OSCE, le Saint-Siège passe en revue les “atrocités” que subissent les chrétiens d’Orient

Lors de la conférence organisée par l’OSCE sur la lutte contre l’intolérance et la discrimination contre les chrétiens, qui s’est tenue le 14 décembre 2016 à Vienne, le Saint-Siège est intervenu sur les nombreuses intolérances dont sont victimes les chrétiens en Syrie et en Irak. Son représentant n’hésitant pas à parler d’atrocités.

Discours traduit par Zénith

 

 Monsieur le Président, Excellences, Mesdames, Messieurs,

Le Saint-Siège considère comme un devoir d’insister sur l’importance continuelle – et, en effet, tenace – de la liberté de religion ou de conviction. Depuis le premier engagement du Saint-Siège avec les négociations d’Helsinki, à travers les décennies des conférences et des réunions de la CSCE, jusqu’au vaste travail de l’OSCE aujourd’hui, défendre et promouvoir la liberté de religion ou de conviction a été, et demeure, une priorité clé et essentielle des efforts inlassables du Saint-Siège pour sauvegarder la dignité inhérente de tous les hommes et toutes les femmes. Le Saint-Siège agit ainsi, non pas parce qu’il poursuit ses propres intérêts en tant qu’autorité dirigeante suprême de l’Eglise catholique ou parce qu’il est indifférent à d’autres droits et libertés, mais parce que la liberté de religion ou de conviction est le test décisif pour le respect de tous les autres droits de l’homme et des libertés fondamentales, puisqu’elle est leur synthèse et clef de voûte.

En effet, le pape saint Jean-Paul II a déclaré que la liberté religieuse constitue le « cœur même des droits de l’homme ». La liberté religieuse, ainsi, est essentielle à la défense des droits humains de tous, qu’ils soient croyants ou non-croyants, puisque dans le domaine de la conscience qui constitue la dignité de la personne humaine, il y a des droits humains interdépendants et indivisibles, tels que la liberté de religion ou de conviction, la liberté de conscience et la liberté d’expression. En fait, la lutte contre l’intolérance et la discrimination contre les chrétiens peut être un outil efficace dans la défense des droits humains des autres croyants, et, bien sûr, des droits humains de ceux qui ne professent aucune religion.

Par conséquent, le Saint-Siège considère comme un grand honneur d’être invité à prononcer le discours d’ouverture à la Conférence sur la lutte contre l’intolérance et les discriminations des chrétiens. Avant de le faire, je voudrais tout d’abord remercier Monsieur l’Ambassadeur Eberhard Pohl, président du Conseil permanent, et le Dr Michael Link, directeur du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme, pour la profondeur de leurs mots d’ouverture. Je tiens également à exprimer la reconnaissance du Saint-Siège à l’égard du personnel du BIDDH pour avoir organisé cet événement.

En ce qui concerne le thème de notre Conférence, je voudrais insister – quoique brièvement – sur trois questions : 1) l’intolérance religieuse et la liberté de religion ou de conviction ; 2) diverses formes, y compris des formes plus récentes, d’intolérance et de discrimination contre les chrétiens ; et 3) le potentiel de bien qui réside lorsqu’on collabore avec une religion ou une conviction.

Liberté de religion ou de conviction et intolérance / discrimination

La discrimination et l’intolérance envers les chrétiens, ciblant les hommes et les femmes, non pas en raison de leur race, de leur sexe ou de leur langue, mais en raison de leur foi, constituent une violation et une atteinte directe à la liberté de religion ou de conviction, un des droits humains explicitement mentionné dans l’Acte final d’Helsinki et sauvegardé dans les engagements ultérieurs de l’OSCE, en tant que priorité de cette Organisation et de ses 57 États participants.

Bien que, à première vue, il puisse paraître surprenant que la CSCE et l’OSCE – en tant qu’organisation de sécurité régionale – soient concernées par les questions de liberté de religion ou de conviction et par les efforts de lutte contre la discrimination et l’intolérance envers les chrétiens, une réflexion plus profonde sur les questions impliquées explique très clairement les raisons de cette attention. L’intolérance et la discrimination à l’égard des chrétiens, tout comme l’intolérance et la discrimination pour des raisons religieuses, sont non seulement un indicateur des violations des droits de l’homme, mais elles ont également prouvé qu’elles constituaient un terrain fertile pour de nouvelles violations des droits de l’homme qui détériorent et menacent la cohésion sociale, qui peuvent mener à la violence et aux conflits, même entre les États. Si l’OSCE s’efforce réellement de promouvoir la sécurité et la coopération de Vladivostok à Vancouver, elle doit rester vigilante en ce qui concerne l’intolérance et la discrimination ciblant les hommes et les femmes simplement en raison de leur foi en Jésus-Christ.

