OSCE : le Saint-Siège promeut le “développement du capital humain”

Le Saint-Siège invite les États participants à l’OSCE à « soutenir des actes concrets » qui favorisent le « développement du capital humain ». Il s’agit entre autres de « placer le bien de la personne au centre » de l’activité économique, de permettre aux jeunes d’entrer sur le marché du travail, d’offrir à tous, hommes et femmes, « un salaire juste et stable », de construire « sur les dons et les ressources des travailleurs » et de leur permettre de « combiner travail et obligations familiales ».

Monseigneur Fredrik Hansen a représenté le Saint-Siège à la réunion de clôture du 26ème Forum économique et environnemental de l’OSCE, à Prague, les 5-7 septembre 2018. Il a invité à « promouvoir le progrès économique et la sécurité dans l’espace de l’OSCE par l’innovation, le développement du capital humain et une bonne gouvernance publique et des entreprises ».

Le représentant du Saint-Siège a aussi fait valoir que la lutte contre la corruption « ne concerne pas uniquement les dispositions et mécanismes juridiques ». Il s’agit, a-t-il dit, de « faire progresser une “culture de l’intégrité” plus large ». Concrètement, il faut que les États participants soient « proactifs » pour « promouvoir une bonne gestion des finances publiques, impliquer le secteur privé dans la promotion de la bonne gouvernance et en construisant sur les meilleures pratiques de la responsabilité sociale publique et de l’entreprise »

Déclaration de Mgr Fredrik Hansen

Monsieur le Modérateur,

Le Saint-Siège se réjouit de cette occasion de prendre la parole lors du 26ème Forum économique et environnemental de l’OSCE et souhaite féliciter la Présidence italienne de l’OSCE, le Bureau du Coordonnateur des activités économiques et environnementales de l’OSCE et le Ministère des Affaires étrangères pour la préparation et l’organisation de cette réunion de clôture.

Chaque année, le Forum économique et environnemental de l’OSCE permet aux États participants de réaffirmer le principe établi dans l’Acte final d’Helsinki, à savoir que les efforts des États pour « développer la coopération dans les domaines du commerce, de l’industrie, de la science et de la technologie, de l’environnement et d’autres domaines d’activité économique contribuent au renforcement de la paix et de la sécurité en Europe et dans le monde entier ». Dans cet esprit, notre délégation souhaiterait présenter les considérations suivantes comme contribution à nos discussions sur le thème du 26ème FEE : Promouvoir le progrès économique et la sécurité dans l’espace de l’OSCE par l’innovation, le développement du capital humain et une bonne gouvernance publique et des entreprises.

Innovation et développement du capital humain.

Le Saint-Siège affirme invariablement que « le sujet et le but de toutes les institutions sociales – et donc aussi de l’économie – sont et doivent être la personne humaine ». (1) Une approche de la vie économique, de la production et du travail qui ne recherche que la richesse et qui réduit les hommes et les femmes à des parties instrumentalisées est non seulement préjudiciable à la société elle-même, mais surtout contredit la dignité humaine inhérente à chaque personne. Il est donc nécessaire que les efforts d’aujourd’hui cherchent à « développer de nouvelles formes d’économie et de financement, avec des règles et des règlements orientés vers l’élargissement du bien commun et le respect de la dignité humaine ». (2)

L’innovation économique et la promotion du concept de développement du capital humain doivent être comprises dans ce sens : l’avancée de la croissance économique et de l’intégration par une approche des hommes et des femmes sur leur lieu de travail qui reconnaisse, d’une part, leur dignité inhérente et leur importante contribution à la vie économique et, d’autre part, le potentiel de réussite économique qui réside dans l’utilisation et le développement réfléchis, honnêtes et justes des capacités des hommes et des femmes qui constituent le secteur économique. (3)

Le développement du capital humain signifie également soutenir des actes concrets qui placent le bien de la personne au centre de nos efforts économiques, en augmentant les possibilités pour les jeunes d’entrer sur le marché du travail, en offrant à tous les travailleurs un salaire juste et stable, en assurant un salaire égal à travail égal – notamment pour les femmes -, en tirant parti des dons et des ressources de tous les travailleurs et en construisant sur ceux-ci, et en permettant aux hommes et aux femmes de combiner travail et obligations familiales. Dans le contexte d’une économie de plus en plus numérisée, avec ses modèles commerciaux novateurs et son utilisation plus avancée des technologies numériques, il importe que tous les efforts favorisent un système économique sain, protégeant la dignité humaine et favorisant le bien commun. (4)

Le Saint-Siège saisit cette occasion pour exprimer son soutien aux initiatives prises par la Présidence italienne de l’OSCE pour faire avancer la réflexion sur les multiples aspects de la transformation numérique en cours, en particulier ses effets sur la main-d’œuvre.

