Les nouveaux casuistes, une gangrène insidieuse et dangereuse pour la foi, les moeurs et la vérité

Voici un long dossier de Mgr Schooyans, à lire… à tête reposée !

« On pourrait penser que la casuistique est morte et enterrée, que les controverses du 17ème siècle devraient être terminées une fois pour toutes.

Il est rare que l’un de nos contemporains lisent encore les Provinciales ( Lettres provinciales ) et les auteurs que Pascal attaque (1623-1662) qui y sont mentionnés. Ces auteurs sont des casuistes, c’est-à-dire des moralistes qui cherchent à résoudre des questions de conscience sans succomber au rigorisme. En relisant les fameuses Lettres provinciales, nous avons été frappés par la similitude qui émerge entre un document controversé écrit au 17ème siècle et les positions défendues aujourd’hui par les pasteurs et les théologiens qui aspirent à des changements radicaux dans l’enseignement pastoral et la Doctrine de l’Église.

Le récent Synode sur la Famille ( octobre 2014—octobre 2015 ) a révélé une pugnacité réformatrice dont les Provinciales nous donner une meilleure compréhension aujourd’hui. Par conséquent, Pascal vient à être connu dans une lumière inattendue.

Le trésor de l’Église 

Le Synode sur la Famille a révélé un malaise profond dans l’Église—une crise de croissance sans doute, mais aussi des débats récurrents sur la question des divorcés/remariés, sur les modèles pour la famille, le rôle des femmes, le contrôle des naissances, la maternité substitut, l’homosexualité et l’euthanasie. Il est futile de nous fermer les yeux : l’Église est mise au défi dans ses fondements mêmes. Ceux-ci se trouvent dans l’ensemble des Saintes Écritures, dans l’enseignement de Jésus, dans l’effusion du Saint-Esprit, dans l’annonce de l’Évangile par les Apôtres, dans une compréhension toujours plus fine de la Révélation, dans l’assentiment à la Foi par la communauté des croyants. Jésus a confié à l’Église la mission de recevoir ces vérités, en mettant en lumière leur cohérence et en les commémorant.

L’Église n’a pas reçu par le Seigneur soit une mission de modifier ces vérités ou une mission de réécrire le Credo. L’Église est la gardienne de ce trésor. L’Église devrait étudier ces vérités, les clarifier, faire approfondir leur compréhension par l’homme et inviter tous les hommes à y adhérer par la Foi. Il y a même des discussions — sur le mariage, par exemple — qui ont été conclues par le Seigneur lui-même. C’est précisément pour dissimuler ces vérités historiques que les descendants des Pharisiens ont nié l’historicité des Évangiles (Marc 10 :11). [ note : l’auteur fait ici référence à la phrase de Jésus : « Si un homme renvoie sa femme et en épouse une autre, il commet un adultère envers la première » ]

L’enseignement du Seigneur a une dimension morale exigeante. Cet enseignement nous pousse certainement à une adhésion rationnelle à la Règle d’Or, sur laquelle les grands sages de l’humanité ont médité pendant des siècles. Jésus amène cette règle à sa perfection. Mais la Tradition de l’Église a ses propres préceptes de conduite parmi lesquels l’amour de Dieu et du prochain est primordial. « Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous : c’est là ce qu’enseignent les livres de la loi de Moïse et des Prophètes » (Matthieu 7 :12). Ce double Commandement est la référence fondamentale pour les actions du Chrétien. Le Chrétien est appelé à s’ouvrir à l’inspiration de l’Esprit, qui est l’amour, et à répondre à cette inspiration par la Foi, qui agit par l’amour (Galates 5 : 6). Entre l’un, l’amour, et l’autre, la Foi, le lien est indissoluble.

Si, dans l’enseignement de l’Église, ce lien est brisé, la morale Chrétienne s’enfonce dans diverses formes de relativisme ou de scepticisme au point de se contenter d’opinions subjectives et fluctuantes. Il n’y a plus aucune référence à la vérité, ni à l’autorité qui la garantit. La transgression est finalement abolie parce que les points de référence moraux donnés par Dieu à l’homme sont rejetés. L’homme, sera-t-il même suggéré, n’a plus besoin d’aimer Dieu afin d’obtenir le salut ou de croire en son amour. La moralité est fatalement divisée et la porte s’ouvre au légalisme, à l’agnosticisme et à la sécularisation.