Intolérance et discrimination envers les chrétiens – nombreuses formes

Bien que cette Conférence se concentre essentiellement sur la région de l’OSCE, et il y a sans doute de nombreux exemples et préoccupations dans notre région, je serais négligent si je ne rappelais pas au moins la persécution barbare des chrétiens qui a lieu dans d’autres parties du monde, malheureusement aussi au seuil de l’OSCE. Les atrocités commises contre les chrétiens en Syrie et en Irak sont si horribles que les mots ne peuvent pas répondre adéquatement, et leur situation ne doit pas être oubliée. En effet, ces derniers jours, l’ombre mortelle de l’extrémisme violent et du terrorisme est de nouveau tombée sur la communauté copte en Egypte.

Compte tenu de la réalité de l’espace de l’OSCE, nous devons reconnaître que la discrimination et l’intolérance, y compris les crimes motivés par la haine, ont un impact sur beaucoup de chrétiens et de communautés chrétiennes, en dépit de la notion fréquemment répandue selon laquelle une telle discrimination ou intolérance n’existe pas dans cette partie du monde. Apparemment, l’appartenance à la religion majoritaire empêche que les chrétiens ne soient considérés comme des victimes de l’intolérance. Un tel point de vue, cependant, n’est pas fondé sur la réalité.

Les attaques continuelles contre les églises chrétiennes et les édifices religieux, maintes et maintes fois confirmées par les données du BIDDH, réfutent facilement la notion selon laquelle les chrétiens ne souffrent pas d’intolérance. La destruction préméditée des églises, des chapelles et des salles, le vandalisme délibéré des espaces religieux et des symboles, y compris les croix, les statues et autres objets chrétiens, ainsi que le vol et l’abus sacrilège de ce que les chrétiens considèrent comme sacré sont autant d’exemples non seulement irrespectueux, mais intolérants, et dans la plupart des cas des actes criminels commis avec un motif partial.

Nouvelles formes d’intolérance et de discrimination envers les chrétiens

Le Saint-Siège a noté à maintes reprises que l’intolérance et la discrimination des chrétiens ne se résumait pas simplement à des attaques violentes ou à la destruction sans motif d’objets religieux et se présente sous de nombreuses formes nouvelles. Ces nouvelles formes d’intolérance et de discrimination doivent être reconnues. Dans une de ses grandes allocutions sur le christianisme dans la société, le pape Benoît XVI a identifié plusieurs tendances profondément inquiétantes :

« La religion … n’est pas un problème pour les législateurs à résoudre, mais une contribution essentiele à la conversation nationale. Dans cette optique, je ne puis m’empêcher d’exprimer mon inquiétude face à la marginalisation croissante de la religion, en particulier du christianisme, qui se produit dans certains milieux, même dans les pays qui accordent une grande importance à la tolérance. Il y a ceux qui préconisent que la voix de la religion soit réduite au silence, ou du moins reléguée à la sphère purement privée. Il y a ceux qui soutiennent que la célébration publique de fêtes comme Noël devrait être découragée, dans la croyance douteuse qu’elle pourrait en quelque sorte offenser ceux des autres religions ou ceux qui n’en ont pas.

Et il y a ceux qui soutiennent – paradoxalement avec l’intention d’éliminer la discrimination – que les chrétiens dans les rôles publics devraient être parfois obligés d’agir contre leur conscience. Ce sont des signes inquiétants d’un échec à apprécier non seulement les droits des croyants à la liberté de conscience et à la liberté de religion, mais aussi le rôle légitime de la religion sur la place publique. Je vous invite donc, dans vos sphères d’influence respectives, à chercher des moyens de promouvoir et d’encourager le dialogue entre la foi et la raison à tous les niveaux de la vie nationale ».

Ces exemples de ce qu’on peut appeler à juste titre « sentiment antichrétien » représentent une nouvelle forme d’intolérance et de discrimination envers les chrétiens. Comme l’a souligné Benoît XVI, il est fondé sur une opposition entre la liberté de religion ou de conviction et une notion générale de tolérance et de non-discrimination.

Toutefois, la tolérance et la non-discrimination ne devraient pas être utilisées ou interprétées de manière à restreindre la liberté de religion ou de conviction ou d’autres libertés fondamentales. La législation anti-discrimination qui nie la liberté de religion ou de conviction – et ignore souvent le droit des chrétiens à agir conformément à leurs convictions et à leurs intérêts – contraste avec les engagements bien établis de l’OSCE. Permettez-moi de faire ici une distinction importante : le Saint-Siège adhère fermement au principe selon lequel tout droit comporte des obligations et des devoirs.

Par conséquent, un chrétien autoproclamé ne peut pas prétendre que la liberté de religion ou de croyance lui donne le droit d’appeler à la violence contre les non-croyants. Cependant, de la même manière, un prédicateur chrétien qui enseigne respectueusement et fidèlement les principes religieux ou moraux de son Église est protégé par la liberté de religion même si l’opinion de la majorité n’est pas à l’aise avec sa proclamation.

