Une nouvelle traduction pour le Notre Père – Pourquoi avoir attendu 2017 ?

Une nouvelle traduction pour le Notre Père – Pourquoi avoir attendu 2017 ?

Le 3 décembre prochain, la nouvelle version du Notre Père entrera en vigueur en France. Avec un changement notable : « Ne nous soumets pas à la tentation » devient « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Les explications du P. Éric Morin, coordinateur de l’École Cathédrale au Collège des Bernardins.

Paris Notre-Dame : Pourquoi avoir changé la traduction du sixième et avant-dernier verset du Notre Père ?

P. Éric Morin – La traduction la plus littérale du texte grec des Évangélistes est celle que nous connaissons actuellement : « Et ne nous soumets pas à la tentation ». Cette traduction n’est donc pas fausse mais a l’inconvénient majeur de heurter le sens commun, car Dieu ne soumet pas à la tentation. Cela, la lettre de saint Jacques (1, 13) le dit très clairement. « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : “Ma tentation vient de Dieu.” Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. » Cependant, Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (10, 12-14), dit quelque chose d’un peu différent : Dieu, dit Paul, donne la tentation, mais il donne aussi les moyens d’y résister. D’une certaine façon, il nous tente car il nous fait un don. Et la tentation est d’oublier que ce don vient de lui. Ainsi Dieu donne la vie, et la tentation radicale est d’oublier que la vie est un don de Dieu. La nouvelle traduction insiste sur cet aspect-là : si Dieu ne veut pas la tentation pour elle-même, elle fait partie de la liberté octroyée à l’homme. Mais comme le souligne saint Paul, Dieu procure aussi les moyens de résister au péché.

P. N.-D. – Pourquoi avoir attendu 2017 pour modifier cette phrase ? Qui décide ?

É. M. – Pour la traduction en français, ce sont les différentes conférences des évêques francophones qui doivent se mettre d’accord. Et c’est un des aspects de la difficulté. Quand le missel de Paul VI est sorti en 1970, l’attente était vive. Il a fallu traduire ce texte et le traduire vite. Personne n’a jamais dit que cette version était parfaite. La démarche entreprise depuis plusieurs années pour une nouvelle transcription du missel s’avère plus compliquée que prévue, les tenants d’une traduction littérale se heurtent à ceux qui souhaitent que l’on prenne en compte la langue de destination. Or la liturgie est là pour éduquer le peuple de Dieu, pour l’informer au sens de former de l’intérieur. Donc à mon sens, il ne faut pas coller à la source mais prendre davantage en compte ceux à qui on destine le texte. Au-delà de ces problèmes de traduction, il me semble important de rappeler que le Notre Père est la prière du Fils à son Père. Cette prière, Jésus nous l’a confiée, et ce faisant, ce n’est pas moi qui prie quand je la récite, mais c’est le Christ qui prie en moi. La phrase qui précède le Notre Père « comme Jésus nous l’a enseigné, nous osons dire » marque l’audace de ces mots, audace qui ne vient pas de nous mais du Christ. C’est une prière de fils et de filles, et quand nous la récitons ensemble nous laissons le Fils nous faire frères. Et nous faisons communauté.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

 

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Voir aussi Ne nos inducas, un peu de vocabulaire

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