Dans son enseignement, saint Paul nous exhorte à éviter les pièges d’une morale dépourvue de racines dans la Révélation. C’est ainsi qu’il exhorte les Chrétiens :

« Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait » (Romains 12 : 2).

« Voici ce que je demande à Dieu dans ma prière : que votre amour grandisse de plus en plus, qu’il soit enrichi de vraie connaissance et de compréhension parfaite, pour que vous soyez capables de discerner ce qui est bien ».(Ph 1, 9 s ., 1 Thess 5 : 19-22)

Le retour de la casuistique 

On perçoit ici le retour de la casuistique, censé permettre aux moralistes d’examiner et de résoudre les questions de conscience. Certains moralistes ont l’intention d’offrir des solutions qui plaisent à ceux qui ont recours à leurs connaissances supérieures. Parmi les casuistes d’hier et d’aujourd’hui, les principes fondamentaux de la morale sont éclipsés par les opinions ( souvent divergentes ) prononcées par ces conseillers spirituels sérieux. Le désintérêt avec lequel la morale fondamentale est maintenant perçue ouvre la voie à l’introduction d’une loi positive qui élimine les normes de conduite de toute référence restante aux règles fondamentales de la moralité.

Le casuiste, ou néo-casuiste, est devenu législateur et juge. Il cultive l’art de dérouter les fidèles. Le souci de la vérité, révélée et accessible à la raison, est maintenant sans intérêt. En fin de compte, le seul intérêt sera dans les positions « probables ». Grâce au <i<probabilisme< i=””>, une proposition est ouverte à des interprétations contradictoires.

Le probabilisme permettra de souffler d’abord chaud, puis froid, pour et contre. L’enseignement de Jésus est oublié : « Si c’est oui, dites « oui », si c’est non, dites « non », tout simplement ; ce que l’on dit en plus vient du Mauvais ». (Matthieu 5 :37, Jacques 5 :12, 2 Col. 1 :20). Cependant, chaque néo-casuiste ira avec sa propre interprétation. La tendance est à la confusion des propositions, à la duplicité, à la double ou à la triple vérité, à une avalanche d’interprétations. Le casuiste a un cœur divisé mais a l’intention d’être un ami du monde (Jacques 4 : 4-8).

Progressivement, les règles de comportement issues de la Volonté du Seigneur et transmises par le Magistère de l’Église languissent en déclin. L’évaluation morale des actes peut donc être modifiée. Non contents d’atténuer cette appréciation, les casuistes souhaitent transformer la loi morale elle-même. Ce sera la tâche des casuistes-confesseurs, des conseillers spirituels et, à l’occasion, des Évêques. Tous doivent avoir un souci de plaire. Ils doivent en conséquence recourir au compromis et accommoder leurs arguments à la satisfaction des passions humaines : personne ne doit être repoussé. L’évaluation morale d’un acte ne dépend plus de sa conformité à la Volonté de Dieu, telle qu’elle nous a été révélée par la Révélation. Cela dépend de l’intention de l’agent moral, et cette intention peut être modulée et modelée par le conseiller spirituel qui « soutient » ses disciples. Pour plaire, le conseiller spirituel devra adoucir la rigueur de la Doctrine transmise par la Tradition. Le pasteur devra adapter ses paroles à la nature de l’homme dont les passions sont naturellement entraînées vers le péché. D’où la relégation progressive des références au péché et à la grâce originels.

