Pape François : “sans la possibilité d’intégrer les migrants, mieux vaut ne pas les accueillir”

« Un peuple qui peut accueillir, mais qui n’a pas la possibilité d’intégrer, mieux vaut qu’il n’accueille pas. » C’est ainsi que le pape François a répondu à une question sur l’accueil des migrants lors de la conférence de presse qu’il a donnée dans l’avion qui le ramenait de Dublin à Rome, le 26 août 2018, après deux jours de voyage en Irlande pour la Rencontre mondiale des familles.

« Il ne s’agit pas d’accueillir à la ‘belle étoile’ », mais d’ « un accueil raisonnable », a affirmé le pape. « Et cela vaut pour toute l’Europe. » Il a parlé de « l’ouverture du cœur pour tous », de « l’intégration comme condition pour accueillir » ainsi que de « la prudence des gouvernants pour faire cela ».

Le pape François a aussi expliqué ce qu’arrive aux migrants « qui sont renvoyés et qui sont repris par les trafiquants » : on leur « inflige les tortures les plus sophistiquées ». « C’est pourquoi il faut bien, bien, bien réfléchir avant de les renvoyer… », ajoute-t-il.

Voici la traduction de Zenit.org :

Conférence de presse dans l’avion Dublin-Rome (5)

Stefania Falasca, “Avvenire” – Bonsoir, Saint-Père. Vous avez dit, aujourd’hui encore, que c’est toujours un défi d’accueillir le migrant et l’étranger. Hier justement, un événement douloureux a été résolu, celui du bateau « Diciotti ». Y a-t-il votre « patte » derrière cette solution ? Y a-t-il votre implication, votre intervention ?

Pape François – La patte, c’est celle du diable, pas la mienne ! [ils rient] La patte, c’est celle du diable…

Beaucoup voient un chantage fait à l’Europe avec la vie de ces personnes. Qu’en pensez-vous ?

Pape François – Accueillir les migrants est quelque chose d’antique comme la Bible. Dans le Deutéronome, dans les commandements, Dieu commande cela : accueillir le migrant, « l’étranger ». C’est quelque chose d’antique, qui est dans l’esprit de la Révélation divine et aussi dans l’esprit du christianisme. C’est un principe moral. J’en ai parlé, et puis j’ai vu qu’il fallait que j’explicite un peu plus, parce qu’il ne s’agit pas d’accueillir à la « belle étoile », non, mais un accueil raisonnable. Et cela vaut pour toute l’Europe. Quand me suis-je rendu compte de ce que doit être cet accueil raisonnable ? Quand il y a eu l’attentat à Zaventem [Belgique] : les jeunes, les combattants qui ont fait l’attentat à Zaventem étaient belges, mais fils d’immigrés non intégrés, ghettoïsés. C’est-à-dire qu’ils avaient été accueillis par le pays, mais laissés là, et ils ont créé un ghetto : ils n’ont pas été intégrés. C’est pourquoi j’ai souligné cela, c’est important. Ensuite, je l’ai rappelé, quand je suis allé en Suède – et dans un article, Franca [Giansoldati] a mentionné cela et comment j’ai explicité ma pensée – quand je suis allé en Suède, j’ai parlé de l’intégration et je le savais parce que, pendant la dictature en Argentine, de 1976 à 1983, beaucoup, beaucoup d’Argentins et aussi d’Uruguayens ont fui en Suède. Et là, le gouvernement les prenait aussitôt, leur faisait étudier la langue et leur donnait un travail, les intégrait. Au point que – et c’est une anecdote intéressante – la ministre qui est venue me saluer à mon départ à l’aéroport de Lund était la fille d’une Suédoise et d’un migrant africain ; mais ce migrant africain s’est intégré au point que sa fille est devenue ministre de ce pays. La Suède a été un modèle. Mais en ce moment, la Suède a commencé à avoir des difficultés : non pas parce qu’elle manquait de bonne volonté, mais parce qu’elle n’avait pas les possibilités d’intégration. C’est la raison pour laquelle la Suède s’est un peu fermée, a fait ce pas. Intégration. Et puis, j’ai parlé ici, lors d’une conférence de presse avec vous, de la vertu de prudence qui est la vertu du gouvernant, et j’ai parlé de la prudence des peuples sur le nombre et sur les possibilités : un peuple qui peut accueillir, mais qui n’a pas la possibilité d’intégrer, mieux vaut qu’il n’accueille pas. Là, c’est le problème de la prudence. Et je crois que c’est justement l’aspect douloureux du dialogue aujourd’hui dans l’Union européenne. Il faut continuer de parler : les solutions, on les trouve…

Que s’est-il passé avec le « Diciotti » ? Je n’y ai pas mis la patte. Celui qui a fait le travail avec le ministre de l’Intérieur, c’est le p. Aldo, le bon père Aldo, qui est celui qui suit l’œuvre de don Benzi, que les Italiens connaissent bien, qui travaillent pour la libération des prostituées, les femmes exploitées et tant d’autres choses… Et aussi la Conférence épiscopale italienne est intervenue, avec le cardinal Bassetti qui était ici, mais qui suivait par téléphone toute la médiation, et un des deux sous-secrétaires, Mgr Maffeis, négociait avec le ministre. Et je crois que l’Albanie est intervenue… Ont pris un certain nombre de migrants l’Albanie, l’Irlande et le Monténégro, je crois, je n’en suis pas sûr. Les autres, c’est la Conférence épiscopale qui les a pris en charge, je ne sais pas si c’est sous « le parapluie » du Vatican ou pas… je ne sais pas comment cela a été négocié ; mais ils vont au Centre « Mondo migliore », à Rocca di Papa, c’est là qu’ils seront accueillis. Je crois qu’ils sont plus de cent. Et là-bas, ils commenceront à étudier la langue et à faire le travail qui a été fait avec les migrants intégrés. J’ai eu une expérience très gratifiante. Quand je suis allé à l’Université Roma III, il y avaient des étudiants qui voulaient me poser des questions et j’ai vu une étudiante… « Je connais ce visage » : elle était venue avec moi parmi les treize personnes que j’avais ramenées de Lesbos. Cette fille était à l’université ! Pourquoi ? Parce que la Communauté Sant’Egidio, dès le lendemain de son arrivée, l’a emmenée à l’école, étudier : vas-y, vas-y… Et elle l’a intégrée au niveau universitaire. Voilà le travail avec les migrants. Il y a l’ouverture du cœur pour tous, souffrir ; et puis l’intégration comme condition pour accueillir ; et puis la prudence des gouvernants pour faire cela. J’ai vu, j’ai un film clandestin, ce qui arrive à ceux qui sont renvoyés et qui sont repris par les trafiquants : c’est horrible, ce qu’on fait aux hommes, aux femmes et aux enfants… on les end, mais aux hommes, on inflige les tortures les plus sophistiquées. Il y a quelqu’un là qui a été capable, un espion, de faire ce film que j’ai envoyé à mes deux sous-secrétaires pour les migrations. C’est pourquoi il faut bien, bien, bien réfléchir avant de les renvoyer…

Et puis, une dernière chose. Il y a ces migrants qui viennent ; mais il y en a d’autres qui sont trompés, à Fiumicino, ils sont trompés : « Non, nous te donnerons un travail…” On leur fait obtenir les cartes, à tous, et ils finissent comme des esclaves sur le trottoir, sous la menace des trafiquants de femmes…  C’est ainsi.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : Zenit.org

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