Un nouvel ouvrage sur les évêques chinois

La Librairie Éditrice du Vatican vient de publier un livre intéressant sur les évêques chinois. C’est ce que révèle le site Diakonos. Ainsi, ce dossier publié par Gianni Cardinale, spécialiste en géopolitique vaticane, traite des différents diocèses chinois, dont il donne les noms des évêques, quel que soit leur statut (officiel ou clandestin, légitime aux yeux de Rome ou en situation irrégulière – il y en a encore 7 dans ce cas).

Mais il évoque surtout les 75 évêques morts de 2004 à nos jours, “tous décimés par des années voire des décennies de captivité, de travaux forcés, de camps de rééducation, de détention à domicile et flanqués en permanence de policiers.” Il est intéressant de constater que cet ouvrage est publié par la maison d’édition du Saint-Siège. Visiblement, la énième main tendue de Rome ne convainc pas, y compris dans les arcanes du Vatican, car elle laisse craindre une fragilisation des catholiques de Chine ; le contrôle du pouvoir est bien présent, comme peuvent en attester certains témoignages, y compris récents.

Comme le souligne le site Diakonos, le calvaire ne remonte pas aux années 1950 et ne s’est pas arrêté après la Révolution culturelle :

Le calvaire des évêques chinois ne remonte pas seulement à l’époque lointaine de Mao Tsé-Toung et à la Révolution Culturelle, quand l’objectif déclaré du régime était d’anéantir l’Eglise catholique et de créer un simulacre coupé de Rome qui lui soit entièrement soumis. Il s’est poursuivi même après la sortie de prison des évêques ou futurs évêques, contraints pour survivre à travailler dans une mine de sel ou dans une carrière de pierre, à faire paître les porcs, à cuire des briques ou pour les plus chanceux à ressemeler des chaussures ou à faire du commerce ambulant.

En effet, il existe des situations épiscopales inquiétantes :

En 2005 encore, on apprenait la mort de Jean Gao Kexian, évêque du diocèse de Yantai, dont on avait perdu la trace depuis qu’il avait été séquestré par la police en 1999. Le même sort fut réservé en 2007 à un autre évêque, Jean Han Dingxiang, du diocèse de Yongnian, emprisonné pendant vingt ans avant d’être relâché et qu’on a ensuite fait disparaître en 2006 avant d’informer ses proches de sa mort alors qu’il avait déjà été incinéré et enterré dans un lieu inconnu. En 2010, c’était au tour d’un autre évêque, Jean Yang Shudao du diocèse de Fuzhou, de mourir après avoir passé vingt-six ans en prison et toutes les années qui suivirent « contraint de rester quasi en permanence en détention à domicile et sous contrôle strict ». Sans parler des tribulations des derniers évêques de Shanghai, le jésuite Joseph Fan Zhingliang, mort en 2014 après « avoir exercé le ministère dans la clandestinité » et son successeur Thaddée Ma Daqin, aux arrêts depuis 2012 pour s’être dissocié de l’Association Patriotique des Catholiques Chinois – en parfaite obéissance à Rome qui juge qu’appartenir à cette association est « incompatible » avec la foi catholique – et depuis lors plus jamais libéré malgré qu’il se soit rétracté de sa dissociation il y a un an. Cette année aura connu la séquestration et la détention dans un lieu inconnu de l’évêque Pierre Shao Zhumin du diocèse de Wenzhou, dont en premier lieu l’ambassade d’Allemagne en Chine et ensuite le Saint-Siège lui-même ont demandé publiquement la remise en liberté le 26 juin dernier, une demande ignorée par les autorités.

Dans cette discussion entre Rome et Pékin, il existe de très sérieux obstacles, notamment en raison de la situation de certains évêques.

D’une part, il s’agit de celle des évêques clandestins par rapport à la Conférence épiscopale chinoise (la conférence officielle non reconnue par Rome) :

Le premier c’est que le Conférence épiscopale chinoise, qui est censée présenter les candidats, n’est composée à l’heure actuelle que d’évêques officiellement reconnus par Pékin et ne comporte aucun de la trentaine d’évêque « clandestins » qui ne sont reconnus que par Rome et qu’il n’y a pas moyen de convaincre les autorités chinoises de les intégrer eux aussi.

D’autre part, la situation des évêques illicites reste toujours problématique, ne serait-ce que certains ont été excommuniés ou parce que certains ont même maîtresse et enfants…

Le second obstacle, ce sont ces sept évêques « officiels » que le régime prétend faire reconnaître également par le Saint-Siège alors que trois d’entre eux ont été publiquement excommuniés et que deux d’entre eux ont maîtresse et enfants.

Bref, “une douche glacée du Vatican sur les négociations avec Pékin.”  Et elle est de poids en raison de cette confusion qui sévit au pays de Confucius…

SOURCE – Diakonos

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