Pakistan : l’Eglise vient en aide aux familles des détenus chrétiens

Des dons permettent de soutenir financièrement les familles des chrétiens détenus par l’État, alors que leurs proches attendent en prison d’être jugés. Ces chrétiens font partie des suspects liés à une affaire de lynchage. Le 15 mars 2015, après l’attentat d’une église du plus grand quartier chrétien de Lahore, Youhanabad, et qui a coûté la vie de quinze personnes, de violentes émeutes ont éclaté et deux personnes, supposées être complices de l’attentat, ont été lynchées par la foule. Sur les chrétiens arrêtés suite à l’évènement, 39 sont toujours détenus. L’Église vient en aide à leurs proches.

Le 15 mars 2015 à Youhanabad, le plus grand quartier chrétien de Lahore, une attaque suicide éclatait contre l’église Saint-Jean, ôtant la vie d’au moins quinze chrétiens et blessant 84 personnes. De violentes émeutes ont suivi, ainsi que le lynchage de deux hommes musulmans suspectés d’être complices. Les familles des chrétiens pakistanais, emprisonnés suite à la mort des deux hommes, ont reçu une aide financière de l’Église, qui reste persuadée que la majorité des détenus sont accusés à tort. Le père Emmanuel Yousaf Mani, directeur national de la commission épiscopale Justice et Paix, a distribué, le 11 mai dans l’église Saint-Antoine de Lahore, 10 000 roupies (72 euros) à chacun des 41 proches des 39 chrétiens toujours détenus suite à l’affaire de lynchage de Youhanabad.

« Nous savons que vous vivez des temps difficiles. J’ai pu voir que vous continuez de soutenir avec foi ceux qui sont toujours derrière les barreaux », a déclaré le prêtre auprès des familles. Les émeutes qui ont suivi l’attentat de 2015 ont impliqué des milliers de chrétiens, détruisant au passage des véhicules et des propriétés. Suite à l’attentat contre l’église de Youhanabad, la police avait arrêté deux militants suspects, qui ont ensuite été enlevés par la foule et battus à mort. Près de 160 chrétiens ont été alors arrêtés, et 119 d’entre eux ont été envoyés en prison. Ceux qui ont été libérés ont pu l’être, selon les sources, en soudoyant la police. Les 39 chrétiens toujours en prison attendent la prochaine audience de leur procès, prévue le 17 mai.

Plus de 130 000 chrétiens vivent à Youhanabad

Les autorités ecclésiales affirment que la plupart de ceux qui sont en prison ont été arrêtés au hasard, n’ayant pas pu être identifiés dans la vidéo du lynchage. Deux des chrétiens détenus sont morts en prison l’année dernière. L’un deux, Usman Shaukat, était père deux enfants. Il serait mort suite à un arrêt cardiaque en décembre 2017. Sa veuve, Komal, attend aujourd’hui la libération de son frère Shakir Habib, 21 ans, et qui fait lui aussi partie des détenus. « C’est en prison qu’il est devenu un homme, derrière les barreaux. Mon père, qui est mécanicien automobile, est maintenant le seul à subvenir aux besoins de la famille », témoigne Komal. « Nous accueillons toutes les aides que nous pouvons obtenir de l’Église, mais nous avons besoin que nos hommes soient libérés, pour qu’ils puissent revenir et soutenir leurs familles. »
L’aide financière a été parrainée par la nonciature apostolique d’Islamabad et par l’Aide à l’Église en Détresse. Selon le père Mani, l’affaire de lynchage continue de traîner en longueur car des médecins, des policiers et des journalistes sont convoqués comme témoins. « Beaucoup de cameramans n’étaient même pas présents. Des policiers trop occupés et qui ne viennent pas aux procès provoquent aussi des retards. Les parents âgés de quelques détenus sont morts, et ceux-ci n’ont même pas pu assister à l’enterrement », ajoute-t-il. « Nous essayons de soutenir leur moral en leur fournissant des Bibles et des rosaires. Le NCJP [Commission Justice et Paix] cherche aussi à financer l’éducation de quelques détenus. » Des prières pour la « liberté des personnes accusées à tort » et pour leurs avocats ont été organisées dans la salle communautaire de l’église Saint-Antoine de Lahore. Avec plus de 130 000 chrétiens, Youhanabad est le plus grand quartier chrétien de Lahore, la capitale du Pendjab, dans le nord-est du pays.

Source : Eglise d’Asie

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