Nous devons sensibiliser à la discrimination contre les chrétiens, même dans les régions où l’opinion publique internationale ne s’attendrait normalement pas à ce que cela existe. Agir et s’exprimer publiquement en tant que chrétien engagé dans sa vie professionnelle n’a jamais été plus menacé. Les chrétiens, ainsi que d’autres, devraient donc être autorisés à exprimer publiquement leur identité religieuse, sans aucune pression pour la cacher ou la déguiser.

Un tel inconfort, voire une opposition à tout rôle public de la religion, se trouve derrière ce que le pape François a qualifié de « persécution polie des chrétiens » dans de nombreux pays. Sous le couvert du « politiquement correct », la foi et la morale chrétiennes sont considérées comme hostiles et offensantes et donc comme quelque chose à supprimer du discours public. Mais pourquoi ? Pourquoi la religion, et le christianisme en particulier, est-elle crainte quand elle cherche à faire entendre sa voix sur des questions qui concernent non seulement les croyants, mais le bien commun de la société ?

Cette crainte que le christianisme ne joue son rôle légitime sur la place publique trahit une vision ou une approche « réductionniste » de la liberté de religion ou de croyance, la limitant simplement à la liberté de culte. Contre une telle tendance, le Saint-Père a affirmé que :

« La liberté religieuse signifie certainement le droit d’adorer Dieu, individuellement et en communauté, comme le dictent nos consciences. Mais la liberté religieuse, par sa nature, transcende les lieux de culte et la sphère privée des individus et des familles. Parce que la religion elle-même, la dimension religieuse, n’est pas une sous-culture ; Elle fait partie de la culture de chaque peuple et de chaque nation ».

Les restrictions à la liberté religieuse doivent être remises en question, car les crimes haineux se développent invariablement dans un environnement où la liberté religieuse n’est pas pleinement respectée et où la religion est discriminée.

La religion ou la croyance comme facteur positif

Malgré les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés dans la lutte contre l’intolérance contre les chrétiens, il ne faut pas oublier que la religion ou la croyance – et donc le christianisme – a une capacité illimitée de bien, non seulement pour les individus ou les communautés (on ne peut considérer que les œuvres caritatives herculéennes portées par les Chrétiens), mais aussi pour la société dans son ensemble.

Tout en reconnaissant le rôle positif que la religion peut jouer dans la sphère publique et dans la société, le Pape François, dans sa Lettre Encyclique Laudato Si ‘, a réaffirmé que « l’Église ne prétend pas … se substituer à la politique ».

L’Église ne prétend pas non plus offrir des solutions techniques aux problèmes du monde puisque la responsabilité de faire cela appartient ailleurs. Cependant, la religion a pour tâche spéciale d’offrir ses principes directeurs à la communauté des croyants et à la société en général. De par sa nature, elle est ouverte à une réalité plus large et elle peut ainsi conduire les personnes et les institutions vers une vision plus universelle, vers un horizon de fraternité universelle qui ennoblit et enrichit le caractère de l’aide humanitaire. Une personne vraiment formée par une vision religieuse ne peut être indifférente aux souffrances des hommes et des femmes.

L’OSCE a clairement reconnu cette dimension publique vitale et essentielle des communautés religieuses. À cet égard, j’attire votre attention sur le principe 16 du document de clôture de Vienne de 1989 et la décision n ° 3/13 du Conseil ministériel. Ces engagements demandent aux États participants d’inclure les communautés religieuses dans le dialogue public, y compris à travers les médias. En conséquence, les États devraient se féliciter des interventions des représentants des communautés religieuses qui donnent leur point de vue – basé sur les convictions morales issues de la foi – sur la vie quotidienne et en particulier sur les dispositions législatives et administratives de leurs pays.

Le Saint-Siège est convaincu que, pour les individus et les communautés, la dimension de la croyance peut favoriser le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme, soutenir la démocratie et l’état de droit et contribuer à la recherche de la vérité et de la justice. En outre, le dialogue et les partenariats entre les religions et avec les religions sont un moyen important de promouvoir la confiance, la réconciliation, le respect mutuel et la compréhension, ainsi que de favoriser la paix.

Nos efforts communs pour combattre l’intolérance ou la discrimination envers les chrétiens partent de notre reconnaissance commune de la liberté de religion ou de conviction et, comme l’a souligné le Pape François :

« Cela inclut « la liberté de choisir la religion que l’on juge être vraie et de manifester sa croyance en public ». Un pluralisme sain, qui respecte véritablement les différences et les valorise en tant que tel, n’implique pas la privatisation des religions dans une tentative de réduire à la tranquille obscurité de la conscience de l’individu ou de les reléguer dans les enceintes closes des églises, des synagogues ou des mosquées. Cela représenterait en effet une nouvelle forme de discrimination et d’autoritarisme ».

Merci à tous pour votre aimable attention.

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