L’influence de Pélage ( un moine d’origine britannique ) est évidente : l’homme doit se sauver lui-même et prendre sa destinée en mains. Dire la vérité ne fait pas partie du rôle du casuiste, qui doit captiver, présenter une argumentation engageante, favoriser la faveur, rendre le salut facile et ravir ceux qui aspirent à « s’entourer d’une foule de maîtres qui leur diront ce qu’ils aiment entendre » (2 Tim 4 : 3)

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Bref, l’éclipse de l’apport décisif de la Révélation à la morale ouvre la voie à l’investiture du casuiste et crée un espace favorable à la mise en place d’un gouvernement des consciences. L’espace rétrécit pour la liberté religieuse telle qu’elle est offerte dans les Écritures aux enfants de Dieu et inséparable de l’adhésion à la Foi dans le Seigneur.

Passons à l’analyse d’exemples de domaines dans lesquels les actions des néo-casuistes d’aujourd’hui émergent clairement. 

Le gouvernement des consciences

Avec l’arrivée, dans l’Église, des gouverneurs de conscience, nous percevons la proximité de la notion casuistique de gouvernement de la Cité, avec cette notion que l’on retrouve, par exemple, dans Machiavel, Boétie et Hobbes. Sans s’affirmer ni ne s’en rendre responsables, les néo-casuistes sont certainement les héritiers de ces maîtres dans l’art de gouverner des esclaves. Un Dieu mortel, le Léviathan définit ce qui est juste et ce qui est bon ; il décide ce que les hommes devraient penser et souhaiter. C’est lui, le Léviathan, qui gouverne les consciences, les pensées et les actions de tous ses sujets. Il ne rend compte à personne.

Avec les trois auteurs cités plus haut, nous pouvons voir que les néo-casuistes se sont alignés sur les théoriciens de la tyrannie et du totalitarisme. L’ABC du pouvoir totalitaire ne consiste-t-il pas tout d’abord à la subjugation, à l’aliénation de la conscience ? Par ce moyen, les casuistes offrent une garantie solide à tous ceux qui souhaitent mettre en place une seule religion civile qui est facilement contrôlable et des lois discriminatoires à l’égard des citoyens.

L’adaptation des Sacrements ? 

Pour plaire à tous, il faut « adapter » les Sacrements. Prenons le cas du Sacrement de Pénitence. Le désintérêt avec lequel ce Sacrement est aujourd’hui perçu peut être compris à travers le « rigorisme » démontré par les confesseurs à l’époque des anciens. Du moins, nous en sommes ainsi assurés par les casuistes. Aujourd’hui, le confesseur devrait apprendre à faire de ce Sacrement qu’il plaise aux pénitents. Cependant, en atténuant la sévérité attribuée à ce Sacrement, le casuiste sépare le pénitent de la grâce offerte par Dieu. Le néo-casuiste d’aujourd’hui éloigne le pécheur de la Source Divine de la Miséricorde, mais c’est à cette Source que le pécheur doit revenir.

Les conséquences de cette déviation délibérée sont paradoxales et dramatiques. La nouvelle morale conduit le Chrétien à rendre futile le Sacrement de Pénitence et, par conséquent, la Croix du Christ et Sa Résurrection (1 Col. 1 :17). Si ce Sacrement n’est plus reçu comme une des manifestations majeures de l’Amour Miséricordieux de Dieu pour nous, s’il n’est plus perçu comme nécessaire au salut, il cessera bientôt d’être nécessaire à instruire les Évêques et les prêtres d’offrir l’Absolution aux pécheurs . La rareté et, en fin de compte, la disparition de l’offre Sacramentelle du Pardon par le prêtre conduiront et, en réalité, a déjà conduit, à d’autres aliénations, y compris celle du Sacerdoce ordonné et de l’Eucharistie. Et ainsi de suite pour les Sacrements de l’initiation Chrétienne ( Baptême et Confirmation ) et le Sacrement des malades, sans parler de la liturgie en général.

En tout cas, pour les néo-casuistes, il n’y a plus de Révélation à recevoir ni de Tradition à transmettre. Comme il a déjà été remarqué : « La vérité, c’est ce qui est nouveau ! » Le nouveau est le nouveau sceau de la vérité. Cette nouvelle casuistique amène les Chrétiens à faire une rupture nette avec le passé. Enfin, l’obsession ducompromis pousse les nouveaux casuistes vers un retour à la nature, comme avant le péché originel.

