nous ? Nous étions au pouvoir du malin, vendus par le péché et adonnés au mal avec volupté. Si le prix du rachat n’appartient qu’au possesseur des captifs, à qui, je le demande, ce prix reviendra-t-il et pour quelle raison ? Et si c’est au malin qu’il est dû, quelle offense ! Et si le voleur obtenait, comme rançon non pas seulement un bien venant de Dieu mais aussi Dieu lui-même, ce prix ne surpasserait-il pas tellement le bénéfice de sa tyrannie, que le ravisseur jugerait bon de nous épargner, même nous ? Si la rançon était donnée au Père… ; mais comment cela pourrait-il se faire ? Ce n’était pas lui qui nous maintenait dans les chaînes.

Et puis, pourquoi le sang de son Fils unique réjouirait-il le Père, lui qui n’a même pas agréé l’offrande d’Isaac (Genèse 22) par son père mais qui a transformé le sacrifice, mettant un bélier à la place de la victime raisonnable ? Il est bien évident que le Père a accepté cette offrande, non parce qu’il l’avait demandée ou qu’il en avait besoin, mais en vertu d’un plan mûrement réfléchi * et parce qu’il fallait que l’humanité fût sanctifiée par un Dieu ayant assumé la nature humaine  ; tout cela pour nous libérer, vaincre par la force celui qui nous tenait sous son empire et nous ramener par l’intercession du Fils dans la gloire du Père, l’auteur de ce plan, auquel le Fils se soumet manifestement en toutes choses (cf. I Corinthiens   15, 28). Voilà ce que j’ai à dire à propos du Christ. (Saint Grégoire de Nazianze. Textes choisis, traduits et présentés par Edmond Devolder [coll. Les Ecrits des saints], Namur, Editions du Soleil levant, 1961, p. 149-151).

 

Benoit Gain, Professeur de lettre classique, université de Grenoble

*Le mot grec, oikonomia, courant chez les Pères, désigne “le plan d’ensemble conçu par Dieu pour racheter et sauver l’humanité pécheresse”.

 

 

 

 

 

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La Grande Semaine à Jérusalem en 384 avec Égérie

Les premiers jours de la Grande Semaine

Au long des premiers jours de la Grande Semaine : lundi, mardi, mercredi, les offices se déroulent au fil des heures mais sont plus développés que durant les semaines précédentes du carême ; des temps de prière et de lectures bibliques s’y ajoutent tout au long de la journée et même d’une partie de la nuit. Les fidèles continuent d’observer un jeûne strict. Ils sont jour après jour conduits vers le Jeudi-Saint, revivant sur les lieux mêmes les événements qui ont précédé la Cène puis, au-delà, l’arrestation et la crucifixion de Jésus.

Le lundi

« Le lundi, on fait tout ce qu’il est d’usage de faire à l’Anastasis depuis le chant du premier coq jusqu’au matin ; de même, on fait à la troisième heure et à la sixième ce qu’on fait pendant tout le carême. A la neuvième heure, tous se rassemblent dans l’église majeure, c’est-à-dire le Martyrium, et là jusqu’à la première heure de la nuit, on dit continuellement des hymnes et des antiennes ; on lit des lectures appropriées au jour et au lieu, en intercalant toujours des prières. » (32, 1).

Le Lectionnaire arménien donne la liste de ces lectures à Jérusalem au Ve siècle : des passages de la Bible, en particulier de la Genèse, du Livre des Proverbes, du livre d’Isaïe et de l’évangile de Matthieu (20, 17-28). Tous ces textes, comme ceux qui seront lus les jours suivants, sont des textes-clefs de la Bible, par lesquels on entend annoncer le salut apporté par le Christ, grâce en particulier aux grandes figures de la Genèse : Adam, Noé, Abraham, Isaac.

« Le lucernaire aussi se fait là dès qu’il est l’heure de le faire, de sorte qu’il fait déjà nuit quand on fait le renvoi au Martyrium. Quand on a fait le renvoi, l’évêque est conduit, avec des hymnes, à l’Anastasis. Quand il est entré, on dit un hymne, on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles, et on fait le renvoi. » (32, 2).

 

Le mardi

« Le mardi, on fait tout comme le lundi. La seule chose que l’on ajoute le mardi, c’est à la nuit, le soir, quand on a fait le renvoi au Martyrium, qu’on est allé à l’Anastasis et qu’à nouveau on a fait le renvoi à l’Anastasis, tous, à ce moment-là, vont de nuit à l’église qui est sur la montagne de l’Éléona. Lorsqu’on est arrivé dans cette église, l’évêque entre dans la grotte – la grotte où le Seigneur avait coutume d’instruire ses disciples –, il prend le livre de l’évangile et, debout, il lit lui-même les paroles du Seigneur qui sont inscrites dans l’évangile selon Matthieu, là où il est dit : « Prenez garde que personne ne vous séduise ».  L’évêque lit ce discours en entier. Quand il l’a terminé, on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles, on fait le renvoi et chacun revient dans sa maison ; il est très tard, c’est déjà la nuit. » (33, 1-2)

Le Lectionnaire arménien précise l’extension de la péricope évangélique : il s’agit du « discours eschatologique » qu’une tradition ancienne, dont Égérie se fait l’écho, place dans la grotte de l’Éléona, d’où la station dans cette église deux jours avant la commémoration de l’arrestation de Jésus. Le texte commence ainsi en Matthieu, 24, 4 « Prenez garde qu’on ne vous abuse. Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens » et il se termine en Mt 26, 2 : « Et il arriva, quand Jésus eut achevé tous ces discours, qu’il dit à ses disciples : “La Pâque, vous le savez, tombe dans deux jours et le Fils de l’Homme va être livré pour être crucifié” ».

