« Notre relation avec l’Eglise de Corée est fondée sur le sang des martyrs »

« Notre relation avec l’Eglise de Corée est fondée sur le sang des martyrs » – Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans

Pour l’Eglise catholique de Corée, l’année 2016 marque le 150ème anniversaire de la dernière grande vague de persécution, celle de 1866, au cours de laquelle quelques 9 000 catholiques perdirent la vie. Outre différentes manifestations locales organisées par l’archidiocèse de Séoul, les évêques sud-coréens s’apprêtent à accueillir les représentants de huit diocèses français, dont six évêques, venus se recueillir sur les pas des martyrs français en Corée (voir notre article à ce sujet). Ce faisant, ce pèlerinage vise non seulement à faire mémoire du sang versé par des missionnaires étrangers et des baptisés coréens il y a un siècle et demi, mais aussi à réfléchir et méditer sur le sens du martyre aujourd’hui, souligne l’un des initiateurs de ce voyage, Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans.

Du 13 au 24 octobre, ce sont près de 70 personnes venues de France qui se rendront dans les différents diocèses où les martyrs français ont exercé leur apostolat missionnaire. Mgr Yves Le Saux souligne que l’étroitesse des liens partagés entre l’Eglise de France et l’Eglise de Corée a été, il y a quelques années, une découverte pour lui. Cette découverte s’est faite par l’entremise de saint Siméon Berneux, prêtre des Missions Etrangères de Paris (MEP), qui, originaire de Château-du-Loir, dans la Sarthe, fut vicaire apostolique de Corée, ordonné évêque en 1854 et est mort décapité à Saenamtheo (Saï-nam-hte), le 7 mars 1866. Siméon Berneux a été canonisé avec les autres martyrs de Corée – dont neuf autres membres des MEP – en 1984 à Séoul par le pape Jean-Paul II.

Pertinence de la spiritualité du martyre pour les temps présents

« En redécouvrant ce passage de l’histoire de l’Eglise de France, j’ai pris contact avec l’Eglise de Corée avec un double objectif : raviver la mémoire de ce martyr et de cette histoire dans mon propre diocèse, mais aussi me mettre à l’école de nos frères de Corée, de leur histoire, sachant que cette Eglise est une histoire de martyrs », précise Mgr Le Saux à Eglises d’Asie.

Dans le contexte qui est celui de l’Eglise de France aujourd’hui, ayant en tête l’actualité de ces derniers mois, l’évêque du Mans souligne la pertinence de la spiritualité du martyre pour les temps présents. « Si le plus haut degré de la charité est de donner sa vie, alors nous sommes tous appelés à nous positionner sur cette question du martyre, un martyre certes qui n’est pas nécessairement un martyre du sang versé, mais qui est présent dans tous les esprits », explique encore l’évêque du Mans.

L’Eglise de Corée étant une Eglise aujourd’hui particulièrement dynamique et présentant la particularité de se développer au sein d’une civilisation et d’une culture qui ne sont pas imprégnées par l’Evangile, l’évêque français insiste également sur le bienfait que l’Eglise de France peut avoir à venir observer « les pratiques missionnaires des Coréens ». L’Eglise en Corée compte de très nombreux catéchumènes et néophytes, et « nous, catholiques français, pouvons gagner à nous inspirer du dynamisme missionnaire de nos frères coréens ».

Des échanges avec des paroisses et des familles catholiques

Après plusieurs voyages en Corée ces dernières années, Mgr Le Saux emmène cette fois-ci avec lui des représentants de plusieurs autres diocèses. Il a ainsi associé à sa démarche les évêques des autres diocèses d’origine des martyrs MEP. Les diocèses du Mans, de Luçon, de Langres, de Digne, de Bordeaux, d’Aix-en-Provence, d’Amiens et d’Angoulême auront une délégation lors de ce pèlerinage auquel participeront également le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, Mgr Joseph de Metz-Noblat, évêque de Langres, Mgr Alain Castet, évêque de Luçon et Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Amiens. La visite des hauts lieux des martyrs de Corée est au programme, ainsi que des conférences et des échanges avec des paroisses et des familles catholiques coréennes ; les évêques français s’entretiendront, pour leur part, avec leurs pairs sud-coréens.

Rassemblant aujourd’hui un peu plus de 10 % des 50 millions de Sud-Coréens, l’Eglise catholique de Corée est parfois surnommée « le tigre asiatique de l’Eglise » et la communauté catholique de Corée du Sud s’est lancé un défi de taille avec l’ambitieux plan pastoral de la Conférence épiscopale de Corée, diffusé dans les paroisses dès 2008. Intitulé « Evangelization Twenty Twenty », il prévoit d’augmenter de 20 % d’ici 2020 le nombre de catholiques sud-coréens.

C’est au XVIIème siècle, sous la dynastie Joseon (Djo-son ou Choseon, 1392-1910), d’inspiration confucéenne, qu’a été introduit le catholicisme en Corée, d’une quête issue de lettrés locaux – et non d’une initiative missionnaire venue de l’étranger. Le premier Coréen catholique fut Pierre Yi-Sung-hun (1756-1801), baptisé en Chine, qui devint un fervent missionnaire de retour dans son pays. La condamnation par l’Eglise des rites confucéens du culte des ancêtres déclencha toutefois l’affrontement entre les chrétiens, la morale confucéenne et les usages de la dynastie Joseon. Plusieurs vagues de persécutions s’abattirent alors sur les chrétiens de Corée du XVIIIème siècle, à la fin du XIXème siècle. Outre les 103 martyrs canonisés en 1984 – dont saint André Kim Tae-gon, premier prêtre coréen –, l’Eglise de Corée compte 124 bienheureux, béatifiés en 2014 par le pape François à l’occasion de son voyage à Séoul.

Source : Eglise d’Asies

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