La question du « re-mariage »

L’enseignement des néo-casuistes rappelle l’esprit de compromisdémontré dans une large mesure par les Évêques Anglais vis-à-vis Henri VIII. Cette question a de la pertinence aujourd’hui bien que le mode de compromis soit différent. Qui sont les clercs de tous les Ordres qui cherchent à plaire aux puissants de ce monde ? Est-ce qu’ils font serment ou refusent ? Combien grand est le nombre de pasteurs de tous les rangs qui souhaitent faire allégeance aux puissants de ce monde bien que ce soit facile et sans la nécessité de jurer publiquement fidélité aux nouvelles « valeurs » du monde aujourd’hui ? En poussant pour faciliter le « remariage », les néo-casuistes donnent leur soutien à tous les acteurs politiques qui minent le respect de la vie et de la famille. Avec leur aide, les déclarations de nullité seront faciles à obtenir de même que seront les « mariages » flexibles ou répétés.

Les néo-casuistes montrent un grand intérêt dans les cas de personnes divorcées qui sont « remariées ». Comme dans d’autres cas, les différentes étapes de leur approche fournissent une bonne illustration de la tactique du salami ( une expression inventée par Matyas Rákosi ), selon laquelle ce que l’on ne concéderait jamais dans son ensemble est concédé tranche par tranche.

Alors voyons ensemble ce processus. Première tranche : au point de départ, nous trouvons des références à l’enseignement de l’Écriture sur le Mariage et la Doctrine de l’Église sur cette question. Deuxième tranche : l’accent est mis sur les difficultés à « recevoir » cet enseignement. Troisième tranche, sous la forme d’une question : est-ce que les divorcés/remariés sont dans un état de péché grave ? La quatrième tranche se compose de l’entrée sur la scène du conseiller spirituel qui aidera les personnes divorcées/remariées à « discerner » — c’est-à-dire choisir ce qui leur convient dans leur situation. Le conseiller spirituel doit se montrer compréhensif et indulgent. Il doit faire preuve de compassion, mais quelle compassion ?

Pour le casuiste, en effet, lorsque l’on entreprend une évaluation morale d’un acte, le souci de compassion doit primer sur l’évaluation des actions objectivement mauvaises. Le conseiller doit être indulgent et s’adapter aux circonstances.

Avec la cinquième tranche de salami, chaque individu sera capable de discerner, personnellement et en toute liberté de pensée ce qui lui convient le mieux. En effet, le long du chemin, le mot discernementest devenu équivoque et ambigu. Il ne doit pas être interprété dans le sens Paulinien rappelé dans les références scripturaires citées plus haut. Il ne s’agit pas de rechercher la Volonté de Dieu, mais de discerner le bon choix, le choix qui maximisera le « ce qu’ils aiment entendre ».

Homicide 

L’homicide est une autre question qui mérite notre attention. Nous allons maintenant nous concentrer sur la question de la déviation d’intention. Selon la casuistique classique du 17ème siècle, l’homicide pouvait provenir d’un désir de vengeance, ce qui est un crime. Pour éviter cette définition criminelle, il fallait s’écarter de cette intention criminelle, l’intention de se venger, et assigner à l’homicide une intention différente, moralement permise. Plutôt que d’invoquer la vengeance comme motif, le casuiste invoquait, par exemple, le désir de défendre son honneur, considéré comme moralement admissible.

Nous verrons maintenant comment cette déviation de l’intention est applicable aux questions modernes. L’argument est le suivant : Mme X souhaite avorter le bébé qu’elle attend ; le bébé n’est pas désiré. Pourtant, l’avortement est un crime moralement inadmissible. L’intention est ensuite déviée, avec pour résultat que l’intention initiale est effacée. Pas avec l’intention de se libérer d’un bébé indésirable ! Au lieu de cette intention initiale, on fera valoir que, dans certaines circonstances, l’avortement est moralement admissible parce que, par exemple, son objectif est de sauver la vie de personnes malades, en fournissant aux médecins des parties anatomiques en bon état et à laquelle un prix est attaché. L’intention définit la qualité morale du don. Ainsi, il est possible de plaire à un large éventail de bénéficiaires dont la « générosité » et la « liberté d’esprit » des casuistes ne perdent aucune chance de flatter.