 

Le mercredi

« Le mercredi, on fait tout au long de la journée depuis le chant du coq, comme le lundi et le mardi. Mais après qu’on a fait le renvoi de nuit au Martyrium et qu’on a conduit l’évêque à l’Anastasis avec des hymnes, aussitôt l’évêque entre dans la grotte qui est dans l’Anastasis et il se tient à l’intérieur des grilles. Un prêtre se trouve devant la grille ; il prend l’évangile et lit le passage où Judas Iscariote alla trouver les Juifs et fixa le prix qu’ils donneraient pour livrer le Seigneur. » (34)

Il s’agit de Mt 26, 14-16 :« L’un des Douze qui s’appelait Judas Iscariote, alla trouver les grands prêtres et leur dit : “Que voulez-vous me donner et moi je vous le livrerai ? ”Ceux-ci lui versèrent trente pièces d’argent. Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le livrer ».

« Quand on a lu ce passage, ce sont de tels cris et de tels gémissements de tout le peuple qu’il n’est personne alors qui puisse n’être pas touché jusqu’aux larmes. Ensuite on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles, et on fait le renvoi » (34).

Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme

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Mgr Aupetit rappelle à Emmanuel Macron que le mot « catholique » n’est pas un gros mot !

Si, le soir de cet épouvantable incendie qui a détruit, en partie, Notre-Dame, le président de la République a fait une déclaration improvisée aux côtés de Monseigneur Michel Aupetit, en ayant une pensée toute particulière pour les catholiques, il n’en a pas été de même le lendemain, lors d’une déclaration solennelle annoncée à grand fracas, au son de la « Marseillaise ».

Devant Notre-Dame de Paris encore rougeoyante des terribles flammes qui resteront à jamais gravées dans les mémoires de millions d’hommes, le Président Macron avait fait une brève déclaration où l’on décelait une réelle émotion, sans doute la même ressentie par la nation : « Je veux ce soir, bien entendu avant tout, avoir une pensée pour les catholiques de France et partout à travers le monde, en particulier, en cette Semaine sainte. » Des mots qui sont allés au cœur de chacun de ces Français ayant été baptisés, et qui se sont achevés par une accolade spontanée et sincère du Président à l’archevêque de Paris et à Mgr Chauvet, recteur de la cathédrale, comme s’il s’agissait d’un signe de condoléances.

Ce même peuple chrétien attendait des mots aussi sincères, mardi soir à 20 heures. Le service de presse de l’Élysée avait annoncé une déclaration présidentielle improvisée. En fait, Emmanuel Macron suivait, sur un prompteur, un texte savamment édulcoré, étudié, dont chaque mot avait été soupesé. Sur la Toile, ce fut un déchaînement de tweets, notant la platitude de ces mots énoncés sans grande conviction, où la cathédrale était devenue, en quelque sorte, un monument sans âme.

Mercredi matin, Monseigneur Michel Aupetit, interviewé sur Sud Radio par Cécile de Manibus et Patrick Roger, constatait avec beaucoup d’amertume dans la voix : « Ça aurait été sympathique qu’il y ait un petit mot de compassion pour la communauté catholique. » En 5 minutes et 41 secondes, Emmanuel Macron n’a effectivement jamais prononcé le mot de chrétien et encore moins celui de catholique. « Car c’est quand même les catholiques qui font vivre la cathédrale Notre-Dame qui n’est pas un musée ! Si les gens viennent aussi nombreux, c’est parce que c’est un lieu de vie, animé par les catholiques. Et le mot catholique n’est pas un gros mot ! Ça vient du grec “universel”. »

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Mgr Aupetit “quelle est la différence entre un tas de pierres et une cathédrale ?”

“Notre chère cathédrale est à genoux. Nous savons bien qu’elle est bien autre chose qu’un tas de pierres. Toutes les réactions du monde entier le montrent. Car

“Notre chère cathédrale est à genoux. Nous savons bien qu’elle est bien autre chose qu’un tas de pierres. Toutes les réactions du monde entier le montrent. Car quelle est la différence entre un tas de pierres et une cathédrale ? C’est la même différence qu’entre un amas de cellules et une personne humaine. Un tas de pierres et un amas de cellules ne sont qu’un amoncellement informe. Dans une cathédrale ou une personne humaine, il y a un principe d’organisation, un principe d’unité, une intelligence créatrice. L’autre chose qui unit la cathédrale et la personne humaine, c’est l’onction qu’elles peuvent recevoir”

 

C’est la même différence qu’entre un amas de cellules et une personne humaine. Un tas de pierres et un amas de cellules ne sont qu’un amoncellement informe. Dans une cathédrale ou une personne humaine, il y a un principe d’organisation, un principe d’unité, une intelligence créatrice. L’autre chose qui unit la cathédrale et la personne humaine, c’est l’onction qu’elles peuvent recevoir”

Monseigneur Aupetit Messe chrismale 2019