Pakistan – Les évêques inquiets : les minorités religieuses sont de plus en plus visées

La commission nationale Justice et Paix de la conférence épiscopale du Pakistan a condamné, lors d’un communiqué publié le 16 avril, les attaques répétées contre les minorités religieuses. Le 15 avril, deux chrétiens étaient tués par balles alors qu’ils sortaient d’une église de Quetta. Le même jour, un incendie détruisait un temple protestant de Shahdara, non loin de Lahore.
Dimanche 15 avril, un incendie d’origine inconnue a gravement endommagé un temple protestant dans une ville pakistanaise secouée par des accusations de blasphème il y a deux mois. La Gospel of Jesus Mission Church se trouve dans une rue étroite d’un « basti » (bidonville) chrétien de Shahdara, non loin de Lahore, la capitale de la province du Pendjab. Des restes de livres brûlés et un sac à offrandes sont encore visibles à côté de la chaire à moitié calcinée, dans cette église en construction depuis plus de trois ans. Le 15 avril, le pasteur Yousaf Aziz John a déposé plainte auprès de la police de Shahdara, où un accord de paix a été signé le 21 février par plusieurs responsables de la communauté chrétienne. Une foule en colère avait en effet protesté contre Patras Masih, un jeune chrétien de 18 ans accusé d’avoir partagé sur Facebook une photo anti-islam.
« Nous sommes une communauté pauvre et nous construisons la maison de Dieu grâce à des dons. Les pertes de la communauté chrétienne s’élèvent à environ 50 000 roupies (350 €). Nous demandons réparation immédiate », a protesté le pasteur. Le 16 avril, le sous-inspecteur de police Rana Amir a visité le site et a enregistré les témoignages de la communauté : « Le département de la police scientifique a récolté des échantillons la nuit de l’incendie. Un rapport sera publié cette semaine pour en identifier les causes. Un plan de sécurité a été mené pour protéger les quatorze églises de Shahdara enregistrées par la police, mais rien n’a été prévu pour celles qui ne sont pas enregistrées », explique Rana Amir.
Les églises qui ne sont pas enregistrées par le ministère qui contrôle les monuments et les lieux saints sont considérées comme illégales par le gouvernement. En janvier, à Abbottabad dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, six églises aménagées à domicile ont été fermées puis rouvertes. La police a averti qu’elle ne pouvait pas être tenue responsable pour tout accident survenu lors de célébrations organisées dans des zones résidentielles. Ces églises domestiques sont courantes dans les ghettos chrétiens. À Lahore, où l’on trouve Youhanabad, le plus grand quartier chrétien du Pakistan, plus de cent églises non enregistrées sont identifiées. En général, il s’agit d’une seule pièce.

Appel de la conférence épiscopale

Khalid Shahzad, un militant catholique de Shahdara, a dénoncé la police pour avoir classé l’incendie comme accidentel. « Lors du premier rapport de la police, il n’a été fait mention que d’un cas de vandalisme et de perte de propriété. Ils ont volontairement omis la clause 295, qui concerne les actes commis dans le but d’insulter la religion ou les croyances religieuses des autres. Cet oubli peut favoriser les accusés s’ils sont arrêtés », regrette Khalid. « La communauté vivait déjà dans la peur après le dernier cas de blasphème survenu dans un village voisin. » Par ailleurs, le 15 avril, alors que les violences religieuses s’aggravent au Pakistan, deux chrétiens ont été tués par balles à Quetta, alors qu’ils quittaient l’église.
La commission nationale Justice et Paix de la conférence épiscopale du Pakistan a condamné des attaques répétées contre les minorités religieuses. « L’État est responsable de la protection et de la sécurité des citoyens. Les chrétiens forment la communauté la plus pacifique du Pakistan et ils sont attaqués sans raison. Il est urgent que le gouvernement réagisse sérieusement contre cette nouvelle tendance. Il faut aussi qu’il enquête correctement sur tous ces incidents et qu’il lance une commission d’enquête indépendante », a demandé la commission épiscopale dans un communiqué publié le 16 avril. « Ces événements montrent que le plan d’action national est incapable de lutter contre le terrorisme et contre l’intolérance. Le gouvernement doit s’assurer que les coupables de ces crimes odieux soient poursuivis. Les forces de l’ordre doivent prendre des mesures concrètes contre la persécution religieuse. Les organisations terroristes ne doivent pas être libres d’agir dans le pays. »

 

Source EDA

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