Les enseignements de l’Église sur l’avortement sont bien connus. Dès que la réalité de l’être humain est établie, l’Église enseigne que la vie et la dignité de cet être doivent être respectées. La Doctrine de l’Église sur cette question est constante et attestée dans toute la Tradition.

Cette situation trouble certains néo-casuistes. Ils ont donc inventé une nouvelle expression : l’humanisation de l’embryon. Il n’y a pas — disent-ils — d’humanisation de l’embryon à moins qu’une communauté ne souhaite accueillir cet embryon. C’est la société qui humanise l’embryon. Si la société refuse d’humaniser l’embryon, il ne peut y avoir d’homicide, étant donné que la réalité humaine de cet embryon n’est pas reconnue.

Dans les exemples que nous citons ici, la tactique du salami vient en aide aux néo-casuistes. Au départ, l’avortement est clandestin, puis présenté comme exceptionnel, puis rare, puis facilité, puis légalisé, puis habituel. Ceux qui s’opposent à l’avortement sont dénigrés, menacés, ostracisés, condamnés. C’est ainsi que les institutions politiques et la loi sont démontées.

Notons que grâce aux casuistes, l’avortement est d’abord facilitédans l’Église, et de là dans l’État. La même chose s’applique maintenant au « remariage ». La loi positive prend le relais de la nouvelle morale. Elle trouve son inspiration chez les néo-casuistes. Cela a été observable, en France, lors des débats sur la législation sur l’avortement. C’est un scénario qui pourrait se propager à travers le monde. Sous l’impulsion des néo-casuistes, l’avortement pourrait être déclaré un nouveau « droit humain » à l’échelle universelle.

L’euthanasie 

La question de l’euthanasie mérite également la discussion. Cette pratique devient de plus en plus étendue dans les pays Occidentaux traditionnellement Chrétiens. Les démographes attirent régulièrement l’attention sur le vieillissement de la population dans ces régions du monde. L’espérance de vie à la naissance augmente presque partout. En principe, le vieillissement en soi est une bonne nouvelle. Pendant des siècles, dans le monde entier, les hommes ont lutté contre la mort prématurée. Au début du XIXe siècle, l’espérance de vie à la naissance était souvent de trente ans. Aujourd’hui, l’espérance de vie est d’environ quatre-vingts ans.

Cependant, cette situation va générer des problèmes de toutes sortes. Mentionnons-en un : qui paiera les pensions ? L’euthanasie des personnes âgées pénibles et onéreuses permettrait certainement de réaliser de meilleures économies. Il sera alors dit qu’il est nécessaire d’aider les personnes âgées onéreuses à « mourir dans la dignité ». Parce qu’il est politiquement difficile de reporter l’âge de la retraite, l’espérance de vie sera réduite. Le processus a déjà commencé dans certaines régions d’Europe — d’où une réduction des soins de santé, de produits pharmaceutiques et, surtout, une réduction de la facture des pensions de retraite. Parce que les personnes à la juste pensée politiquement correcte rechignent devant un programme aussi austère, l’intention doit être modifiée pour pouvoir adopter une loi légalisant l’euthanasie.

La façon de procéder ? En développant un argument pitoyable sur lacompassion. Il est nécessaire de plaire à toutes les catégories de personnes touchées par ce programme. Ces personnes doivent être persuadées de souscrire à un plan dont l’objectif est de donner la mort « dans de bonnes conditions » et « dans la dignité ». La mort dans la dignité serait le point culminant de la qualité de vie ! Plutôt que de recommander un traitement palliatif et d’entourer la personne malade d’affection, sa fragilité sera mise à mal ; elle sera induite en erreur quant au traitement fatal à infliger.