Bonne gouvernance publique et d’entreprise

Un développement véritablement humain de l’activité économique est difficile sans une bonne gouvernance publique et d’entreprise, la transparence et la responsabilité. En effet, une croissance économique solide et durable exige des responsabilités et, sans une bonne gouvernance publique et des entreprises, l’activité économique peut être mal orientée. En fait, les États participants reconnaissent que « la bonne gouvernance, la transparence et la responsabilité sont des conditions essentielles pour la croissance économique, le commerce, l’investissement et le développement durable ». (5)

Le Saint-Siège saisit cette occasion pour remercier le Professeur Paola Severino, Représentante spéciale du Président en exercice de l’OSCE pour la lutte contre la corruption, pour son travail, en particulier son discours liminaire à la deuxième réunion préparatoire à Venise en mai dernier.

Ces notions importantes attirent notre attention sur les rôles des chefs d’entreprise et de la direction, qui ont « une importance centrale du point de vue de la société, car ils sont au cœur de ce réseau de liens techniques, commerciaux, financiers et culturels qui caractérisent la réalité de l’entreprise moderne. En raison de la complexité croissante des activités commerciales, les décisions prises par les entreprises produisent un certain nombre d’effets interdépendants très importants, dans les domaines tant économique que social. Pour cette raison, l’exercice de la responsabilité par les chefs d’entreprise et par la direction exige (…) une réflexion constante sur les motivations morales qui doivent guider les choix personnels de ceux à qui ces tâches incombent ». (6)

Les États participants devraient rappeler que l’approche large et multipartite des efforts de lutte contre la corruption, que l’OSCE a adoptée, ne concerne pas uniquement les dispositions et mécanismes juridiques ; il s’agit de faire progresser une « culture de l’intégrité » plus large. Plutôt que de se contenter de remédier à la corruption qui s’est déjà produite, nos efforts conjoints doivent être proactifs pour promouvoir une bonne gestion des finances publiques, impliquer le secteur privé dans la promotion de la bonne gouvernance et en construisant sur les meilleures pratiques de la responsabilité sociale publique et de l’entreprise. Alors que la bonne gouvernance économique et sociale est entravée par l’absence de bonne gouvernance publique et des entreprises, la corruption nuit activement à ce potentiel de croissance.

Le pape François reste très clair dans sa condamnation de ce phénomène en apparence impossible à éradiquer, le qualifiant de « malédiction sur la société, privant les pauvres et fournissant un terrain fertile au crime organisé ». Il représente « l’exploitation de l’homme et de l’environnement » et « encourage la croissance des intérêts particuliers en nuisant au bien commun ». (7)

En conclusion, la délégation du Saint-Siège renouvelle sa gratitude envers les organisateurs de cette réunion de clôture et assure tous les participants des engagements du Saint-Siège en faveur de la deuxième dimension de la sécurité globale et de son intérêt pour les discussions qui auront lieu dans les trois prochains jours.

Merci, Monsieur le Modérateur !

  1. Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde moderne, Gaudium et spes, 7 décembre 1965, 25.
  2. Congrégation pour la Doctrine de la foi – Dicastère pour la Promotion du développement humain intégral, Oeconomicae et pecuniariae quaestiones. Considérations relatives à un discernement éthique concernant certains aspects du système économique et financier actuel, 6 janvier 2018, n. 6.
  3. Cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 301-303.
  4. Cf. Congrégation pour la Doctrine de la foi – Dicastère pour la Promotion du développement humain intégral, Oeconomicae et pecuniariae quaestiones, n. 19.
  5. 23ème Conseil ministériel de l’OSCE, Déc. N ° 4/16 : Renforcer la bonne gouvernance et promouvoir le lien.
  6. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 344.
  7. Pape François, préface du livre « Corrosione » (Corrosion) de Peter Cardinal Turkson / Vittorio Alberti (Rizzoli, 2017).

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : Zenit.org

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