Des néo-casuistiques vigilants seront sur place pour vérifier que l’acte homicide « autorisant » le don de la mort est conforme à la loi positive. La coopération d’aumôniers soigneusement préparés sera particulièrement appréciée pour authentifier la compassion manifestée dans la mort donnée en cadeau.

La fête des casuistes 

Les discussions au cours du Synode sur la Famille ont révélé la détermination avec laquelle un groupe de pasteurs et de théologiens n’hésitent pas à saper la cohésion Doctrinale de l’Église. Ce groupe fonctionne à la manière d’un parti puissant, international, bien nanti, organisé et discipliné. Les membres actifs de ce parti ont un accès facile aux médias ; ils apparaissent souvent sans masques. Ils fonctionnent avec le soutien de certaines des plus hautes autorités de l’Église. La cible principale de ces militants est la morale Chrétienne, critiquée pour être d’une sévérité incompatible avec les « valeurs » de notre temps. Nous devons trouver des moyens qui conduisent l’Église à plaire, en réconciliant son enseignement moral avec les passions humaines.

La solution proposée par les néo-casuistes commence par remettre en cause la morale fondamentale, puis à obscurcir la lumière naturelle de la raison. La signification originelle des références à la morale Chrétienne révélées dans l’Écriture et l’enseignement de Jésus est déformée. Les préceptes de la raison sont considérés comme indéfiniment discutables — le probabilisme prévaut. Une primauté devrait être accordée à la volonté de ceux qui sont assez puissants pour imposer leur volonté. Des partenariats disproportionnés avec les incroyants seront formés sans hésitation (voir 2 Col. 6 :14).

Cette morale volontariste aura les mains libres pour se mettre au service du pouvoir politique, de l’État, mais aussi du marché, de la haute finance, de la loi, etc. Concrètement, il faudra bien corrompre les chefs politiques, les champions de la fraude fiscale, les usuriers, les avorteurs, les fabricants de pilules, les avocats prêts à défendre les causes les moins défendables, les agronomes enrichis par des produits transgéniques, etc. La nouvelle morale pénétrera donc insidieusement dans les médias, les familles, les écoles, les universités, les hôpitaux et les tribunaux.

Cela a conduit à la formation d’un corps social qui refuse d’accorder la première place à la recherche de la vérité mais qui est très actif là où il y a des consciences à gouverner, des assassins à rassurer, des malfaiteurs pour des citoyens libres et aisés. Grâce à ce réseau, les néo-casuistes pourront exercer leur influence sur les rouages de l’Église, influencer le choix des candidats aux hautes fonctions et forger des alliances qui mettent en péril l’existence même de l’Église.

Vers une religion de compromis ?

Le texte ici produit n’a pas pour but d’exposer un essai sur le Synode consacré à la Famille. Il vise à attirer l’attention sur le clivage entre le Dogme et la Morale, sur la confusion entre la Vérité et la nouveauté, entre la Morale et le Droit positif, entre la Vérité et l’Action, et sur le discernement troublant d’énoncés équivoques.

Ce qui est le plus troublant à l’égard des casuistes, c’est leur désintérêt pour la vérité. En eux, nous trouvons un relativisme, voire un scepticisme, ce qui signifie qu’en termes de moralité, il convient d’agir selon la norme la plus probable. On devrait choisir la norme qui, dans une circonstance donnée, est considérée comme la plus agréable à une personne donnée, à un adepte spirituel donné, à un public donné. Cela s’applique à la Cité comme aux hommes. Tout le monde doit faire son choix — et non en termes de vérité, mais en termes de circonstances. Les lois de la Cité ont aussi leur origine dans les circonstances. Les meilleures lois sont celles qui plaisent le plus et qui plaisent au plus grand nombre. Nous assistons donc à l’expansion d’une religion de compromis, voire d’utilitarisme individualiste puisque le souci de plaire aux autres n’éteint pas le souci de se faire plaisir.

Pour plaire, les casuistes doivent être à jour avec les développements actuels, attentifs aux nouveautés. Les Pères de l’Église des générations précédentes et les grands théologiens du passé, même du passé récent, sont présentés comme inadaptés à la situation actuelle dans l’Église ; ils sont considérés comme démodés. Pour les casuistes, la Tradition de l’Église doit être filtrée et fondamentalement remise en question. Alors que nous en sommes sérieusement assurés par les néo-casuistes, nous savons ce que l’Église devrait faire aujourd’hui pour plaire à tous (Jean 9). Le désir de plaire s’adresse particulièrement aux gagnants. La nouvelle morale sociale et politique devrait traiter ces personnes avec soin. Ils ont un mode de vie à protéger et même à améliorer ; ils doivent maintenir leur rang. Tant pis pour les pauvres, qui n’ont pas les mêmes contraintes matérielles ! Certes, il faut aussi plaire aux pauvres, mais il faut reconnaître qu’ils sont moins « intéressants » que les personnes influentes. Tout le monde ne peut pas être un gagnant !

La moralité des casuistes ressemble finalement à une gnose distillée dans certains cercles, une connaissance que l’on pourrait appeler ésotérique, ciblée sur une minorité de personnes qui n’ont pas besoin d’être sauvées par la Croix de Jésus. Le Pélagianisme a rarement autant fleuri.

La morale traditionnelle de l’Église a toujours reconnu qu’il y a des actes qui sont objectivement mauvais. Cette même théologie morale reconnaît aussi, et l’a fait depuis longtemps, l’importance des circonstances. Cela signifie que, dans l’évaluation d’un acte, il faut tenir compte des circonstances dans lesquelles l’acte a été commis et des niveaux de responsabilité ; c’est ce que les moralistes appellent en anglais accountability [ français : rendement de compte, responsabilité pour les résultats — un peu différent de la responsabilité comme telle ]. Les casuistes d’aujourd’hui procèdent de la même manière que leurs fondateurs : ils minimisent l’importance de la morale traditionnelle et insistent trop sur le rôle des circonstances. En cours de route, la conscience est conduite à se tromper elle-même parce qu’elle se laisse déformer par le désir de plaire.

Ainsi, on perçoit dans les médias que les casuistes sont fréquemment transpercés par un monde destiné à disparaître. Trop souvent, ils oublient qu’avec Jésus, un nouveau monde a déjà commencé. Nous rappelons ce point central de l’histoire humaine : « Maintenant, Je fais toutes choses nouvelles ». (Apocalypse 21 : 5). Nous retournons à Saint Paul :

Il doit y avoir un renouvellement dans la vie intérieure de votre esprit ; vous devez être revêtus du nouveau moi, créé à l’image de Dieu, justifié et sanctifié par la Vérité. (Éphésiens 4 : 2-3 s.)

Les actions des casuistes aujourd’hui affectent non seulement l’enseignement moral de l’Église, mais aussi l’ensemble de la théologie dogmatique, en particulier la question du Magistère. Ce point est souvent insuffisamment souligné. L’unité de l’Église est en péril où il y a des suggestions biaisées, parfois démagogiques, des propositions de décentralisation, largement inspirées par la réforme Luthérienne. Mieux vaut être responsable devant les princes de ce monde que d’affirmer l’unité autour du Bon Pasteur !

Le caractère sacré de l’Église est en péril quand les casuistes exploitent les faiblesses de l’homme et prêchent une dévotion qui est facile et négligente de la Croix. La Catholicité est en péril là où l’Église s’aventure sur le chemin de Babel et sous-estime l’effusion de l’Esprit Saint, le don des langues. N’est-ce pas Lui, l’Esprit, qui rassemble la diversité de ceux qui partagent la même Foi en Jésus, le Fils de Dieu ? L’apostolicité de l’Église est en péril où, au nom de l’exemption, mal comprise, une communauté, un « parti » est exempté de la juridiction de l’Évêque et considéré comme directement responsable devant le Pape.

Beaucoup de néo-casuistes sont exemptés. Comment peut-on douter que cette exemption affaiblisse le Corps Épiscopal dans son ensemble ?

De Mgr Michel Schooyans sur le site One Peter Five via le site Dieu et moi le Nul sans Lui 

Source Belgicatho

 

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